Liban

Sit-in à Zghorta pour réclamer le départ des réfugiés syriens

Fronde

Au Liban-Nord, la tension monte depuis le meurtre de Raya Chidiac, la jeune femme de 26 ans, agressée et étranglée par son concierge de nationalité syrienne.

05/10/2017

Il est des blessures que le temps ne saurait guérir. La blessure qu'a causée le meurtre de la jeune Raya Chidiac dans les esprits des habitants de Miziara et du caza de Zghorta en est certainement une. Les proches de la victime, agressée sexuellement puis étranglée par son concierge syrien le 22 septembre, ont tous participé hier au sit-in organisé à Zghorta pour réclamer le départ des réfugiés syriens. Ces derniers, qui habitaient Miziara, ont évacué le village au lendemain du meurtre. La plupart d'entre eux se sont installés à Zghorta.

Les organisateurs ont choisi d'observer le sit-in dans le quartier as-Saydé – où se trouve l'église Notre-Dame de Zghorta – dans l'ancienne ville, non seulement parce qu'il accueille la majorité écrasante des déplacés qui ont cherché refuge dans la ville, mais surtout parce qu'il constitue, pour les Zghortiotes, un symbole profondément ancré dans leur esprit. « Nous ne reconnaissons plus notre propre quartier », déplore Rose Douaihy, habitant le quartier et mère de trois enfants.

Les vieilles dames du quartier sont nostalgiques d'un temps où il faisait bon se promener sur les sentiers de l'ancienne ville. « Aujourd'hui, les réfugiés sont plus nombreux que les Zghortiotes dans le quartier et nous ne nous sentons plus en sécurité », se plaint l'une d'entre elles.

 

(Lire aussi : L'autre « étranger »... , par Fifi Abou Dib)

 

Rassemblés autour d'une même demande
« La terre appartient à tout le monde », c'est ce que répète le refrain d'une chanson diffusée par un haut-parleur installé au-dessus des participants au sit-in. Mais ces derniers se sont rassemblés pour adresser un tout autre message : « La ville appartient aux Zghortiotes » et « Le Zghortiote ne sera pas réfugié dans sa propre ville », peut-on lire sur les pancartes portées par les manifestants.

Après la diffusion de l'hymne national, Rose Douaihy, porte-parole des habitants du quartier, ainsi que Maytham Daaboul, porte-parole des jeunes de Miziara, Ghaleb Douaihy, activiste et organisateur du sit-in, et Karim Abi Chamouni, fiancé de la victime, ont tour à tour pris la parole devant une centaine de personnes rassemblées devant l'école officielle secondaire de Zghorta. Les mots prononcés ont tous été axés sur une seule demande claire et nette, celle du départ des réfugiés syriens que Zghorta accueille depuis environ sept ans.

L'agresseur n'aurait-il pas pu être de n'importe quelle autre nationalité ? « Mais il était syrien », répond M. Abi Chamouni, interrogé par L'Orient-Le Jour. « Les Syriens, issus de sociétés différentes de la société libanaise, ont du mal à s'adapter à une société plutôt ouverte et se heurtent donc à cette culture qui est la nôtre », ajoute-t-il avant de conclure : « En attendant que justice soit faite, nous appelons le président de la République Michel Aoun à se saisir de l'affaire de Raya Chidiac et de faire exécuter le criminel pour qu'il serve d'exemple à tous les autres. » Le jeune homme a menacé de se faire justice au cas où la justice ne ferait pas le nécessaire.

De son côté, M. Douaihy a appelé à appliquer la loi en ce qui concerne le dossier des réfugiés. « L'application de la loi à travers un contrôle des papiers officiels réglera une grande partie du problème », explique l'activiste qui assure que ce premier sit-in ne sera pas le dernier. Joint au téléphone par L'OLJ, le président de la municipalité de Zghorta-Ehden assure que la décision ne revient pas au conseil municipal mais à l'État, d'autant que le dossier est beaucoup plus complexe que cela. « Néanmoins, nous insisterons davantage sur la détention par les réfugiés de papiers officiels et sur l'identité des garants des employés de nationalité syrienne, afin de réglementer la présence des déplacés à Zghorta », explique-t-il.

 

La volonté de rationaliser...
L'activiste Marina Araigy a choisi de ne pas participer au sit-in qui a eu lieu dans sa ville et de s'éloigner de tout discours populiste. « Un sit-in, ou n'importe quelle autre forme de mobilisation, n'est certainement pas la solution à la crise des réfugiés syriens au Liban, affirme la jeune femme. De plus, il ne faut surtout pas tomber dans le piège de discours qui s'adressent davantage à l'instinct du public qu'à sa raison », ajoute-t-elle avant de conclure sur un ton ferme : « L'humain est humain, et ce n'est pas parce que l'agresseur de Raya Chidiac est syrien qu'il faut généraliser et pointer le doigt en direction de tout un peuple. »

Boulos Douaihy, activiste, abonde dans le même sens : « Je suis contre ce genre de mobilisation pour la simple raison que nous ne pouvons pas juger tout un peuple sur un acte perpétré par un seul individu. » L'activiste ne nie pas l'existence de plusieurs problèmes liés à la présence des réfugiés au Liban, mais il insiste sur la nécessité d'œuvrer de manière responsable pour la gestion de la crise sans pour autant lier le dossier aux actes de violences ou de terrorisme. « D'ailleurs, manifester pour chasser des gens de sa ville reflète, de façon flagrante, l'absence de l'État et son inaction en ce qui concerne un dossier aussi important que celui des réfugiés syriens », conclut-il.

 

 

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Le Faucon Pèlerin

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gaby sioufi

" le soulevement des zgortiotes ? C pt't que tout ca est une mise en scene - encore une - avec pour but de presser encore plus le gouvernement a souscrire a la reprise avec les autorites syriennes.
cela equivaudrait a un nouvel echec de ce qui reste des souverainistes( pas beacoup ) suite au marchandage honteux resultant a la pseudo election presidentielle.

pt't aussi au retour en force de la botte syrienne qui sait ?

Le Faucon Pèlerin

"El-gharib wajeb y'koun adib" (L'étranger doit être poli). S'l ne l'est pas, il doit être botté hors du Liban manu militari sans aucun ménagement.

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