Liban

Après les tiraillements de dernière heure, le jurd de Ersal libéré de tous les combattants

Décryptage
15/08/2017

Poussif, à l'image du convoi de 34 bus (dont l'un d'eux est d'ailleurs tombé en panne, retardant l'avancée des autres pendant près de deux heures) et de 14 véhicules de la Croix-Rouge libanaise, l'accord sur l'évacuation des combattants des Brigades Ahl el-Cham a finalement été exécuté dans la journée d'hier.

Le 14 août restera désormais dans la mémoire des Libanais comme une date importante. Il y a 11 ans, c'est un jour comme celui-ci qu'est entré en vigueur l'accord de cessation des hostilités entre le Hezbollah et les Israéliens, alors que, dès les premières heures du jour, un million de déplacés du Sud prenaient le chemin du retour dans leurs villages détruits, le cœur plein d'espoir. Hier, 250 combattants des Brigades Ahl el-Cham prenaient à leur tour le chemin de la Syrie, dans les fameux bus verts affrétés par le régime syrien, emmenant avec eux leurs bagages, leurs armes légères et quelques membres de leurs familles. Au total, près de 600 personnes, alors qu'on parlait de près de 3 000 au départ.

Que s'est-il donc passé pour que l'exécution de l'accord prévue le week-end soit ainsi retardée et que le nombre des inscrits sur les listes du départ soit plus réduit que prévu ?
Des sources sécuritaires précisent que, jusqu'au bout, les combattants ont essayé de gagner du temps et d'arracher des concessions au Liban et à la Syrie.

Après avoir accepté le principe de l'accord, 24 heures après le début de l'offensive du Hezbollah dans le jurd de Ersal, les combattants de cette formation ont tenté d'améliorer les conditions de leur départ du Liban, arguant de leur contribution à la victoire, grâce à leur participation au barrage établi par l'armée face aux combattants de l'ex-Nosra dans les camps de déplacés syriens autour de Ersal. Les combattants des Brigades Ahl el-Cham ont ainsi d'abord demandé à quitter le Liban avec leurs armes lourdes. Ce qui a été refusé d'emblée. Ils ont ensuite demandé à partir dans leurs propres véhicules et non dans les bus verts du régime syrien. Les demandes ont été transmises à la partie syrienne par le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, et la réponse qui lui est parvenue finalement était négative. La partie syrienne a en effet vérifié les papiers des voitures et constaté qu'une partie d'entre elles avait été volées en Syrie, et, par conséquent, elles ne peuvent pas entrer en territoire syrien sans faire l'objet d'une enquête qui devrait permettre de les restituer à leurs propriétaires. Enfin, et c'est peut-être le plus important, ces combattants ont demandé à se rendre à Rhaybé dans le Qalamoun – une région qui n'est pas sous le contrôle du régime syrien, mais qui est comprise dans les zones de désescalade. Pour le régime syrien, il était inacceptable d'assurer le retour des combattants d'une des factions de l'opposition armée, avec leurs armes lourdes et leurs véhicules, sachant qu'ils pourraient causer des troubles, ou en tout cas exercer leur autorité sur les civils installés dans cette ville et entraver ainsi la possibilité de conclusion d'accords bilatéraux. Pour le régime syrien, c'est le premier accord conclu avec une faction de l'opposition armée qui ne passe pas par une réconciliation, dans une zone où il n'y a plus officiellement de combats parce qu'il n'y a pas d'organisations classées terroristes. C'est pourquoi Damas était réticent à laisser revenir à Rhaybé d'un seul coup 350 combattants avec leurs armes légères et leurs véhicules... et les membres de leurs familles.

Finalement, et après ce qui semblait être d'interminables palabres, le général Ibrahim a tranché la question. Pour lui, la priorité était de libérer le jurd de Ersal de tous les combattants syriens. Le reste, c'était des détails qui ne concernaient pas vraiment le Liban. Il a donc été finalement décidé de diviser les partants entre ceux qui souhaitent accompagner les combattants vers Rhaybé (qui ne dépassent finalement pas les 300 personnes) et ceux (essentiellement des civils installés dans les camps de déplacés autour de Ersal) qui souhaitent profiter de cette occasion pour rentrer dans leurs villages du Qalamoun-Ouest, région contrôlée par le régime syrien et ses alliés. C'est un notable de la région, surnommé Abou Taha, qui s'occupe d'organiser ce retour dans la localité de Assal el-Ward dont il est originaire. Ces civils, au nombre d'environ 2 000, seraient donc en train de régler leur situation avec le régime syrien, en prélude à leur retour, dans la foulée des quelque 600 autres qui les ont déjà précédés sur place il y a un peu plus d'un mois.

Pour Ersal, c'est une page de malheurs, de vexations et d'humiliations, qui a duré plus de trois ans, qui se ferme avec le départ de tous les combattants du jurd. L'armée libanaise s'est d'ailleurs immédiatement déployée dans toutes les positions qui étaient aux mains des combattants, notamment autour des camps de déplacés dans la région dite de Wadi Hmayed et de Madinat el-Malahi. Dans ce secteur, la proximité entre les camps et les positions des combattants a longtemps constitué le maillon faible de l'armée, celle-ci ne pouvant pas empêcher les combattants de se déplacer vers les camps sans risquer de provoquer un tollé médiatique. Elle avait bien installé un barrage, mais au pouvoir limité, vu qu'il fallait prendre les combattants en flagrant délit pour pouvoir les arrêter. Les circonstances sont désormais différentes, et, en protégeant ses arrières dans le jurd de Ersal, l'armée peut se consacrer à la bataille du jurd du Qaa et de Ras Baalbeck. Elle vient d'ailleurs de recevoir de nouveaux équipements, 8 véhicules blindés de type Bradley M2A2, qui lui ont été remis hier par les Américains. Un signal ?

 

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VITESSE DE CROISIÈRE

Voilà comment Une victoire éclair de la résistance libanaise du hezb sur des terroristes wahabites manipulés par israel , peut créer une spirale vertueuse qui ira dans le sens du Liban fort et indépendant que tout vrai libanais de bon sens a toujours fantasmé voir de son vivant .

Alleluyah , Al hamdellah ....

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