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La Dernière

Léa Sednaoui, sang pour cent

Beyrouth insight

De la sculpture à la cuisine, de Running Horse à Chew Choose, de Londres à Beyrouth, en passant par LA, la consultante culinaire a l'art et le goût de bien faire les choses.

Carla Henoud | OLJ
05/10/2017

C'est du haut de ses 23 ans, presque à la pointe des pieds, que Léa Sednaoui, alors fraîchement diplômée du Central Saint Martins College of Art and Design de Londres, avait eu le courage, certains y verront de l'audace, d'ouvrir en 2009 sa propre galerie de 300 m2 baptisée « The Running Horse ». L'idée, venue spontanément, avait semblé une évidence pour cette artiste conceptuelle, de transformer son atelier de travail en galerie et d'y organiser l'exposition de l'artiste Sigrid Gloerfelt, baptisée Somewhere... Elsewhere. « Je produisais des sculptures en acier, tous mes amis étaient partis faire leur master à l'étranger. Je n'avais pas assez de connaissances pour évoluer dans mon domaine, pas assez de pièces à montrer, et j'avais... 23 ans, explique la jeune femme, le regard vif et clair. En une semaine, Running Horse est né. Du jour au lendemain, j'ai mis ma petite robe et je suis devenue galeriste. » Durant plusieurs années, elle fera son métier, appris sur le tas, avec rigueur et un bon choix d'artistes. « Ce qui était difficile, confie-t-elle, c'est que je n'y connaissais rien au business de l'art. Au bout de la troisième exposition, Alfred Tarazi m'a prise par la main et m'a expliqué le monde de l'art. »

Shows en solo, expositions, foires internationales, « nous avons été très bien reçus. L'aventure a commencé... Je me battais pour mettre en avant les talents émergents de la scène artistique locale dans les domaines de la peinture, de la sculpture, de la vidéo, des installations et performances ou encore du stylisme. C'était une expérience géniale ».

 

« J'aime ce qui est pointu »
Au bout de 5 ans, en décembre 2014, et dans une situation économique boiteuse, un peu par pudeur, beaucoup par conviction, elle choisit de fermer son espace, de troquer sa petite robe contre un jean et de reprendre la route. « Je sentais que ce n'était pas éthique de vendre des toiles alors que la réalité économique du pays était bien différente. » Elle se dit alors : « J'ai 28 ans, soit je déménage à Dubaï ou autre, pour continuer dans le même domaine, soit je reprends tout à zéro, professionnellement et personnellement. »

Elle rêve de s'installer à LA, elle n'y fera que des arrêts répétés, et décide de se recycler et de faire un master en branding à Londres. Et comme elle aime la cuisine, elle suit des cours auprès d'Alain Ducasse. Elle en revient impressionnée. « C'est là que j'ai réalisé qu'il ne s'agissait pas juste d'un chef, mais d'un lifestyle qui comprenait écoles, boutiques, livres et restaurants dans le monde. Et d'une image. » Son master décroché avec les honneurs, « j'ai foncé », poursuit-elle. Un an et demi en free-lance, et parce que « j'adore cuisiner », elle se spécialise naturellement dans le branding culinaire. Une façon de mettre en commun ses deux passions. « C'est pointu, et j'aime ce qui est pointu. » Elle devient ainsi consultante et propose conseils et stratégies à des entrepreneurs et des professionnels dans le domaine culinaire. Depuis un an, elle travaille sur un projet qui la fascine, un livre de recettes familiales de la famille Missoni. « Une manière d'ouvrir la porte de la maison au grand public et de l'inviter à leur table et dans leur intimité. » Elle rédige les recettes et joue en même temps le rôle de directrice artistique et de consultante culinaire. L'ouvrage, « un défi, car les recettes sont typiquement italiennes », rédigé en anglais, et que l'on imagine déjà beau et appétissant, sort en décembre 2018 aux éditions Assouline.

 

Mâcher et choisir
Outre les coulisses d'un livre, celles de restaurants à venir dont elle se charge du concept et des recettes, Léa Sednaoui s'amuse sérieusement sur son compte Instagram chewchoose (300 à ses débuts et aujourd'hui plus de 9 500 followers) et sur son blog ChewChoose (www.youchewyouchoose.com) à proposer des recettes, à adapter selon son groupe sanguin, mettre en avant des ingrédients et encourager une alimentation saine et savoureuse. « J'ai toujours été intéressée par le bien manger. Depuis 2 ans, j'ai découvert la méthode de Peter J. D'Adamo, professeur en génétique, qui a poursuivi les recherches de son père. Il affirme que chaque groupe sanguin a une alimentation particulière qui lui sied. Je suis du groupe A, qui est végétarien. Quand j'ai adopté ce régime, moi qui étais une vraie carnivore, j'ai ressenti comme une aura autour de mon corps. Ça a permis de réguler toutes mes énergies et de mettre mes sens en éveil. » À travers les réseaux sociaux, D'Adamo découvre le travail de la blogeuse et demande à collaborer avec elle. Poster des photos sur leur compte Instagram, reproduire des recettes de leurs livres, créer des recettes originales en fonction des groupes sanguins, le travail la passionne et lui permet de comprendre, de créer, d'approfondir. ChewChoose, qui signifie mâcher et choisir, a trouvé son élan et un beau rythme de croisière. « J'ai développé un grand intérêt pour les photos alimentaires, pour les aliments et les produits. » Son objectif : « Mettre en avant leurs singularités, avec un côté artistique qui les rende attractifs et accessibles. Et promouvoir le bien-être et un retour aux sources. »

Le dernier post libanais, il y a quelques jours, de Léa Sednaoui avant son départ pour Londres et son brouillard s'est fait sous le signe de la tahini. Une des saveurs embarquées avec elle auprès de nombreux souvenirs gustatifs et autant d'émotions sucrées salées.

 

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Courage pour Léa Sednaoui et surtout bonne chance cette fois dans le monde de la galerie culinaire aussi sensible .

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