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Liban

Les discours de Geagea et Nasrallah reflètent l’incompatibilité des agendas libanais et iranien

Éclairage
12/09/2017

Deux meetings oratoires, deux discours, mais deux agendas politiques différents. Après la cérémonie religieuse annuelle organisée par les Forces libanaises à la mémoire de leurs martyrs et les positions prises par leur chef, Samir Geagea, à cette occasion, un observateur a entrepris de scruter les points de convergence et de divergence entre ce meeting populaire et celui que le Hezbollah a récemment organisé pour célébrer la libération des jurds de Qaa et de Ras Baalbeck de la présence des terroristes du groupe État islamique. Il est vite arrivé à la conclusion qu'il est pratiquement impossible de comparer les deux, et encore moins de trouver des points de convergence, non seulement parce que les motifs des deux rassemblements étaient différents, ou encore parce que Samir Geagea était présent à la cérémonie au moment où le chef du Hezb s'est adressé à ses partisans à travers un écran géant, mais parce que tout un monde sépare les deux partis politiques. Une antinomie qui s'est manifestée nettement dans les discours qui ont été prononcés à ces deux occasions. À Meerab, et dans les discours que Samir Geagea tient en général, l'accent est mis sur un État libre, indépendant et fort, sur une armée qui doit avoir le monopole du port d'armes et de la protection des Libanais, d'autant qu'elle a fait preuve d'un haut niveau de professionnalisme dans la bataille des jurds lorsqu'elle a réussi à refouler les terroristes de l'EI sans l'aide de personne.

À Baalbeck et de manière générale dans ses interventions par écran interposé, Hassan Nasrallah ne parle que de l'axe de la résistance, de l'importance de celle-ci ou encore du triptyque peuple-armée-résistance, pour le Liban et la région, de son rôle dans la préservation de la Syrie (comprendre le maintien du régime de Bachar el-Assad), des méfaits de la famille royale en Arabie, de l'échec de l'axe saoudien et de la grandeur de l'Iran et de wilayet el-Faqih.

Ces deux discours montrent à eux seuls la présence de deux agendas politiques qui affectent différemment la scène locale. Le premier est foncièrement libanais et le second est régional, en ce sens qu'il fait passer les intérêts de l'Iran et de l'axe syro-iranien avant ceux du Liban, ce qui n'est pas cependant sans embarrasser le Hezbollah et le contraindre à de véritables acrobaties pour prouver la compatibilité de ses positions avec des considérations d'ordre local en priorité. En témoigne d'ailleurs l'argumentation qu'il a développée pour expliquer les raisons pour lesquelles il s'était empressé de court-circuiter la victoire de l'armée qui s'apprêtait à en finir avec la présence des terroristes dans les jurds, alors que le parti chiite avait conclu un marché avec l'EI, pour assurer aux combattants de ce groupe un passage sûr vers la frontière syro-irakienne.

 

(Lire aussi : Geagea : La majorité des Libanais sont contre le Hezbollah car il hypothèque la décision nationale)

 

Le fait est que l'axe syro-iranien a toujours besoin de montrer qu'il a l'apanage de la lutte contre le terrorisme. Sauf que les développements dans la région, notamment en Syrie où un cessez-le-feu a été instauré et où les zones sans tension se sont élargies, se sont reflétés sur les positions des responsables du Hezbollah. Ces derniers se retrouvent à faire la politique du grand écart, une situation née principalement de la contradiction entre les intérêts du Liban et ceux de l'Iran, entre son agenda iranien et la politique de distanciation adoptée par Beyrouth. Et c'est pour mettre les points sur les i, une fois pour toutes, que le chef du gouvernement, Saad Hariri, a tenu à rappeler, durant le dernier Conseil des ministres, que le Liban maintient sa politique de distanciation et n'est pas partie prenante dans les conflits qui se déroulent dans la région. M. Hariri a tenu à rappeler cette attitude après que la formation chiite ait critiqué les positions adoptées par le Premier ministre, durant sa visite officielle en France, au sujet du dossier des déplacés syriens. Le Hezbollah avait alors affirmé que ces positions ne reflètent que le point de vue de M. Hariri et que le dossier n'a pas été examiné en Conseil des ministres. Dans ce cadre, M. Hariri a aussi pris soin de relever que le pays ne fait partie d'aucun axe, mais qu'il est partie intégrante de la coalition internationale contre le terrorisme.

Un discours qui n'est pas pour plaire au Hezbollah. Dans les milieux politiques souverainistes, on considère que l'escalade politique à laquelle la formation chiite a eu recours tend d'abord à détourner l'attention du marché conclu avec l'EI et reflète ensuite son mécontentement du ralliement populaire spontané autour de l'armée durant la bataille des jurds de Qaa et de Ras Baalbeck au moment où la bataille de Ersal lancée par le Hezb contre al-Nosra avait divisé les Libanais. Dans ces mêmes milieux, on estime que la contradiction entre les deux agendas libanais et iranien est claire. Alors que Beyrouth juge comme étant prioritaire le maintien de la stabilité dans le pays, une stabilité dont le Hezbollah est également soucieux, l'Iran aurait besoin en cette période d'adresser à ses adversaires des messages forts, soit à partir du Liban, soit à partir d'autres scènes arabes. En tout état de cause, son bras droit dans cette mission reste le Hezbollah, ce qui ne manquerait pas d'affecter le Liban, comme lorsque la formation chiite avait mené campagne contre les pays du Golfe qui avaient fini par boycotter le Liban. Entre les intérêts du Liban et ceux de Téhéran, le Hezbollah n'hésite pas à choisir. Il est partie prenante du jeu régional et son agenda est transnational. Les intérêts du Liban ne sont pas, de ce fait, prioritaires à ses yeux, d'autant que, selon des milieux politiques du 14 Mars, les négociations en cours autour de la Syrie ne sont pas dans l'intérêt de Damas ni dans celui de l'Iran. Dans ce contexte, on fait remarquer dans ces milieux que l'aviation russe n'est pas intervenue pour intercepter les tirs israéliens lors des deux raids lancés par Tel-Aviv contre une usine iranienne d'armes chimiques à Masyaf, en Syrie, il y a quatre jours, et contre un convoi de camions transportant des armes pour le Hezbollah sur les hauteurs de Baalbeck. Dans ces milieux, on soutient que dans un éventuel règlement en Syrie, la Russie souhaite avoir, seule, tous les atouts en main.

 

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE MALHEUR C,EST QUE LES MALEDICTIONS QUI FRAPPENT LE PAYS ET LES UNS A CAUSE DES AUTRES SONT CHANTEES COMME DES ACHEVEMENTS PAR CES MEMES AUTRES !

Bery tus

NEHNA HONNA ... VOICI LE VRAI VISAGE DU RÉSISTENT POUR LE LIBAN !!! C'EST CELUI QUI EN SE DÉPLAÇANT POUR RENCONTRER ASSAD LUI DEMANDERAI D'ABORDS OU SONT PASSER LES 18000 LIBANAIS KIDNAPPÉS PAR LES SR SYRIEN, C'EST CÉLUI QUI SUIT UN AGENDA PUREMENT LIBANAIS, C'EST CELUI QUI DEMANDE UN PARTENARIAT D'ÉGAL À ÉGAL AVEC LA SYRIE ET NON COMME CERTAIN QUI EUX DEMANDENT UNE SOUMISSION COMPLÈTE ÉCONOMIQUE, POLITIQUE ET SÉCURITAIRE AVEC LE VOISIN !!!

ARMEE PEUPLE ÉTAT

Ma Fi Metlo

Puisqu'on est aux comparaisons qui ne sont pas raison , qu'est ce que geagix à fait pour le Liban, hein , historiquement ? si j'étais sûr que l'olj publierait la "liste" des années noires de la guerre civile , je l'aurai étalé.

Il a combattu pendant ces années, mais contre qui ? Les syriens ? Ok je l'admets, mais qu'a t-il réalisé ? Les a t'il sorti du pays ?

Devrait on considère que 11 ans de prison devrait être mis à l'actif du Liban ?

Il s'est effacé devant le Phare Aoun , bien, mais il a été payé pour ça.
Vous comparez 2 figures qui ne jouent pas dans la même division . Voila pourquoi parfois on se demande comment le Liban peut être tirer vers le fond.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DE CES DISCOURS ON COMPREND QUI EST LIBANAIS ET QUI NE L,EST PAS !

Yves Prevost

"incompatibilité des agendas libanais et iranien". C'est une évidence telle qu'il est étonnant qu'il soit nécessaire de la souligner.

Wlik Sanferlou

Tout les Touts entre ses mains? Ou tout les toutous?
On est confus...

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