Nos Lecteurs ont la Parole

Cheikh Bachir 1982-2017 : un homme d’exception

Youssef Georges HADDAD
OLJ
14/09/2017

Cheikh Bachir Gemayel est né le 10 novembre 1947 et mort le 14 septembre 1982, année de la création de la LBC et jour de la fête de la Sainte-Croix. Il avait alors 35 ans, et cela fait 35 ans qu'il est décédé. Aujourd'hui, notre jeune président aurait eu 70 ans et beaucoup d'encre a coulé à son sujet, beaucoup plus que l'émir Fakhreddine Maan el-Kebir, que l'émir Béchir Chéhab, que Béchara el-Khoury, Riad el-Solh (les pères de l'indépendance), le géant Camille Chamoun et le pragmatique président général Fouad Chéhab.
Son souci était les chrétiens du Liban et d'Orient et les Libanais en général. Un homme d'exception qui avait réuni autour de lui beaucoup de monde, comme ce qu'on avait appelé le groupe Gamma, puisque Bachir s'était donné les moyens de savoir et d'écouter, tous deux aussi important que de commander.
Il écoutait et savait faire le tri.
Il savait qu'on avait besoin d'argent pour faire la guerre et libérer le Liban des jougs palestinien, syrien et israélien, sans évoquer les autres. Rien ne lui faisait peur, ni les barons du pétrole, ni l'Occident des Européens, ni les USA d'Uncle Sam, ni l'Orient des Chinois, ni les Soviétiques des Rouges. Il nous disait toujours cette phrase : « Ne jetez pas du riz et des pétales de rose sur l'occupant syrien ou israélien ou occidental, car un jour cela se retournera contre nous. »
Il avait vu venir l'intégrisme islamique qui a mené des décennies plus tard au déferlement des daechistes. N'oublions jamais que Mouammar Kadhafi, Saddam Hussein, Hafez el-Assad voulaient à tout prix devenir chacun le Gengis Khan de son époque et avaient intérêt à convaincre leurs alliés arabes islamiques de la guerre sainte qu'ils menaient au Liban contre les derniers représentants des croisés... Les prisons de ces pays étaient bondées d'islamistes car les peuples dans ce coin du monde sont des religieux à la racine. Mais ça faisait bien d'être communiste ou socialiste, de parler de non-croyance et de non-alignement. L'Union soviétique les avait crus et avait fait des Palestiniens le fer de lance des combattants de la liberté dans le monde. L'antijudaïsme précoce a toujours été porteur, depuis Saint Louis, et les juifs n'ont jamais fait quoi que ce soit pour changer la donne, de Massada à la création de l'État d'Israël. Un pays neutre comme le Liban devait naturellement en payer le prix, surtout à cause de sa nomination de « Suisse du Moyen-Orient ».
Ainsi, tous ces intrus ont voulu briser le pays du Cèdre avec l'arrivée de Khomeyni qui a bouleversé la donne avec l'appui de l'Occident. Cheikh Bachir, qui avait rencontré en 1981 Alexandre de Marenche, patron du SDECE qui deviendra la DGSE, avait demandé à ce dernier, qui était un grand ami du chah d'Iran, de faire quelque chose pour le bien-être de la région, soulignant que nous, chrétiens du Liban, sommes le dernier rempart de l'Occident. On nous targue d'être des descendants des croisés, ce qui est complètement faux, car le chrétien d'Orient existe bien avant l'islam.
Khomeyni avait envoyé ses pasdaran dans la Békaa, lesquels s'étaient positionnés dans le Hermel en 1982. Force est de relever que l'imam Moussa Sadr avait harangué les foules chiites en 1974 en soulignant, haut et fort, que les armes sont la parure de l'homme (al-silah zinatt al-rijal). Les combattants chiites étaient encadrés par l'OLP de Yasser Arafat, qui s'était rendu en Iran.
Il ne faudrait pas perdre de vue que l'extrémisme daechiste ou les benladinistes sont l'autre face de la médaille avec l'extrémisme chiite iranien et son représentant le Hezbollah au Liban, en Afrique ou dans d'autres continents.
Cheikh Bachir Gemayel, comme nous tous, voulait un État fort au service de sa population. Plus de pistons, plus de république bananière. Il avait annoncé la couleur dès le début, dans une intervention au bureau politique Kataëb. Il allait demander à chacun comment il avait fait sa fortune (« min ayna laka haza ? »). Il y a, jusqu'à aujourd'hui, des témoins de cet événement, dont notamment Jean Bismarji. Certains nous ont quittés comme feu Fouad Abou Najm, mort en même temps que lui. Il avait un programme économique, stratégique, militaire (cf. le général Michel Aoun ou le colonel Johny Abdo et bien d'autres, et feu le commandant Sami Chidiac). Il avait un programme social et médical (Fouad Abou Nader en est témoin, à l'instar de l'actuel Dr Pierre Gemayel et bien d'autres). Faire du Liban une vraie Suisse de ce côté de la Méditerranée était l'un de ses objectifs, de même que l'infrastructure des routes pour éviter les heures d'embouteillage et les bouchons. Mais ses ennemis ou les ennemis du Liban ne le voulaient pas et ils l'ont assassiné.
Comme disait Ghassan Tuéni, on fait la guerre des autres. Cheikh Bachir voulait en finir de tout cela en 1982. Mais les gens de la guerre, les vendeurs d'armes, de pétrole et les magnats d'argent ne le voulaient pas. Il avait uni autour de lui, bien avant son élection, les Tuéni père et fils, Ghassan et Gebran, les Salam, Saëb et Tammam, les Arslane, notamment Fayçal, les Husseini, etc., qui se sont réfugiés lors de l'invasion israélienne dans les régions de l'Est sous contrôle de cheikh Bachir. Il voulait unir le pays derrière une idée, « un Liban pour tous ».
On assiste actuellement au procès de Habib Chartouni, l'exécuteur et le poseur de la bombe qui a tué cheikh Bachir, mais on ne saura jamais qui en est le réel commanditaire et le pourquoi.
Depuis la mort de cet exceptionnel personnage, on a eu des hauts et des bas, mais le pays n'est toujours pas un pays et je crois même que Kandahar est mieux que chez nous.
Mon souhait est que le Liban retrouve sa sérénité et surtout qu'il ne connaisse plus de guerre pour que vivent nos enfants. La guerre n'est pas la solution, ni la dictature. La solution serait la discipline et le respect de l'autre. Toutes les personnes qui souhaitent le Liban en ses frontières des 10 452 km2 seront tuées ou marginalisées et les personnes qui veulent la paix entre toutes les factions seront mises de côté.
Cheikh Bachir a payé son alliance avec l'Occident et l'OTAN pour éradiquer les camps de terroristes créés par les Palestiniens et bien encadrés par les pays du pacte de Varsovie et leurs alliés. C'est une « société anonyme » qui a tué le géant libanais, constituée de l'Union soviétique, de la Syrie, des Palestiniens, de l'Iran & co. Celui qui a exécuté l'attentat avait l'opportunité d'approcher le lieu car ses grands-parents vivaient dans le même immeuble. Pourquoi et comment personne n'a pris au sérieux les bribes d'informations sur l'attentat? Je n'ai pas de réponse. J'espère que lorsque je serai dans l'autre monde, cheikh Bachir me l'expliquera.
Je profite de cette journée noire, qui le restera, pour présenter mes sincères condoléances à tous les amies, amis, camarades, compagnons et familles Gemayel et alliés, son fils Nadim, son épouse Solange, sa fille Youmna, sa petite-fille Maya, son frère, ses sœurs et tous ceux qui l'ont connu.
Le Liban aura toujours des martyrs et des héros.
Vive le Liban libre.

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PAS D,EXAGERATION ! ON CONNAIT SES PENSEES NON PAS SES ACTES QU,IL N,A PAS EU LE TEMPS DE MONTRER...

Ma Fi Metlo

C'était un grand homme , pas de doute là dessus . Son combat était légitime bien que mal compris par ses ennemis, mais comme tout grand homme il a commis une grave erreur , celle de s'allie à la pire ses espèces du monde politique régionale.

Erreur de jeunesse peut être, mais fatale .

Son parti en pâtit encore de nos jours .

Wlik Sanferlou

Bashir, un vrai patriote, un vrai président, un vrai héros dans la pure lignée de Fakhredine, des martyrs de l indépendance des martyrs de l armée à Arkoub et partout au Liban, mais , enfin un vrai et pur LIBANAIS! ALLAH YIRHAMAK RAYISS !!!

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