X

Économie

Que sont devenues les subventions des pomiculteurs ?

Liban

La confusion règne au sujet du versement du solde des aides promises aux producteurs de pommes en 2016, alors que la saison des récoltes a commencé.

11/08/2017

Les producteurs de pommes vont-ils obtenir le versement de la seconde tranche des subventions promises par le gouvernement il y a près d'un an pour compenser leurs pertes de 2016 ? L'affaire semble mal engagée, selon plusieurs sources concordantes, qui ont rapporté que le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, aurait fait état lors du Conseil des ministres de mercredi de « difficultés concernant le déblocage des crédits nécessaires » pour honorer cet engagement. La question avait été soulevée pendant la réunion par le vice-président du Conseil, Ghassan Hasbani.

Si ce dernier n'était pas joignable pour répondre aux questions de L'Orient-Le Jour, le service de presse du ministère des Finances a assuré de son côté que « la seconde tranche des aides sera bien versée », sans toutefois donner de calendrier.

 

(Pour mémoire : Les cultivateurs de pommes dans la rue aussi)

 

 

Manque de transparence
Les pomiculteurs sont confrontés à d'importantes difficultés liées d'une part au blocage des voies d'exportation terrestres suite à la fermeture de la frontière syro-jordanienne en 2015 ; d'autre part, à la crise économique qui a frappé l'Égypte, qui absorbe chaque année entre 60 et 70 % d'une production qui gravite autour de 55 000 tonnes par an depuis 2014, selon les douanes. Cette situation conduit une importante partie des producteurs, appuyés par certains élus, à se mobiliser durant l'été 2016 afin d'obtenir l'aide de l'État.

Face à cette pression, le gouvernement décide le 6 octobre dernier de mettre en place une subvention de 3,3 dollars par caisse de 20 kg de pommes invendues pendant l'année en cours et débloque 26 millions de dollars pour financer la mesure. Les ministres chargent alors l'armée et les municipalités de recenser le nombre de pommiers dans les vergers du pays afin de calculer le montant des aides devant être versées à chaque producteur par le Haut Comité de secours (HCS) à partir de mars. « En réalité, l'armée s'est contentée de visites éclair et l'essentiel du recensement a été effectué à partir des déclarations de producteurs auprès des municipalités », raconte un producteur sous couvert d'anonymat. À l'arrivée, rien ne se passe comme prévu.

Tandis que les opérations de recensement prennent plusieurs semaines de retard sur leur calendrier initial, le ministère des Finances décide de son côté d'échelonner le versement des subventions en deux tranches. D'abord refusée, la solution est finalement acceptée par les pomiculteurs.

 

(Pour mémoire : Au Liban, les pomiculteurs attendent toujours leurs indemnités)

 

 

Fin avril, la moitié de l'enveloppe prévue pour financer la mesure, soit 13 millions de dollars, est débloquée, permettant au HCS de distribuer les premiers chèques, début mai. Entre-temps, une partie des producteurs mobilisés autour de l'Association des agriculteurs (AA), tente d'obtenir les résultats du recensement, en vain. « Ni le HCS ni les municipalités n'ont souhaité communiquer ces chiffres », déplore le président de l'AA, Antoine Hoyek, qui dénonce « le manque de transparence et de rigueur » de cette opération.

Une critique partagée par le producteur de pommes précité, qui indique que le montant des subventions versées au titre de la première tranche pouvait varier entre 0,60 et 1,20 dollar par caisse d'un producteur à l'autre. « À l'heure actuelle, il n'y a aucun moyen de savoir combien d'argent a été dépensé, ni comment », déplore-t-il. Selon lui, la responsabilité de ces « ratés » incombe aussi bien au gouvernement, « qui a fixé le montant de l'enveloppe globale avant même de savoir combien il devait verser à chaque exploitation », qu'à certains producteurs qui « n'ont pas été honnêtes » dans leurs déclarations. « Des agriculteurs ont réclamé des aides alors qu'ils ne produisent même pas de pommes », avance-t-il, soupçonnant qu'une partie de l'enveloppe prévue « ait été détournée ».

Il reste que le dossier semble au point mort, alors que la nouvelle saison a démarré en août avec son lot de complications. « La situation a empiré en un an. Non seulement les voies d'exportation vers le Golfe sont toujours bloquées, mais la dévaluation de la livre égyptienne (en novembre 2016) a obligé les producteurs à vendre leur production au tiers du prix pratiqué avant », constate encore le producteur précité. Une crise qui affecte également la qualité de la production. « À cause de ces difficultés, les producteurs investissent moins, et cela se ressent sur la qualité des produits », ajoute-t-il. De son côté, l'AA envisage de rééditer la mobilisation de 2016. « Nous allons encore patienter une semaine avant de prendre une décision », confirme M. Hoyek.

 

 

 

Pour mémoire

Agriculture : une année marquée par l'urgence

L'État va subventionner les cultivateurs de pommes

À la une

Retour à la page "Économie"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les signatures du jour

Un peu plus de Médéa AZOURI

Rencontres

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.