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Santé

La miction nocturne continue d’affecter 10 % des enfants âgés de 5 à 10 ans

Pédiatrie

L'énurésie continue à être taboue. Cela est d'autant plus grave que cette condition a un impact psychosocial important sur l'enfant. Une prévention est toutefois possible.

12/08/2017

À l'âge de 9 ans, R. continue de mouiller son lit la nuit. Désemparée, rongée par la culpabilité d'autant qu'elle n'arrive pas à contrôler le problème, la petite fille se replie sur elle-même. Elle évite de sortir avec ses amies de peur qu'elle n'ait à dormir chez l'une d'entre elles. Elle craint surtout de devenir la risée de ses camarades de classe s'ils découvrent qu'elle fait toujours pipi dans son lit.

R. n'est pas un cas isolé. « L'énurésie nocturne primaire est une condition qui touche près de 10 % des enfants âgés entre 5 et 10 ans, explique le Dr Pauline Abou Jaoudé, professeure de pédiatrie et pédiatre néphrologue. Il s'agit de mictions complètes involontaires survenant uniquement lors du sommeil chez un enfant de plus de 5 ans qui n'a pas encore acquis la propreté nocturne. Il n'y a aucun symptôme durant la journée. »

La prévalence de l'énurésie nocturne primaire baisse avec l'âge, « il n'en reste pas moins que 2 à 3 % des enfants restent énurétiques à l'âge adulte ». « Ce qui nous inquiète en tant que spécialistes, parce que cette condition a un impact psychosocial très important surtout à l'adolescence, déplore le Dr Abou Jaoudé.

L'estime de soi diminue et l'image qu'on a de soi change, parce qu'on se sent différent des autres enfants. Il faut savoir que ce n'est la faute à personne. Ni à l'enfant ni aux parents. Ce problème peut toucher n'importe quel enfant. Il faut accepter la situation pour pouvoir avancer. D'où l'importance d'en parler. Malheureusement, au Liban, l'énurésie constitue toujours un sujet tabou. »

Une intervention spécialisée est nécessaire si l'énurésie nocturne primaire persiste au-delà de l'âge de 5 ans, « qui est un âge acceptable pour la maturation physiologique dans le développement d'un enfant ». À partir de 5 ans, « l'enfant devrait être capable de maîtriser ses besoins diurnes ou nocturnes ». Or, si le problème persiste, une consultation est nécessaire.

 

Interaction entre trois facteurs
L'énurésie nocturne primaire est une conjonction de plusieurs facteurs. L'hérédité joue un rôle. Ainsi, l'enfant a 40 % plus de risques d'être énurétique si l'un de ses parents l'était. Ce risque s'élève à 70 % si les deux parents l'étaient.

À part le facteur héréditaire, il existe d'autres facteurs qui interagissent pour engendrer l'énurésie nocturne primaire. Il s'agit en premier lieu du sommeil perturbé des enfants. « Généralement, ces enfants ont souvent un sommeil profond, mais de mauvaise qualité, explique le Dr Abou Jaoudé. Ce qui fait que lorsque la vessie atteint sa capacité maximale et qu'elle envoie un signal, les enfants sont incapables de l'interpréter. Ils ne peuvent pas se réveiller pour passer aux toilettes. Souvent, ils sont fatigués le lendemain, ce qui affecte leur fonctionnement scolaire. »

À cela s'ajoute un dysfonctionnement de l'hormone ADH, qui est responsable du contrôle de la quantité d'eau dans l'organisme. « Durant la nuit, le taux de sécrétion de cette hormone augmente, poursuit la spécialiste. Cela aide à retenir l'eau dans l'organisme, entraînant une diminution de l'urine pendant la nuit. Chez 70 % des enfants énurétiques, nous pensons que cette hormone ne fait pas un pic nocturne suffisant. Elle continue à être sécrétée avec le même taux que la journée, entraînant une sécrétion excessive d'urine la nuit. Enfin, chez beaucoup de ces enfants, la capacité de la vessie est réduite durant la nuit. Ne pouvant contenir toute la quantité d'urine éliminée, elle entraîne des fuites urinaires pendant le sommeil. »

 

Impliquer l'enfant et le responsabiliser
Traiter l'énurésie sous-entend une implication de l'enfant. « Il est important qu'il ait une prise de conscience de son problème pour pouvoir entamer le traitement, avance le Dr Abou Jaoudé. Si l'enfant n'est pas prêt, le traitement ne sert à rien. »

Au départ, un bilan médical est effectué pour s'assurer que l'enfant ne souffre pas d'un problème anatomique qui le prédispose à l'énurésie. « Si tout va bien, nous commençons par instaurer des mesures préventives susceptibles d'améliorer la qualité de vie de l'enfant, note la spécialiste. Dans 30 à 40 % des cas, une amélioration est notée au bout d'un mois. »

Dans le cadre de ces mesures, on apprend à l'enfant à éviter de boire une heure et demie à deux heures avant d'aller se coucher, ou encore à ne pas manger des aliments salés avant de se coucher. On demande aussi à l'enfant de boire beaucoup d'eau durant la journée et de passer aux toilettes toutes les deux à trois heures. « Nous lui donnons aussi un calendrier sur lequel il dessine un soleil le jour où il ne mouille pas son lit et un nuage lorsqu'il le fait, poursuit le Dr Abou Jaoudé. À la fin du mois, nous comptons le nombre de soleils et des nuages. Cela permet à l'enfant de s'autoévaluer et de constater sa progression. Si le nombre des soleils est plus élevé, il a droit à une petite récompense, comme le fait d'aller au ciné. Ce jeu permet d'améliorer la relation entre les parents et l'enfant, d'autant que souvent nous avons affaire à des parents qui sont dévastés par la condition de leur enfant. Parfois, nous nous trouvons aussi devant des parents qui banalisent trop le problème, ce qui n'est pas sain non plus. »

Et le Dr Abou Jaoudé d'ajouter : « Nous responsabilisons aussi l'enfant. Ainsi, en cas d'accident, il doit aider sa maman à changer les draps de son lit, il doit changer son pyjama... Cela lui permet de prendre conscience des conséquences du problème. »

Au cas où aucun progrès ne serait constaté, des médicaments oraux peuvent être envisagés, « selon le cas clinique de chaque enfant », pendant une période déterminée. Ils viennent s'ajouter aux mesures préventives qui constituent la pierre angulaire du traitement. « Dans près de 20 % des cas, les enfants sont réfractaires ou rebelles, constate le Dr Abou Jaoudé. Pour ces cas, nous disposons de nouveaux traitements, qu'il faudrait toutefois administrer avec prudence. Parfois, l'enfant n'est pas prêt ou ne se sent pas concerné par le problème. Et c'est une des raisons de l'échec. »

 

Énurésie diurne
Dans certains cas, l'énurésie nocturne primaire est associée à une énurésie diurne observée surtout chez les petites filles. « Généralement, elles se retiennent beaucoup et ne passent pas aux toilettes à l'école, fait remarquer le Dr Abou Jaoudé. De ce fait, la vessie se fatigue. Parfois, elles ne sentent même pas le besoin d'aller aux toilettes. Elles ont aussi des fuites quand elles rient ou courent. »

Cette situation inquiète les médecins d'autant qu'elle « constitue un facteur de risque pour d'autres maladies comme la vulvite, c'est-à-dire l'inflammation de la vulve, ou encore les infections urinaires à répétition de la vessie et, dans les cas sévères, une infection rénale ». « Souvent, l'énurésie diurne s'accompagne également d'une constipation, ou encore d'une encoprésie (incontinence fécale), observe le Dr Abou Jaoudé. Dans ces cas aussi, des mesures préventives sont prises. De plus, nous rééduquons les filles à faire leurs besoins et à ne pas les reporter. Il est important qu'elles passent aux toilettes toutes les deux heures. Il faut aussi qu'elles fassent leurs besoins correctement, c'est-à-dire en s'asseyant sur la cuvette. Il ne faut pas avoir peur de le faire. Il suffit de nettoyer la cuvette avec des lingettes et de poser des mouchoirs avant de s'asseoir. »

Et le Dr Abou Jaoudé de conclure : « À l'école, il faut faciliter aux enfants l'accès aux toilettes, surtout en cas d'énurésie diurne. Il faut que les écoles veillent à l'hygiène de l'enfant et à son bien-être. Passer aux toilettes en fait partie. Malheureusement, les administrations de nombreuses écoles ne sont pas encore conscientes du problème. »

 

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