Liban

Pour le Hezbollah, la polémique ne change rien aux réalités sur le terrain

Décryptage
01/09/2017

En dépit des précisions du commandant en chef de l'armée faites mercredi à partir du palais de Baabda, la polémique se poursuit au sujet de l'accord conclu par le Hezbollah qui a permis aux combattants de Daech de se rendre dans la région d'Abou Kamal en Syrie. Le général Joseph Aoun a pourtant expliqué que les objectifs de la bataille du jurd étaient au nombre de deux : libérer le territoire libanais et cette région en particulier de la présence des terroristes de l'État islamique, et connaître enfin le sort des militaires enlevés en août 2014.

Or, après les premiers jours de l'offensive de l'armée qui avait permis de coincer les terroristes dans un périmètre de 20 km2, le commandement s'est trouvé devant une altenative : soit l'armée poursuit l'offensive, sachant que la dernière étape sera forcément coûteuse en vies de soldats parce que les combattants n'auraient pas eu d'autre choix que de se battre jusqu'au bout, prenant le risque de les tuer tous et de ne plus connaître le sort des militaires enlevés ; soit elle accepte que le Hezbollah mène des négociations, sachant que la troupe a refusé dès le début toute négociation avec l'organisation terroriste.

 

(Lire aussi : Nasrallah : Je suis allé à Damas pour demander à Assad d'accepter l'évacuation des jihadistes du Liban)

 

Le commandement a choisi cette dernière option pour épargner la vie de ses soldats et pour ne pas prendre le risque de perdre tous les indicateurs qui auraient des informations sur le sort des militaires enlevés. Il a aussi choisi cette option parce que, selon les informations qu'il a collectées, il y avait près de 300 civils avec les combattants et il ne voulait pas prendre le risque de les massacrer. D'abord, parce que l'armée libanaise est soucieuse d'épargner les vies humaines, et ensuite parce qu'elle a été échaudée par les réactions lors de l'opération préventive qu'elle avait effectuée dans les camps de déplacés syriens autour de Ersal, qui avait abouti à la mort de quatre combattants arrêtés. Le tollé médiatique, politique et humanitaire avait été tel que l'armée avait dû ouvrir une enquête sur cette affaire, alors que le Premier ministre avait convoqué au Sérail le général Joseph Aoun pour lui demander des précisions. C'est d'ailleurs à cette occasion, à l'issue de son entretien avec le commandant en chef, que le Premier ministre avait déclaré que l'armée avait son appui politique « pour une opération limitée dans le jurd de Ersal ».

Il était donc clair que l'armée, en dépit des déclarations, ne bénéficiait pas d'une couverture politique totale pour mener la bataille du jurd de Ersal, où étaient postés les combattants de l'ex-Front al-Nosra et qui avaient un chemin sûr pour circuler entre le jurd, les camps de déplacés où étaient installées leurs familles et Ersal. C'est donc essentiellement pour cette raison que le Hezbollah avait mené cette bataille, craignant que les tiraillements politiques évidents n'empêchent l'armée de la mener, alors que, dans certains milieux, l'ex-Front al-Nosra était considéré comme relativement « modéré ».

 

(Lire aussi : À Baalbeck, le Hezbollah fête « sa » victoire quasiment en solo)

 

La bataille a donc eu lieu et elle s'est terminée par un accord sur l'évacuation des combattants et de leurs familles. Nul n'a alors protesté contre le départ d'Abou Malek el-Tallé, le chef local de ce groupe, qui avait capturé 26 militaires et éléments des FSI, en même temps que Daech, en août 2014. Certains d'entre eux avaient été relâchés dans le cadre d'un accord conclu par la Sûreté générale via un médiateur, et d'autres avaient été exécutés par les membres du groupe. Le Hezbollah avait alors déclaré qu'il tenait à l'application de l'accord pour encourager Daech à suivre le chemin des négociations, évitant ainsi une bataille qui sera forcément victorieuse mais qui pourrait être coûteuse.

Toutes ces données n'ont hélas pas empêché la polémique après la victoire sur Daech et l'accord conclu par le Hezbollah. Selon une source proche de ce parti, il s'agit d'un nouvel épisode du plan destiné à ternir la victoire aux yeux des Libanais et du reste du monde. Exactement comme cela s'est passé en 2006 et même en 2000. Selon cette même source, la polémique est artificielle et elle n'est basée sur aucun élément concret convaincant, puisque le Hezbollah n'a fait que rééditer le scénario de l'accord conclu avec l'ex-Front al-Nosra, sachant que les combattants de Daech se sont réfugiés en territoire syrien, justement parce qu'ils savaient qu'il y avait là une possibilité de parvenir à un compromis sur leur départ. De fait, ils sont partis humiliés, vaincus et la tête basse vers la région de Deir ez-Zor où le Hezbollah se bat aussi aux côtés de l'armée syrienne, qui, elle, s'apprête à lancer une offensive pour les chasser de cette région. En somme, ils sont partis d'un front à un autre, celui-là plus éloigné de la frontière libanaise, et donc ils n'ont plus la possibilité de menacer l'intérieur libanais.

Selon la source précitée, la polémique exploite le sentiment de frustration chez les familles des martyrs de l'armée pour tenter de créer un conflit entre l'armée et le Hezbollah, en faisant croire que ce dernier veut voler la victoire à l'armée et qu'il est donc un partenaire encombrant, pour ne pas dire plus. Mais, toujours selon la même source, toutes ces déclarations ne changent rien à la réalité sur le terrain, qui veut que le Liban est le premier pays à avoir définitivement vaincu Daech sur son territoire. La preuve qu'il s'agit d'une importante victoire est que le commandant des forces américaines dans la région, le général Joseph Votel, a pris contact mercredi soir avec le général Joseph Aoun pour le féliciter de la victoire et lui annoncer que les États-Unis comptent poursuivre leur aide à l'armée.

 

 

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Saliba Nouhad

Mais la où le bat blessé, avec votre logique implacable, l'armée n'avait d'autre choix que de permettre au Hezbollah de mener les négociations en son nom, puisqu'elle ne négocie pas avec des terroristes...
Par contre, notre armée est totalement souveraine, ne prend de décision de personne, n'a besoin de personne, et ne coordonne rien avec l'armée syrienne ni avec le Hezbollah...
Elle répond seulement aux décision du commandant en chef et du Président qui ont totalement les coudées franches...
Finalement, le Hezbollah n'est qu'une petite organisation paramilitaire sur fond de charité et bienfaisance style "Chevaliers de Malte", à la Chiite, qui ne fait que lui donner un coup de main innocent, dans un but humanitaire pur, et qui est dans les bonnes graces d'un autre philanthrope pacifique installé à Damas qui ne veut que le bien et le bonheur de tous les Libanais...
De grâce, un peu plus d'objectivité et de nuances dans vos articles, car on a l' impression parfois que vous prenez les enfants du Bon Dieu pour des...........sauvages!

Bery tus

surtout qu'il avait ete annoncer que les officiels avaient su que les otages ont ete tuer depuis 2015 !?!?!

ARMEE, PEUPLE, ETAT

Ma Fi Metlo

Rare façon honnête d'écrire un article , merci SCARLETT.

LA RÉALITÉ SUR LE TERRAIN EST UNE CONSTANTE QUI SE TRAÎNE DEPUIS 82 À 2000, 2006 ET 2017 , VOILÀ CE QUI DEPLAUT AUX AUTRES .

ON DIT LA CARAVANE PASSE ET LES ....... ABOIENT .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DU BARATIN SANS CESSE !

Bery tus

Mais c' st si facile de dire qu'ils ont déplacer des jihadiste d'un front à un autre !! Juste pour les beaux yeux du Liban, oui comme ca il sera plus difficile à l'armée syrienne de reconquérir deyr el zor surtout qu'il a était dit que les jihadiste ont préférer se rendre à l'armée syrienne et au hezb plutôt qu'à l'armée libanaise n'est ce pas madame ?!

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