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Liban

Lorsque « resettlement » devient implantation...

Réfugiés syriens

« Pas d'implantation des réfugiés syriens, mais une réinstallation préalable à leur retour », assurent Walid Pharès, conseiller auprès des membres du Congrès américain, et Ziad el-Sayegh, expert en politique publique et en matière de réfugiés.

23/09/2017

Le discours du président américain mardi dernier à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies a provoqué une levée de boucliers au Liban. Immédiatement, des voix politiques se sont élevées contre les propos de Donald Trump, jugés en faveur de l'implantation des réfugiés syriens dans les pays hôtes (Liban, Turquie, Jordanie). Les réseaux sociaux se sont aussi enflammés. Mais qu'en est-il des propos exacts du président US, de son intention réelle ? Le risque d'implantation des réfugiés syriens est-il réel? Et que fait aujourd'hui le pays du Cèdre pour organiser le retour chez eux des réfugiés syriens ? Deux experts se penchent pour L'Orient-Le Jour sur la question et décortiquent les propos du chef d'État américain, mais aussi la réponse libanaise.

Zones de rassemblement sous l'égide de l'ONU
« Le président Trump n'a pas parlé d'implantation (settlement) mais de réinstallation (resettlement) des réfugiés syriens dans les pays hôtes pour préparer leur retour chez eux », explique Walid Pharès, conseiller auprès des membres du Congrès américain. Cet ancien conseiller de Donald Trump pour les affaires étrangères durant la campagne électorale révèle que « l'administration américaine est en passe de mettre en place une nouvelle politique sur les réfugiés syriens visant à organiser leur retour en Syrie avec l'aide des Nations unies et de la communauté internationale, et elle étudie aussi les moyens d'impliquer la société civile locale dans ce processus ». « L'administration Trump considère que la présence des réfugiés syriens dans des pays voisins de la Syrie (Liban, Jordanie, Turquie) facilite leur retour, poursuit M. Pharès. Car à partir du moment où ils s'éloignent de la région et atteignent l'Europe, il devient plus difficile d'organiser leur retour en Syrie. »

Concrètement, sur la scène libanaise, le soutien américain au projet de retour doit se traduire d'abord « par des financements » au pays du Cèdre. À ce sujet, l'ambassade américaine a publié un communiqué hier, affirmant que l'aide US au Liban en réponse à la crise syrienne a atteint la somme de 1,6 milliard de dollars depuis 2011. Mais il est désormais question de « créer des zones de rassemblement des réfugiés syriens à l'intérieur du Liban, dans la Békaa notamment, avant de les rapatrier dans des zones sûres en Syrie ». « Ce projet se fera sous le contrôle des Nations unies, au Liban et en Syrie. Les réfugiés se trouveront donc dans des zones onusiennes, extérieures aux zones d'influence du Hezbollah ou du régime syrien », affirme M. Pharès. Et d'observer que le parti de Hassan Nasrallah « désire certes le départ des réfugiés syriens, mais pas par le biais des États-Unis et de l'ONU, car il craint ainsi de perdre de son influence ». Quant au pouvoir libanais, « il ne peut rien faire contre la volonté du Hezbollah », estime le conseiller. « Il se contente alors de faire de la rhétorique » et « d'exploiter les peurs de l'opinion publique ».

 

(Lire aussi : La hantise et tout le reste, l'éditorial de Issa GORAIEB)

 

Aucun risque d'implantation
« Le risque d'implantation des réfugiés syriens au Liban est inexistant », martèle de son côté Ziad el-Sayegh, expert en politique publique et en matière de réfugiés. D'abord parce que le pays du Cèdre « ne procède en aucun cas à la naturalisation ». « Il n'existe même pas de loi sur la naturalisation », insiste-t-il. Ensuite, parce que les réfugiés syriens ont « un pays membre de l'ONU, une terre et une nationalité qu'ils ne risquent pas de perdre, qu'ils soient pour ou contre le régime. Ils effectuent aussi des va-et-vient entre le Liban et la Syrie. L'entité syrienne existe donc », souligne-t-il. Et de certifier qu'au moment où un consensus sera adopté, ces réfugiés « rentreront chez eux pour y reprendre leur vie et contribuer à la reconstruction de leur pays ».

Invitant les Libanais à revenir sur le texte anglais du président américain où il est question de « réinstallation préalable au retour » (resettlement), l'expert reconnaît que « le Liban tout entier est d'accord sur le refus de l'implantation des réfugiés syriens ». Mais c'est au niveau des modalités du retour de ces réfugiés que le bât blesse. « Autrement dit quand, comment, sous l'égide de quelle instance et avec quelles garanties se fera ce retour dont on dit qu'il doit être sûr et sécurisé », note M. Sayegh. L'expert ne manque pas au passage d'écorcher « la diplomatie libanaise qui se contente de faire des discours ronflants sur le refus de l'implantation, mais qui n'effectue aucune démarche dans ce sens ». « Pourquoi la diplomatie n'a-t-elle pas réclamé une réunion du Conseil de sécurité pour discuter de la requête du Liban concernant le retour des réfugiés syriens ? demande Ziad el-Sayegh. Pourquoi n'a-t-elle pas participé aux pourparlers de Genève ou d'Astana pour y faire part de ses craintes ? Pourquoi n'a-t-elle pas poussé ses partenaires arabes, par le biais de la Ligue arabe, à évoquer le problème ? Pourquoi n'a-t-elle pas demandé aux instances onusiennes du Liban et de la Syrie d'évaluer les possibilités de retour des réfugiés ? Pourquoi enfin le Liban, qui est si lésé dans cette crise syrienne, n'a-t-il pas engagé d'initiative diplomatique avec la Turquie et la Jordanie auprès de l'ONU ? »
« Autant de questions qui restent sans réponses », déplore Ziad el-Sayegh, dénonçant « l'exploitation populiste délibérée du dossier de l'implantation à des fins électorales ».

 

 

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Wlik Sanferlou

et voilà une nouvelle discussion sur des termes qui ne mène nulle part.
Leur pays, apparement libéré à 99,9999% grace à leurs heros made in roussia, se stabilise ils doivent y rentrer immédiatement.
On discutera le nom de la situation plus tard. Qu'ils se regroupent dans LEUR pays et qu'ils choisissent le terme qui LEUR convient -implantation, resettlement, voyage de noces ... -
tranquillement entre syriens. Pour le Liban le seul terme qui convient est Allah maakoun et maa es'salemé!

Bery tus

OU QUAND LES MOUMANA3iste NOUS MONTRE AVEC PREUVE À L'APPUI LEURS FORMIDABLE PROPAGANDE !!

Mais c'est terrible qusnd meme Ce que leur journaux écrivent ... alors on peut imaginer que tout ce qu'ils écrivent sont en fait des faussetés !!! Et il n'y a que les moutons qui suivent

C.K

On nous l'a déjà faite une fois avec le cancer des camps palestiniens, pas question de settle ni resettle, mais de-settle et vite!

gaby sioufi

question sans but politicien ( DIEU M'EN GARDE ) ::

comment se fait il que les media titrent en gros que Trump VEUT " settle " les refugies ou ils sont, quand il a en fait dit EXPLICITEMENT : ""We seek an approach to refugee resettlement that is designed to help these horribly treated people and which enables their eventual return to their home countries to be part of the rebuilding process"" c a d en francais, les reloger etc... EN ATTENDANT LEUR RETOUR etc....

meme si c'est uniquement pour susciter des reactions en vue de Remplir des pages... BEN C MECHANT CELA TRES MECHANT !!!

EN TOUS CAS BRAVO Mme EL HAGE , la seule a avoir ecrit CE QUI EST VRAI !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE MOT EST SUJET A EQUIVOQUE ! ENTRE ANGLAIS ET FRANCAIS ET AUTRE LANGUE IL SE COLORE ET SE DECOLORE...

Ma Fi Metlo

C'est vrai qu'il est difficile d'interpréter les paroles d'un clown bouffon déséquilibré mental sénile et gâteux.

Wali Phares aura beaucoup de mal dans ses tentatives d'atténuer la calamité.

Assad Fakhouri

“Pour les aveugles, on dit non-voyant, pour les sourds, non-entendant, et pour les cons, non-comprenant.”
de Guy Bedos
Extrait de Inconsolable et gai

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