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La Dernière

Les belles et les bêtes de Jad Ghorayeb

Beyrouth insight

Son regard d'architecte compose les photos et les décompose presque spontanément, en ombres, lumières, courbes et lignes. Portrait d'un photographe qui aime sa ville.

24/08/2017

Tout a commencé avec les fameux « quartiers à caractère traditionnel ». Ces quartiers et ces traditions qui se font de plus en plus rares, vidés de leur substance, dans une ville désespérée. C'est là, dans une de ces rues, qu'habite Jad Ghorayeb, architecte de formation ; là qu'il assiste à la destruction de certains des plus beaux immeubles anciens ; là qu'il démarre sa série Beauty & the Beast. « Les tours poussaient, petit à petit, comme des champignons. J'ai commencé ce qui est devenu une série. »

Sur ses comptes Instagram et Facebook, le photographe partage ses clichés de plus en plus suivis – il en est aujourd'hui à 5 000 followers. Les instantanés d'une ville où les belles constructions se font bouffer par les bêtes. Des tours carnivores sans foi ni loi, sans âme surtout. Une modernité qui contraste cruellement avec la beauté du passé. Sa signature est également sa manière d'immortaliser les regrets et, à sa manière, de « sauver un héritage » dilapidé, avec pour appareil photo un simple téléphone. Quelque temps après, il reçoit un message de l'université de Harvard qui lui demande d'exposer quelques photos de cette série. En mars 2016, il choisit une dizaine de ces œuvres, (agréablement) surpris par cet honneur.

Autodidacte
Pourtant, Jad Ghorayeb est initialement un architecte, diplômé de l'Université libanaise, major de promotion de surcroît. Son projet final : un musée de jazz. « J'adore cette musique, confie-t-il. J'ai voulu survoler 1 000 ans de jazz, du classique au free jazz, et je l'ai adapté en architecture. J'ai créé un parcours expérimental qui se transforme en fonction des années, des changements et des courants. »

Durant quelques années, il collabore avec Dar al-Handassa pour de grands projets à Dubaï, Le Caire et Beyrouth. L'aéroport de Dubaï, des hôtels et des immeubles résidentiels parmi lesquels le 4 Seasons et la Marina Tower. Six ans plus tard, il travaille pour un bureau jordanien, CC Jordan, dont le propriétaire n'est autre que Jaafar Tukan, « un des plus grands de la région », se souvient-il. Il devient partenaire pour l'agence au Liban. Mais la collaboration cessera au décès de l'architecte. Depuis, Jad Ghorayeb préfère travailler en free-lance, choisir ses projets, donner des cours à l'USEK – « j'ai adoré l'enseignement », avoue-t-il – et se consacrer à sa seconde nouvelle passion, qui ne date que de 2 ans.

Save the heritage
Pourtant, ce jeune monsieur à la barbe sel et poivre possède le regard et le coup d'œil d'un photographe expérimenté. Ses cadrages, l'instant « saisi au vol », les compositions et la lumière sont le fruit d'un instinct, une évidence qui le font appuyer, en un instant précis, sur le déclencheur de son smartphone. Il utilise toujours très peu la caméra, préférant son téléphone complice qui lui donne le résultat escompté. Après Beauty & The Beast, où se frôlent passé et présent, arrogance des uns et nostalgie des autres, il a lancé une série sur Beyrouth. Les lieux qui se perdent, les maisons abandonnées, les sites oubliés. Il met également en scène une femme, le plus souvent de dos, une danseuse, une yogi, qui fait son grand écart, son saut dans un cadre précis. « C'est ma façon de tourner les projecteurs sur un endroit, un village, de tirer le signal d'alarme et d'espérer le sauver. » La lumière, les compositions et puis l'intervention des (ombres) de ces femmes deviennent un peu sa signature. Tout comme les façades en noir et blanc d'immeubles urbains, ponctués de formes géométriques en couleur, qui créent une image bien construite. « Jusqu'à présent, précise-t-il, cet exercice était un hobby. Mais on me demande aujourd'hui de photographier des projets d'architecture, et j'adore ça. » Une manière logique et subtile de joindre ses deux talents tout en restant libre, à l'écoute de l'éclairage naturel, des intérieurs, des volumes et des profondeurs. En attendant un livre ou, plus encore, une exposition dans laquelle ses images seront enfin déployées, et vues, en grand. Pour le plaisir de l'œil.

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