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Moyen Orient et Monde

Le flou derrière l’évacuation des jihadistes de Raqqa

Éclairage

Les civils ont pu quitter la capitale syrienne de l'EI, contrairement aux combattants étrangers du groupe terroriste.

16/10/2017

C'était la ville de toutes les horreurs. C'est désormais une cité en ruines, dont les derniers habitants, pris en otages depuis des mois, ont pu être évacués au cours de ces deux derniers jours. Après presque un an d'offensive dont cinq mois dans la ville, Raqqa, la capitale de facto de l'État islamique en Syrie, est sur le point de tomber. « La bataille est entrée dans sa phase finale », ont annoncé hier des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde, soutenue par les États-Unis, qui mène l'offensive contre la ville. « La bataille (...) va se poursuivre jusqu'à ce que toute la ville soit nettoyée des terroristes qui refusent de se rendre », ont assuré les FDS dans un communiqué.

Comme lors des précédentes batailles, les jihadistes, acculés dans le dernier carré de la ville encore en leur possession, ont choisi de négocier leur évacuation et celles de leurs familles. Mais beaucoup d'informations contradictoires circulaient au cours du week-end sur les conditions d'un accord qui impliquerait les FDS, les jihadistes, les grandes tribus de Raqqa et la coalition.

Alors que l'ONU estimait il y a quelques jours qu'ils étaient encore environ 8 000 dans la ville, les civils, utilisés jusqu'alors comme boucliers humains, ont été évacués pendant le week-end. « Plus de 3 000 civils ont fui Raqqa samedi soir » et ont rejoint des zones contrôlées par les FDS, a confirmé Talal Sello, un porte-parole des FDS, selon qui « il n'y a désormais plus de civils à Raqqa ». Selon un porte-parole de la coalition internationale, les civils ont été évacués suite à un accord conclu entre les jihadistes et le conseil civil de Raqqa, qui souhaite administrer la ville, et a donc besoin du soutien de la population, une fois les jihadistes vaincus.

(Lire aussi : Loin du front de Raqqa, on pense déjà à la reconstruction) 

 

Malaise

L'évacuation des jihadistes semble, quant à elle, avoir nécessité davantage de négociations entre toutes les parties, sans que les informations concernant leurs issues soient, pour l'instant, vérifiables. Talal Sello a affirmé que « 275 jihadistes syriens ainsi que leurs familles ont quitté la ville » en vertu de l'accord. Mais la coalition internationale s'est gardée de confirmer l'information. Alors qu'elle avait critiqué un accord d'évacuation similaire dans le Qalamoun, conclu entre le Hezbollah et les jihadistes, et avait dans un premier temps empêché les bus de jihadistes de rejoindre la province de Deir ez-Zor, la coalition veut certainement éviter de donner l'impression qu'elle négocie avec les islamistes.

Elle a en tout cas été très claire sur le fait que les jihadistes étrangers ne seraient pas évacués. « La dernière chose que nous voulons, c'est que les combattants étrangers soient libérés afin qu'ils puissent retourner dans leur pays d'origine et causer plus de terreur », a confirmé hier le porte-parole de la coalition, le colonel Ryan Dillon. Samedi, un haut responsable du conseil civil de Raqqa, Omar Allouche, avait déclaré à l'AFP que des étrangers faisaient également partie du deal. Mais le même conseil civil a ensuite démenti l'information, précisant que « les étrangers de Daech (...) ne peuvent pas être pardonnés ». Les membres de la coalition ont, semble-t-il, insisté pour que les étrangers ne fassent pas partie du marché. Pour au moins deux raisons. Un : ils ont peur de perdre leur trace, ou de se retrouver dans une situation qui les oblige à traiter le problème sur leurs sols nationaux. Deux : ils veulent alimenter la discorde entre jihadistes locaux et jihadistes étrangers, pour rendre la propagande jihadiste moins attractive pour les Occidentaux à l'avenir. Il resterait ainsi entre 250 et 300 jihadistes étrangers à Raqqa, ainsi que leurs familles, que les membres de la coalition apparaissent bien décidés à éliminer sur place.

(Lire aussi : "Pour tuer un seul combattant de l'EI, dix civils sont tués")

La ministre française de la Défense, Florence Parly, a ainsi évoqué hier la volonté de Paris d'« aller au bout de ce combat », en ajoutant que « bien sûr si des jihadistes (étrangers) périssent dans ces combats, je dirai que c'est tant mieux ».
Si la destination des jihadistes syriens évacués n'a pas été précisée, elle ne devrait être autre que la province de Deir ez-Zor, où l'EI défend ses derniers bastions, contre les forces du régime et ses parrains russe et iranien, et contre les FDS soutenues par les Américains. Si elle est surtout forte sur le plan symbolique, la chute prochaine de sa capitale en Syrie confirme le crépuscule de l'organisation ultraradicale, condamnée à redevenir un mouvement clandestin et attendant une nouvelle opportunité d'anschlusser les sunnites syriens et irakiens dans la vallée de l'Euphrate. Une opportunité qui restera utopique en l'état si les populations habitant ces régions sont réellement intégrées et représentées sur les plans politique et économique en Syrie comme en Irak. Comme à Mossoul, il est bien là le principal défi de la (post) bataille de Raqqa.



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