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Nos lecteurs ont la parole - Par Lamia Sfeir Darouni

Monsieur le Président, n’oubliez pas nos souffrances du passé !

Monsieur le Président, je fais partie de cette génération qu'on appelle « la génération de la guerre ». J'ai connu comme vous 30 années de peur, de haine, de souffrances et de révolte. J'ai été traumatisée, comme des milliers de jeunes, par cette guerre qui m'est tombée dessus sans crier gare, sans comprendre pourquoi. J'ai lutté comme vous, mais à ma façon, en offrant à nos jeunes jetés dans leurs zones de combat un minimum pour survivre. J'ai tremblé de peur sous les bombardements sauvages des armées qui ont envahi mon petit pays : Palestiniens au début, forces étrangères par la suite, mais surtout l'armée syrienne qui a occupé ma ville et mon quotidien. J'étais glacée d'effroi à la vue de leurs chars prenant d'assaut nos rues et nos villes et j'étais terrorisée en entendant leurs cris et leur accent. J'ai longtemps été hantée par cet accent qui a fait trembler de peur toute ma génération. J'ai encore en mémoire les hurlements de nos jeunes qu'ils attrapaient, torturaient et jetaient sauvagement dans les cachots de ce sinistre château Beau Rivage. Je revois encore les larmes de douleur de leurs mamans suppliant qu'on leur rende leurs fils, suppliant qu'on les laisse soulager leurs souffrances. J'ai rêvé, Monsieur le Président, comme vous, mais sans trop y croire, de ce moment où ces soldats quitteraient mon pays. J'ai longtemps espéré, attendu. Et ce 14 mars 2005, sur cette place des Martyrs, j'ai crié, avec des centaines de jeunes, étranglés comme moi par cette haine et cette armée, terrorisés par les conséquences que leur acte pouvait entraîner, « Syria Out, Syria Out ». Ils ont bravé le danger, ont défié leur peur, nargué ces soldats. Et ils ont pleuré de joie, lorsque cette armée a quitté leur terre et leur pays. Dix ans plus tard, Monsieur le Président, vous arrivez à la tête de mon pays, porteur de changements et de messages. Vous êtes revenu, galvanisé par une foule qui a placé en vous toutes ses attentes et tous ses espoirs. Je ne viens pas remettre en question vos alliances et vos stratégies, Monsieur le Président. Je ne viens pas vous demander des comptes et des explications sur vos actes et vos pensées.
Je viens vous demander aujourd'hui, au nom de ces jeunes qui n'ont pas encore effacé leurs peurs et leurs douleurs, au nom de cette génération qui n'a pas encore oublié la haine et l'horreur, au nom de ces soldats qui sont morts pour libérer leur terre et leur pays, au nom de ces mamans qui pleurent encore leurs fils morts pour cette cause, je vous demande de ne pas nous faire revivre le spectre de la honte, de la peur et de l'horreur. Je vous demande de ne pas nous infliger un nouvel affront en revivant sous une occupation étrangère. Je vous demande de nous épargner la peur que nous avons connue, face à ces soldats qui reviendront nous narguer et nous terroriser. Je vous demande de défendre notre liberté. Nous avons payé très cher le prix de cette liberté, Monsieur le Président et Messieurs le Gouvernement. Laissez ces jeunes bâtir, se reconstruire et se prouver. Épargnez-leur la honte de l'occupation et la peur de l'occupant. Monsieur le Président, aujourd'hui, nous n'avons pas encore oublié les souffrances du passé, pour supporter, accepter et recommencer. Évitez-nous un nouvel affront ! Laissez-nous vivre fiers, libres et indépendants. Battez-vous pour notre liberté et celle de nos enfants. Nos vies et notre destin sont entre vos mains. Vous avez le pouvoir et l'autorité, nous ne sommes que des pions sur cet échiquier que les grands se disputent et s'arrachent.

 

Monsieur le Président, je fais partie de cette génération qu'on appelle « la génération de la guerre ». J'ai connu comme vous 30 années de peur, de haine, de souffrances et de révolte. J'ai été traumatisée, comme des milliers de jeunes, par cette guerre qui m'est tombée dessus sans crier gare, sans comprendre pourquoi. J'ai lutté comme vous, mais à ma façon, en offrant à nos jeunes jetés dans leurs zones de combat un minimum pour survivre. J'ai tremblé de peur sous les bombardements sauvages des armées qui ont envahi mon petit pays : Palestiniens au début, forces étrangères par la suite, mais surtout l'armée syrienne qui a occupé ma ville et mon quotidien. J'étais glacée d'effroi à la vue de leurs chars prenant d'assaut nos rues et nos villes et j'étais terrorisée en entendant leurs cris et leur accent....
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