Liban

Le timing de la bataille du jurd tributaire de la possibilité de négociations

Décryptage
19/08/2017

Alors que le terrorisme vient de frapper en Espagne, au Liban, il continue d'être pourchassé avec la plus grande vigilance. L'armée achève ses préparatifs en vue de la bataille annoncée du jurd du Qaa et de Ras Baalbeck, se contentant pour l'instant d'un grignotage du terrain pour se rapprocher de plus en plus des positions des combattants de Daech sur les cimes les plus élevées du jurd. Ces positions sur les hauteurs donnent en effet l'avantage aux combattants qui ont aussi d'autres atouts. Selon un expert militaire, la véritable force des combattants de Daech réside dans le fait qu'ils se battent pour une idéologie. Occuper le terrain et s'y maintenir ne les intéresse pas autant que le fait de tuer des soldats « ennemis ». C'est pourquoi, en plus des armes sophistiquées qui sont en leur possession – des rapports occidentaux précisent qu'ils se sont approprié une partie des armes qui étaient destinées aux combattants dits modérés –, ils détiennent aussi l'arme fatale des kamikazes et de ce qu'on appelle désormais les « inghimassiyine » (des combattants qui s'infiltrent dans les rangs adverses pour se faire exploser au milieu des soldats ennemis). Il s'agit donc d'une arme redoutable contre laquelle il est difficile de lutter car ces « infiltrés en tenue militaire » ont appris l'art de passer inaperçus avant de se faire exploser en faisant le maximum de victimes militaires.

 

(Lire aussi : L'armée libanaise annonce le début de l'offensive pour chasser l'EI du jurd de Ras Baalbeck et de Qaa)

 

L'armée libanaise connaît parfaitement les risques, et, selon l'expert militaire précité, elle a adapté ses tactiques en fonction des points forts et des faiblesses de l'ennemi. Mais elle conserve le droit de les garder secrètes, tout comme elle se réserve le droit de choisir son timing, selon ses plans propres. Mardi soir, lorsque son commandant en chef, le général Joseph Aoun, est monté à Ras Baalbeck et au Qaa pour inspecter les positions militaires, tous les médias étaient en état d'alerte, croyant que l'heure « H » du déclenchement de la bataille de la libération du jurd avait sonné. En fait, il y a bien eu des opérations de reconquête de certaines collines stratégiques évacuées par les combattants de l'ex-Front al-Nosra (Hay'at Tahrir el-Cham) et des Brigades Ahl el-Cham. Mais ce n'était pas encore la grande offensive. Certaines sources politiques ont aussitôt évoqué une demande occidentale de reporter le début de l'offensive. Cette demande aurait été faite aux responsables libanais et elle aurait deux raisons : d'abord, les Occidentaux (et en particulier les Américains qui sont en train d'aider l'armée en lui donnant du matériel et des munitions) ne souhaitent pas que l'offensive suive de près celle du Hezbollah dans le jurd de Ersal, pour ne pas donner l'impression que c'est ce dernier qui garde l'initiative et qui décide quand et comment il faut mener la bataille. Deuxièmement, selon les mêmes sources, les Américains voudraient obtenir le prestige de la bataille et de la victoire par laquelle elle devrait s'achever. Ce n'est donc pas une simple coïncidence s'ils ont choisi de remettre à l'armée, lundi, 8 blindés de type Bradley M2A2, comme si ces nouveaux véhicules devaient être déterminants dans l'issue de la bataille. Selon les mêmes sources, les Américains auraient adopté le même procédé lors de la bataille de Mossoul, retardant l'annonce de la libération de la ville le temps de permettre aux troupes qu'ils ont formées et entraînées (les « Unités de lutte contre le terrorisme ») de libérer le secteur dont elles avaient la charge, alors que l'armée irakienne et la « police de l'union » (le nom du Hachd el-Chaabi à Mossoul) avaient pris de l'avance...


(Lire aussi : L'armée réaffirme son autorité dans le jurd de Ersal et de Ras Baalbeck)

 

Aucune source officielle libanaise n'a voulu confirmer cette théorie. Par contre, ce qui se dit dans les coulisses militaires, c'est que le timing de la bataille relève de la seule responsabilité du commandement de l'armée qui dispose pour sa décision d'un feu vert de toutes les parties politiques. L'armée a donc établi des plans et elle n'a pas à les divulguer. Au contraire, en parler serait une maladresse, voire une faute militaire, surtout face à un tel ennemi. Mais le point le plus important réside dans la possibilité de négociations. En effet, depuis que les préparatifs de la bataille se sont multipliés, des médiateurs se sont présentés, proposant d'entreprendre une médiation entre l'armée et les combattants de Daech, pour assurer le départ de ces derniers et faire ainsi l'économie d'une bataille avec son cortège de victimes dans les rangs de l'armée. Il faut donc du temps pour vérifier le sérieux de ces médiateurs, sachant que, si la bataille est menée dans l'esprit d'une négociation à un moment précis, elle sera différente de celle qui serait menée dans le but de détruire totalement l'ennemi. Si les négociateurs s'avèrent sérieux, il restera un grand problème à résoudre, celui de la destination finale des combattants de Daech, sachant qu'ils n'ont plus vraiment de fiefs accessibles en Syrie et en Irak. L'armée syrienne n'acceptera pas de les laisser arriver jusqu'à Deir ez-Zor qu'elle s'apprête à attaquer, et les Américains ne voudront pas qu'ils aillent à Raqqa où les forces kurdes (qui sont leurs alliées) se battent.
Les coulisses diplomatiques, militaires et sécuritaires bruissent donc de rumeurs, parfois contradictoires, mais tout le monde est convaincu que la victoire sera au rendez-vous.

 

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RAISINS SECS

L'important c'est de gagner contre ces bactéries wahabites qui essaiment dans ce monde civilisé , avec une complaisance inexpliquée de la part des occidentaux sous l'influence des sionistes d'israel de nathanyahou .

Le rôle des usa est douteux pour plusieurs raisons , dont la plus importante est leur alignement aveugle sur les thèses des sionistes de nathanyhou , et la méconnaissance nos réalités .

Ce ne sont que des cyclopes politiques qui s'affublent de dirigeants corvéables et malléables à merci par leurs lobbys mal intentionnés vis à vis de tout ce qui a rapport avec le M.O
La preuve le clown qui les dirige , et qui est présenté comme le meilleur ami d'israel par nathanyahou .

EN FIN COMPTE SCARLETT , EVIDEMMENT QUE LE PLUS IMPORTANT EST LA VICTOIRE DE L'ARMEE LIBANAISE , MAIS AUSSI QUE LE TRAVAIL DES RESISTANTS DU HEZB ET DE LEURS ALLIES AIENT ETE CONCLUANT , POUR EN ARRIVER Là .

Ceci ne peut être ignoré .
Bon Week End Scarlett .

yves kerlidou

Comme disait Coluche "Mais on s'autorise a penser dans les milieux autorisés..."
Alors ça ! Le milieu autorisé c'est un truc, vous y êtes pas vous hein !
Vous êtes même pas au bord. Vous y êtes pas du tout.
Bon, le milieu autorisé c'est un truc. c'est un endroit autorisé où il y a plein de mecs qui viennent pour s'autoriser des trucs mais y a que le milieu qui compte.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AVANT TOUT LE DESTIN DE NOS SOLDATS ENLEVES...

Saliba Nouhad

Merci, pour une fois, d'être plus nuancée dans vos propos, admettant des théories contradictoires et non de "sources sûres ", et que cette fameuse bataille inévitable pourrait avoir des issues incertaines....
Car notre armée classique, sous-équipée, va penser à deux fois avant de se lancer dans une bataille contre un ennemi sauvage, aux méthodes de combat sournoises et suicidaires, arme jusqu'aux dents et qui n'a plus rien à perdre...
Les encercler, les harasser, couper leurs ravitaillements, les affamer, ne serait-ce pas la solution la plus logique et raisonnable à ce stade et qui semble avoir été adoptée par l'armée à qui on prête des plans secrets, certes, mais qui deviennent l'évidence même, étant plus civilisée et soucieuse de la vie de ses soldats?
Sauf que ça prendrait de la patience et du temps, alors que certaines influences régionales et para-militaires voudraient tant la précipiter dans ce bourbier au plus tôt, quitte peut-être à lui voler au secours: or, c'est là où le bat blesse et que notre armée ne veut pas tomber dans ce piège grotesque!

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