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Moyen Orient et Monde - Commentaire

Au M-O, l’ami de ton ennemi est ton...

Les géopolitologues doivent s'en donner à cœur-joie. Le Moyen-Orient traverse actuellement une phase de recomposition politique où les alliances entre les différents acteurs – État, communauté ou milices – se font et se défont au gré des circonstances. À tel point que l'on se retrouve dans une situation où, pour un État donné, les amis de ses ennemis sont le plus souvent ses... amis.

Les exemples sont légion. Bagdad vient de sceller sa réconciliation avec l'Arabie saoudite à un moment où l'influence iranienne en Irak n'a jamais été aussi forte, alors que Téhéran et Riyad se livrent une guerre froide sur différents théâtres depuis plusieurs années. Quelques semaines plus tôt, c'est le roi Salmane d'Arabie saoudite qui se rendait en Russie, pour la première fois de l'histoire du royaume, alors que Moscou est le principal allié de son rival iranien en Syrie. Au même moment, le président turc Recep Tayyip Erdogan se rendait à Téhéran pour afficher un front commun contre les aspirations indépendantistes des Kurdes irakiens, alors qu'Ankara entretient de bonnes relations avec Erbil et ne cache pas ses craintes quant à l'expansion iranienne à ses frontières. Moscou considère pour l'instant Téhéran comme son partenaire indispensable en Syrie, mais essaye dans le même temps de ménager son allié israélien, qui estime que l'Iran est une menace pour sa sécurité. Autre exemple ? Le Qatar, qui héberge la plus grande base américaine au Moyen-Orient, est mis en quarantaine par Riyad, Le Caire et Abou Dhabi, les principaux alliés des Américains – à l'exception d'Israël – dans la région.

 

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La donne est encore plus complexe s'agissant des relations entre les États et les groupes para-étatiques, tels que les milices. Un exemple ? Washington soutient les Kurdes syriens contre l'État islamique alors que son allié de l'OTAN, Ankara, en a fait son principal ennemi dans la région.

Le célèbre hebdomadaire anglais The Economist avait déjà tenté de schématiser ces alliances contradictoires en 2015, à une époque où la situation était déjà bien complexe. Le rendu général résumait bien la situation : des flèches qui partent dans tous les sens et s'entrecroisent, sans qu'une logique globale ne parvienne à se dégager. L'infographie serait encore plus difficile à lire aujourd'hui, tant il est épineux de classifier tous les différents acteurs. Il n'y a pas un axe chiite contre un front sunnite. Il n'y a pas une coalition pro-américaine contre une autre anti-américaine. Il n'y a pas non plus un camp conservateur contre un camp progressiste. Pas enfin un parti islamiste contre un parti séculier. Mais plutôt une multitude de lignes de fracture et de divisions entre des acteurs qui cherchent tous à profiter du chaos du moment pour renforcer leur influence dans la région. Car c'est bien la principale cause de toute cette agitation : la décision des États-Unis de se retirer, au moins partiellement, de la région.

 

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Washington reste la seule superpuissance du Moyen-Orient. Mais il ne veut plus jouer seul le rôle de supergendarme régional, qui est le principal garant de la stabilité. Le problème, c'est qu'aucun autre État n'apparaît aujourd'hui en mesure d'enfiler le costume de l'Oncle Sam. Moscou essaye de le faire, avec un succès mitigé, en Syrie. Téhéran ne peut pas s'imposer comme une puissance hégémonique dans une région majoritairement arabe et sunnite. Ankara est fragilisé en interne et concurrencé par Riyad pour prendre le leadership du monde sunnite. Et les autres ne semblent tout simplement pas avoir les moyens de leurs ambitions.

En résulte une région sans gendarme, où aucune puissance n'est capable de s'imposer complètement face aux autres, sans passer nécessairement par un réseau d'alliances contradictoires. Des alliances qui, dans un scénario optimiste, pourraient permettre de réunir tout le monde autour d'une même table afin de favoriser une approche coopérative plutôt qu'un affrontement systématique. Mais qui, dans un scénario plus pessimiste, pourraient conduire certains de ces « alliés » d'aujourd'hui à se faire demain la guerre. Comme si le Moyen-Orient ressemblait désormais à une immense toile d'araignée aussi alambiquée qu'explosive.

 

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Les géopolitologues doivent s'en donner à cœur-joie. Le Moyen-Orient traverse actuellement une phase de recomposition politique où les alliances entre les différents acteurs – État, communauté ou milices – se font et se défont au gré des circonstances. À tel point que l'on se retrouve dans une situation où, pour un État donné, les amis de ses ennemis sont le plus souvent ses......

commentaires (3)

Au final, même si les USA se retire, elle reste LA puissance qui peut faire la différence. Tous les autres inclus les Russes ne sont que des figurants. Pourtant, pour le bien du monde et de la région j'aurais aime voir les Russes être plus intelligemment investi dans la région. Cela créera un certain équilibre.

Pierre Hadjigeorgiou

12 h 49, le 24 octobre 2017

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Commentaires (3)

  • Au final, même si les USA se retire, elle reste LA puissance qui peut faire la différence. Tous les autres inclus les Russes ne sont que des figurants. Pourtant, pour le bien du monde et de la région j'aurais aime voir les Russes être plus intelligemment investi dans la région. Cela créera un certain équilibre.

    Pierre Hadjigeorgiou

    12 h 49, le 24 octobre 2017

  • UN ARTICLE TRES OBJECTIF !

    PRET A SOUTENIR L,OLJ QUE JE CONNAISSAIS.

    10 h 15, le 24 octobre 2017

  • en resume il faut croire que chaque partie attend que l'une ou l'autre des autres parties s'essoufle et flanche avant de redessiner une nouvelle tactique en attendant mieux et/ou qu'une nouvelle partie s'essoufle de meme.

    Gaby SIOUFI

    09 h 53, le 24 octobre 2017

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