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Liban

Quelle alternative au système du garant au Liban ?

Employées de maison migrantes

Un système d'évaluation des bureaux de placement, basé sur le respect des droits de l'homme, pourrait être adopté par les autorités et rendrait plus transparent le processus de recrutement de la main-d'œuvre domestique étrangère.

05/09/2017

Chandra*, une employée de maison sri-lankaise, venue au Liban pour améliorer les conditions de vie des siens, a été expulsée il y a quelques mois, après un an passé au service d'une famille libanaise. Privée de nourriture par ses employeurs chez qui elle logeait, elle a refusé de renouveler son contrat pour une année de plus, comme prévu. « Mes patrons me disaient d'acheter à manger avec mon salaire. Ils me donnaient juste du pain et de l'eau. À la fin du mois, il ne me restait plus rien à envoyer à ma famille », confie-t-elle. Cette mère de famille aurait voulu rester au pays du Cèdre et changer d'employeur, car sa famille est dans le besoin. La jeune femme doit de plus rembourser la dette qu'elle a contractée au Sri Lanka auprès d'un agent de recrutement. Mais elle s'est vu opposer un refus catégorique de son patron et garant qui a gardé son passeport sous clé, refusant de la libérer au bénéfice d'un autre garant. Il a même exigé qu'elle aille au terme de son année de service, afin d'amortir les frais de recrutement, de permis de travail et de séjour. Reconduite alors à l'aéroport où son permis de séjour a été annulé, la jeune femme n'a eu d'autre choix que de rentrer chez elle, sans le moindre sou, pour se retrouver au chômage.

Chandra est une des nombreuses victimes du système du garant (sponsor, ou kafil), victime de travail forcé, de salaire amputé, de privation de nourriture, de chantage aussi. Elle est aussi victime de l'absence de législation pour la protéger en cas d'abus de la part de ses employeurs, à l'instar de la main-d'œuvre domestique.

 

(Lire aussi : Mourir, par désespoir, Citoyen grognon d'Anne-Marie EL-HAGE)

 

Maîtres de leur propre destin
Deux expertes de l'Organisation internationale du travail (OIT) à Beyrouth, Sophia Kagan, conseillère technique en chef, et Zeina Mezher, coordinatrice nationale du programme Travailler en liberté, se penchent pour L'Orient-Le Jour sur une alternative au système du garant au Liban, afin de réduire la vulnérabilité et le trafic humain.

Idéalement, les employées de maison doivent être « couvertes par le code du travail ou par une loi qui reconnaît et protège leur statut de travailleuses », assurent les expertes. Leur embauche devrait se dérouler « sur base d'une offre de travail claire », comportant le salaire, les droits et les devoirs, le congé hebdomadaire... Elles devraient être « maîtres de leur propre destin », autrement dit « être libres de choisir leur lieu de résidence (chez leur employeur ou non), de changer de travail comme n'importe quel employé et d'effectuer elles-mêmes leurs formalités de séjour auprès des autorités ». Il est donc nécessaire « qu'une alternative soit trouvée au modèle de résidence chez l'employeur », d'autant qu'« aucun texte de loi n'impose à l'employée de maison étrangère de résider au domicile de son employeur ». Quant au « paiement du salaire, il devrait être soumis à un mécanisme de protection, compte tenu que 40 % des employeurs admettent ne pas payer à temps leur employée de maison », notent-elles. De plus, et afin de protéger les employeurs en cas de départ volontaire ou de fuite de leur travailleuse migrante, « une assurance de contrat pourrait être introduite, accordant une compensation à l'employeur lésé ».

 

(Lire aussi : Comment je suis devenue « bonne »...)

 

Réticence d'employeurs
« Abolir le système du garant ? Jamais ! Il faudrait au contraire le préserver, mais l'accommoder pour le rendre compatible avec le respect des droits des travailleuses domestiques », soutient de son côté un employeur, qui requiert l'anonymat. « Compte tenu que ces femmes sont très pauvres et souvent ignorantes, elles n'ont pas les moyens financiers de vivre seules et risquent d'être entraînées dans des réseaux de prostitution », s'inquiète-t-il. Même refus de la part d'une employeuse : « Les nouvelles technologies aidant, une bonne partie des employées de maison savent ce qui les attend avant d'arriver au Liban. Certaines ont même discuté au préalable de leurs conditions d'embauche avec leur employeur. Elles savent qu'elles logeront sur leur lieu de travail et l'acceptent, car elles n'ont pas les moyens d'assumer un loyer », soutient-elle. Cette employeuse reconnaît toutefois que « la maltraitance est un problème » auquel il faut impérativement trouver une solution.

Le Liban n'est pas signataire de la convention 189 de l'OIT sur les travailleuses et travailleurs domestiques datant de 2011. Son code du travail exclut le travail domestique. Le pays a toutefois ratifié les deux conventions fondamentales contraignantes de l'organisation onusienne sur le travail forcé. Il est donc dans l'obligation de mettre un terme au travail forcé sur son sol. « Conscientes de la nécessité de changer les choses », les autorités promettent régulièrement de se pencher sur le dossier. Mais il est à parier que le système du garant ne sera pas aboli de sitôt, cette pratique ayant été implantée il y a plusieurs décennies par la Sûreté générale dans une volonté de contrôler la main-d'œuvre étrangère.

« Un projet concernant le processus de recrutement devrait en revanche voir le jour », révèlent les expertes. Fruit d'une collaboration entre les autorités libanaises et l'OIT, ce « système d'évaluation des agences, par e-gouvernance, serait basé sur le respect des droits des employées de maison migrantes ». Le cas échéant, ce serait un pas de taille vers un processus de recrutement plus transparent, qui pousserait employeurs et employées à devenir actifs à ce niveau. Car on ne peut espérer de changement pour les droits de la main-d'œuvre domestique au Liban que pas à pas.

 

*Le prénom de la jeune femme a été modifié, pour préserver son anonymat.

 

Pour mémoire

Les employées de maison dans la rue, contre le système du garant

« Mes employeurs me respectent, mais qu’en est-il des autres ? »

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Sarkis Serge Tateossian

C'est un sujet plus que navrant. Depuis de longues années le Liban aurait du s'occuper de cette abjection dont des étrangers, des malheureux citoyens se font piéger. S'il y a des employés libanais généreux, humains et consciencieux envers leurs "employés(es) de maison", d'autres sont visiblement cruels ...pour ne pas employer des mots plus choquants.
Dans les deux cas j'en ai vu des exemples...lors de mon dernier séjour au Liban et cela m'a profondément troublé.

le système en vigueur au Liban, est une aberration et une honte pour notre pays.

Il s'agit des humains dotés de conscience, et d'émotions exactement comme "nous"

Une pensée affectueuse à toutes les victimes de ce système patriarcal régi au Liban (le mot est très poli)

Vivement que l'état légifère et améliore la conditions de ces braves employés(es) de maison.
Il relève du code du travail et de ses conditions.

Traiter votre prochain comme vous aurait aimé que l'on vous traite

Cadige William

Si Controle ou changements et ameliorations devaient etre entames, ce serait en premier dans le controle et la selection des Maisons Intermediaires de placement des domestiques ou travailleurs etrangers.
Ce serait a eux de controler les ressources et les references des familles et personnes qui recherchent une main d'oeuvre a la maison.
Quant a l'exemple de la pauvre sri lankaise qui meurt de fin cest aussi gros qu'une poutre.
Etrangement on ne se plait qu'a citer des exemples isoles dans ces manifestations hautement controlees et politisees.
La majorite des familles libanaises sont genereuses et correctes avec leur employees.
Il serait juste et honnete de le citer de temps en temps.
A bon entendeur

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA GARANTIE NE SERAIT AUTRE QUE LE BON TRAITEMENT... L,HUMAIN... DES EMPLOYEURS VIS A VIS DE CES PAUVRES EMPLOYE(E)S ! QUE L,ETAT L,Y IMPOSE !!!

Irene Said

On veut une bonne pour faire comme les voisins...même si on a pas les moyens fincanciers !
On prend alors les moins chères sur le marché, par exemple les Sri-Lankaises, comme la malheureuse Chandra.
On les laisse sans nourriture, les fait travailler jour et nuit sans congés et heures de repos...pour rentabiliser les frais de leur engagement.
On ne veut pas savoir que ce sont des êtres humains qui ont quitté leur pays pour améliorer le quotidien de leurs familles, enfants etc.
On veut juste montrer qu'on a aussi une bonne...selon la belle mentalité de par ici, exactement comme on s'achète une nouvelle voiture...parce que les voisins en ont une !

Bravo et merci pour la bonne réputation que nous faisons au Liban, qui rejoint ainsi les pays du Golfe, l'Arabie Séoudite etc. connus pour les mêmes traîtements inhumains envers leurs "employées de maison".
Irène Saïd

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