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Moyen Orient et Monde

Contre l’EI, la communauté LGBT*QI+ prend les armes

Insolite

À Raqqa est né le premier groupe armé homosexuel de l'histoire, une initiative des forces kurdes.

10/10/2017

« Ces pédés tuent des fascistes ! » Tels ont été les premiers mots qui accompagnaient une photo publiée sur Twitter, prise à Raqqa en Syrie, sur laquelle est brandi le drapeau arc-en-ciel, symbole de la communauté LGBT*QI+. Baptisée « The Queer Insurrection and Liberation Army » (Tqila) – littéralement « l'armée de l'insurrection et de libération homosexuelle » –, il s'agit du premier groupe armé de l'histoire créé dans un conflit pour combattre au nom des homosexuels. Associé aux forces kurdes, ce bataillon est une subdivision de l'IRPGF (Forces révolutionnaires internationales de guérilla), une unité anarchiste, dont les soldats sont étrangers.

Par la voie d'un communiqué publié sur le même réseau social, l'IRPGF a annoncé la création du groupe Tqila, une décision fondée sur la volonté de « briser la conception binaire du genre et de permettre un progrès en matière de révolution des femmes et de révolution sexuelle et des genres ». Si les forces kurdes se distinguent des autres armées, notamment par leur attachement au principe d'émancipation des femmes, la défense des droits des homosexuels est un nouveau progrès. Pour des raisons de sécurité, le nombre de combattants de cette unité reste inconnu, bien que le porte-parole de Tqila, Heval Rojhilat, ait révélé à Newsweek dans une unique interview que de « nombreux frères d'armes sont issus de la communauté LGBT*QI+ ».

 

(Lire aussi : "Pour tuer un seul combattant de l'EI, dix civils sont tués")

 

Persécutions
En Syrie, comme ailleurs, les homosexuels sont devenus les cibles privilégiées de l'État islamique (EI). Dans la nuit du 11 au 12 juin 2016, la fusillade orchestrée par Omar Mateen à Orlando, et revendiquée par l'EI, faisait 49 morts dans un haut lieu de la communauté LGBT*QI+ de la ville. Selon une source proche du bataillon Tqila, contactée par L'Orient-Le Jour, cet événement a été un élément déclencheur de l'implication des homosexuels dans le conflit syrien. « Peu de temps après l'attaque orchestrée à Orlando, beaucoup d'entre eux voulaient venger la mort de leurs amis. La plupart d'entre eux sont partis de chez eux pour rejoindre le groupe. Ils ont vu de nombreux homosexuels être tués à Raqqa et Mossoul », dit-elle.

Victimes des préceptes de la charia prônée par les jihadistes, ils sont mis à mort pour une sexualité considérée comme un des pires crimes religieux. Outre l'usage de la torture afin d'encourager la dénonciation d'autres membres de la communauté, leur assassinat devient souvent un instrument de propagande de l'EI. Exhibés dans de nombreuses vidéos publiées par l'organe de propagande jihadiste, « AMAQ », ils sont décrits comme « néfastes », « malades » et « anormaux », selon les propres termes du communiqué de l'IRPGF. « Les images d'hommes homosexuels jetés d'un toit ou lapidés à mort par l'État islamique étaient quelque chose que nous ne pouvions pas regarder sans réagir », précise le communiqué de l'unité kurde, tout en accusant les conservateurs chrétiens d'être également responsables d'attaques envers la communauté LGBT*QI+.

 

(Lire aussi : De retour à Raqqa, des habitants pleurent une ville totalement défigurée)

 

Nier l'existence du problème
Les Kurdes étant eux-mêmes marginalisés et attaqués à la fois par l'EI et le régime de Bachar el-Assad, saisir l'importance de défendre les droits des autres minorités opprimées semble les caractériser depuis le début du conflit syrien. Liée à la révolution qu'ils espèrent mettre en place dans la région du Rojava, région semi-autonome de facto située dans le nord de la Syrie, la décision de créer un bataillon homosexuel s'inscrit dans la politique globale des forces kurdes de promouvoir la démocratisation et la modernité. « Nous, nous les acceptons et les acceptions avant même le début de la guerre. Nous nous serrons les coudes parce qu'ils sont autant oppressés que nous le sommes », ajoute la même source, préférant rester anonyme.

« Le plus fascinant, c'est qu'une armée LGBT émerge au Moyen-Orient », poursuit cette source. Si ce progrès est en effet historique, cette initiative pourra en réalité s'avérer lourde de conséquences. Loin de chercher d'éventuelles solutions à l'oppression subie par la communauté LGBT*QI+, autant les ennemis que les alliés des forces kurdes ont jusqu'à maintenant nié l'existence du problème. À l'image des persécutions subies par les homosexuels tchéchènes dans le Caucase, les Forces démocratiques syriennes (FDS), alliées rebelles des Kurdes, excluent la simple réalité de la présence d'homosexuels en Syrie. Si la création du bataillon Tqila est une nouvelle étape vers la reconnaissance des droits des homosexuels, faire bouger les lignes du conflit en renforçant ou en affaiblissant les alliances établies pourra être une répercussion inattendue. « C'est un progrès qui pousse nos alliés à se positionner, alors que, jusque-là, ils évitaient le sujet », affirme une seconde source proche des combattants de l'unité homosexuelle.

Toujours est-il que l'objectif du groupe est de hisser le symbole de la communauté LGBT*QI+ à l'endroit où l'EI se tenait avant eux. « Nous ferons flotter le drapeau Tqila, le drapeau de l'IRPGF et le drapeau arc-en-ciel ! » a déclaré son porte-parole à Newsweek. Malgré l'affirmation d'Heval Rojhilat, leur présence à Raqqa reste floue, alors que la chute de la ville devient imminente. Et l'enjeu de la bataille de Raqqa, de mettre fin au contrôle de l'EI sur le plus grand foyer de population en sa possession, est de taille. Qu'elle soit un échec ou un succès, la lutte des homosexuels issus des rangs kurdes ne s'arrêtera pas ici. « Après l'EI, il y aura d'autres forces réactionnaires à combattre. De fait, Tqila n'a pas l'intention de partir tout de suite », conclut cette seconde source, préférant elle aussi garder l'anonymat pour des raisons de sécurité.

 

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gaby sioufi

WAW, ca va faire mal quelque part ds notre monde musulman et chretien !
LGBT & independance ??? TROP C TROP
une fois n'est pas coutume ils se jetteront becs et ongles contre eux , ttes religions confondues, chiites, sunnites ( les chretiens eux se taisent par crainte de represailles ).
non, trop c trop LGBT ? dans notre monde a nous ? ils ont ose ?

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