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Qui est "Abou Takiyé", le cheikh controversé d'Ersal en cavale

Affaire des ex-otages militaires libanais

Qui est Moustapha Hojeiry ? Que lui reproche-t-on dans l'affaire des ex-otages militaires ? Où se trouve-t-il aujourd'hui ? L'Orient-Le jour a interrogé une source au sein de l'armée, un proche du cheikh en question, le père d'un soldat tué et le président du conseil municipal d'Ersal, afin de tenter d'y voir plus clair.

18/09/2017

Depuis la confirmation officielle, le 6 septembre, de la mort en détention des militaires libanais enlevés par les jihadistes en août 2014 à Ersal (localité de la Békaa, frontalière de la Syrie), le nom de Moustapha Hojeiry, alias "Abou Takiyé", est sur toutes les lèvres.

Ce cheikh controversé, qui avait joué les intermédiaires dans cette affaire, est, selon diverses sources, proche des jihadistes, voire même directement impliqué dans le rapt des militaires. Faisant l’objet de plusieurs mandats d’arrêt, il est aujourd’hui introuvable, alors que les autorités libanaises ont lancé une enquête afin de déterminer qui sont les responsables de l’enlèvement et de la mort des militaires.

Qui est donc Abou Takiyé ? Que lui reproche-t-on ? Où se trouve-t-il aujourd’hui ? L’Orient-Le jour a interrogé une source au sein de l’armée, un proche du cheikh en question, le père d’un soldat tué et le président du conseil municipal d'Ersal, afin de tenter d’y voir plus clair.

 

 

De Saïda à Ersal

Moustapha Hojeiry, né en 1967, est originaire d'Ersal. Toutefois, le président du conseil municipal de cette bourgade sunnite, Bassel Hojeiry, précise qu'Abou Takiyé n'y vit que depuis une dizaine d'années. "Il a fait ses études en Arabie saoudite et vivait à Saïda où ses enfants sont d'ailleurs nés. Il était également l'imam d'une mosquée" dans cette ville du Liban-Sud, précise Bassel Hojeiry.

Lorsqu’une trentaine de militaires libanais, soldats et policiers, sont enlevés le 2 août 2014 à Ersal par des jihadistes du Front Fateh el-Cham (Front al-Nosra à l’époque) et du groupe Etat islamique, un groupe d’entre eux est conduit par Fateh el-Cham au domicile d’Abou Takiyé à Ersal. Ce dernier assurait que les militaires étaient sous sa protection. Toutefois, la plupart des otages sont finalement livrés aux jihadistes qui les emmènent vers les hauteurs de la bourgade. Seuls quelques militaires seront libérés quelques jours plus tard, dans des circonstances vagues.

Deux militaires seront exécutés par Fateh el-Cham : Mohammad Hamié, tué le 19 septembre 2014, et Ali Bazzal, tué le 5 décembre de la même année. Les autres otages seront libérés le 1er décembre 2015. Moustapha Hojeiry aurait joué un rôle central dans leur libération, aux dires de plusieurs sources.

 

 

Proche des groupes terroristes

Tout en étant un interlocuteur du gouvernement qui cherchait à obtenir la libération des militaires, Abou Takiyé fait l'objet de plusieurs mandats d'arrêt. Le 14 octobre 2014, le juge d'instruction militaire Fadi Sawan publie un acte d'accusation à l'encontre de Moustapha Hojeiry "pour appartenance à une organisation terroriste (Front al-Nosra) dans le but de perpétrer des actes terroristes". Il lance contre lui un mandat d'arrêt et transfère son dossier au parquet militaire. Le 2 décembre 2015, au lendemain de la libération des ex-otages de Fateh el-Cham, Abou Takiyé est condamné par contumace par le tribunal militaire à un an et demi de prison pour trafic d'armes.

"Abou Takiyé est toujours en cavale", confirme une source militaire qui a requis l'anonymat. "Il fait l'objet de plusieurs mandats d'arrêt. Il est clair qu'il est proche des groupes terroristes". Mais cette source ne dit pas si Abou Takiyé est accusé d'être affilié à Fateh el-Cham ou à l'EI.

Toutefois, Hussein Youssef, père du soldat Mohammad Youssef, tué en captivité par les jihadistes de l'EI, explique que Moustapha Hojeiry n'était pas en bons termes avec ce groupe-là.

"A certains moments, Moustapha Hojeiry a joué un rôle positif, comme lorsqu'il tentait d'obtenir la libération des militaires. Il avait son mot à dire auprès des jihadistes d'al-Nosra. Mais ce n'était pas le cas concernant l'affaire de mon fils et de ses camarades qui étaient détenus par l'EI. Ce groupe a même tenté d'assassiner Abou Takiyé", explique Hussein Youssef. Une version confirmée par Abou Takiyé lui-même qui disait en juillet 2016 que son nom figurait sur une liste de personnes que l'EI comptait assassiner.

"Les familles des militaires Mohammad Hamiyé et Ali Bazzal réclament la peine de mort pour Abou Takiyé. Personnellement, je réclame son arrestation afin que les autorités puissent l'interroger pour comprendre le rôle qu'il a joué dans cette affaire, poursuit Hussein Youssef. En tout cas, s'il est en cavale aujourd'hui, cela veut dire qu'il est impliqué".

 

Enregistrement vidéo

Le 28 août dernier, la chaîne télévisée al-Jadid publie sur YouTube une vidéo dans laquelle apparaît Moustapha Hojeiry, assistant à une réunion d'édiles d'Ersal, en présence du chef de Fateh el-Cham dans le secteur, Abou Malek el-Tallé.

Selon Bassel Hojeiry et un membre de la famille d'Abou Takiyé, cette vidéo date de début août 2014, quelques jours après le début de la bataille d'Ersal et de l'enlèvement des militaires libanais. Dans cet enregistrement, le prédicateur islamiste apporte son soutien au chef de Fateh el-Cham et se dit prêt à combattre l'armée libanaise si elle procède à des arrestations à l'intérieur du village.

Le proche d'Abou Takiyé affirme que les propos de ce dernier ont été tronqués. Hussein Youssef condamne pour sa part fermement les propos du cheikh dans cet enregistrement.

Le quotidien al-Akhbar, favorable aux milieux hostiles à Abou Takiyé, rapporte le 7 septembre que ce dernier aurait récemment publié un communiqué via la messagerie mobile Whatsapp dans lequel il dément soutenir Fateh el-Cham.

Le 14 septembre, lors du talk-show politique Kalam el-Nass diffusé sur la chaîne LBCI, c'est le ministre des Télécoms, Jamal Jarrah, favorable à la rébellion syrienne et hostile au Hezbollah, qui prend la défense d'Abou Takiyé. Il affirme que celui-ci a permis la libération de quatre militaires qu'il avait cachés à son domicile afin de les protéger.

 

L'étau se resserre

Abou Takiyé faisait profil bas depuis la libération des ex-otages de Fateh el-Cham, fin 2015, et l'Etat libanais n'avait pas procédé à son arrestation. Mais depuis l'ouverture d'une enquête que l'armée est chargée de mener afin d'identifier les personnes responsables, directement et indirectement, de l'enlèvement et de l'assassinat des militaires, l'étau semble se resserrer autour de Moustapha Hojeiry et son entourage.

Le 1er septembre, le fils du prédicateur islamiste, Obeida Hojeiry, est arrêté par l'armée libanaise à Ersal. Selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), celui-ci avoue durant son interrogatoire que son père est impliqué dans le rapt des militaires.

Certains observateurs voient dans l'arrestation de Obeida Hojeiry un avertissement adressé à son père. "L'arrestation de Obeida Hojeiry n'était pas un moyen pour faire pression sur son père", assure pourtant la source militaire. "Obeida Hojeiry a été arrêté au niveau d'un barrage de l'armée, alors qu'il était à bord d'un véhicule dont il ne détenait pas les papiers. Des armes ont également été saisies à bord de ce véhicule", explique la source.

 

Abou Takiyé introuvable

Les jihadistes de Fateh el-Cham, ainsi que leur chef dans le jurd d'Ersal, Abou Malek el-Tallé, évacuent le territoire libanais vers la Syrie, suite à un accord avec le Hezbollah, à l'issue d'une bataille opposant les deux parties durant quelques jours fin juillet.

Abou Takiyé reste, lui, introuvable. Le 7 septembre, l'armée encercle le complexe qu'il occupe en principe à l'intérieur d'Ersal, en vue de son arrestation. Sans succès. Le 13 septembre, c'est un bâtiment commercial et industriel situé à Wadi Hosn à Ersal, et appartenant à Abou Takiyé, qui est perquisitionné. Deux Libanais et un ressortissant syrien sont arrêtés. Des armes sont également saisies à l'intérieur du bâtiment, mais l'armée échoue une nouvelle fois à mettre la main sur Moustapha Hojeiry.

Un membre de la famille d'Abou Takiyé raconte avoir perdu la trace de ce dernier depuis la fête de l'Adha, c'est à dire depuis le 1er septembre. "Il a vraisemblablement quitté le village d'Ersal depuis cette date-là", confie-t-il. "Abou Takiyé n'a aucun lien avec le terrorisme", ajoute ce proche qui insiste cependant à se démarquer des positions de Moustapha Hojeiry.

Le président du conseil municipal d' Ersal semble lui aussi ne pas connaître le sort du prédicateur. "Je n'ai aucune information sur Moustapha Hojeiry. Je ne sais pas s'il se trouve actuellement dans le village. C'est à l'enquête en cours de le dire", se contente d'affirmer Bassel Hojeiry. Il assure ensuite que les habitants d'Ersal se plient à la justice et que "nul n'accordera de couverture à Moustapha Hojeiry".

 

Repère

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Il faut aller le chercher en bensaoudie , ses sponsors .

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