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Consommation

Cartes prépayées : un casse-tête téléphonique

Plusieurs bureaux de vente ont interrompu leur approvisionnement après les restrictions imposées par le ministre des Télécoms.

Dans les quartiers populaires, les cartes téléphoniques prépayées sont difficiles à trouver. Photo Chloé Succar

Après une première annonce faite en 2014 par l'ancien ministre des Télécommunications, Boutros Harb, visant à réduire les tarifs des cartes (SIM) prépayées de 30 à 50 %, l'actuel gouvernement a décidé cet été d'interdire la libre marge de profit sur la vente de ces cartes pour tous les bureaux de vente. Les prix des cartes de téléphone cellulaire sont désormais fixés par le ministère*. Parallèlement à cette restriction économique, le gouvernement a imposé à ces antennes de vente de tenir un registre des acheteurs, constitué du passeport et d'une photographie du client prise lors de l'achat.

Or, au grand désespoir des visiteurs, nombreux sont les bureaux qui ont cessé de s'approvisionner en cartes : l'absence de marge de profit et l'investissement dans le matériel informatique désormais requis pour les formalités administratives rendent les ventes peu rentables. « Comment l'État voudrait-il qu'on gagne notre vie en vendant ces cartes ? » s'interroge un revendeur de la société alfa, installé à Zouk Mosbeh. Une situation particulièrement sensible dans les quartiers populaires du Liban : 4 bureaux sur 5 à Adonis, par exemple, avaient cessé de vendre ces cartes début juillet.

Des visiteurs perdus
Parmi les bureaux qui continuent à s'approvisionner en cartes, une partie, essentiellement située dans les quartiers aisés ou fréquentés par les touristes, joue avec les limites de la légalité. Ces bureaux ne proposent souvent que les tranches de recharge les plus chères mises à disposition par l'État : 25 et 50 dollars, parce que la conversion en livres libanaises comprend une marge de rentabilité pour le vendeur : 25 dollars deviennent 39 000 livres au lieu de 37 500 livres. Selon les explications des vendeurs interrogés à Kaslik, Adonis, Achrafieh ou encore Zouk Mikaël, « l'État, comme à son habitude, ne peut pas contrôler l'application de ses directives auprès de tous les bureaux ». En conséquence, le ministère de l'Économie et la Direction de protection du consommateur ont réclamé l'augmentation du nombre de bureaux autorisés à vendre ce produit, afin de faire jouer la concurrence au profit du client.

Les consommateurs étrangers sont par ailleurs la cible la plus fréquente de ces pratiques. D'une part, ils ne maîtrisent pas la langue arabe, d'autre part, ils ne sont pas familiers du sujet des unités de communication libanaises. « C'est l'enfer à chaque fois, avoue un ressortissant français interrogé à la sortie de l'ABC à Achrafieh. Les vendeurs ne nous expliquent rien : les crédits, les différences entre les opérateurs, etc. Et, lorsqu'on pose les questions nécessaires, on nous fait comprendre qu'on gêne. En fait, on paie sans trop savoir ce qu'on achète... Rien de très légal, il me semble. » Aussi, les utilisateurs, tant libanais qu'étrangers, font-ils majoritairement part de leur insatisfaction quant au rapport entre le prix payé et le forfait dont ils jouissent réellement.

Contactée par L'Orient-Le Jour, la Direction de protection du consommateur déplore ce manque d'informations de la part des vendeurs et fait état d'une multiplication des plaintes déposées par les clients. « Le vrai manque d'informations se produit durant l'achat de la ligne téléphonique, constate Tarek Younès, directeur du service de protection des consommateurs. Le commerçant peut exploiter l'ignorance du consommateur au niveau du prix d'achat en augmentant le prix réel. » Mais il rappelle que les contrevenants risquent des poursuites judiciaires. « Cette mesure est appliquée quand cela est nécessaire », assure-t-il. La présence de revendeurs intermédiaires « oblige les bureaux à vendre ces cartes à des prix supérieurs aux prix officiels », ajoute M. Younès.

Plusieurs utilisateurs nous confient même s'être vu attribuer des lignes non désactivées depuis leur dernière utilisation, alors même qu'une fois le temps de recharge écoulé (une semaine en moyenne après l'épuisement des crédits), une ligne doit être progressivement mise hors service. « Cela fait deux semaines que j'ai cette carte et je reçois toujours plein de pubs et de messages d'inconnus », s'indigne une consommatrice libanaise.

Quelques flammes pour éclairer vos lanternes
Mais comment s'y retrouver dans cette jungle ? Faute de réponses de la part des sociétés de télécommunications interrogées à ce sujet**, il est conseillé au client, en se référant au site internet d'Ogero, de se rendre dans les points de vente affiliés à l'État (Alfa, MTC, LibanPost, Banque du Liban) où il est sans doute le plus assuré de trouver la gamme de tarifs réglementaires et adaptés à la durée de son séjour (voir encadré). Des tarifs de recharge auxquels doit s'ajouter le prix du simple achat d'une nouvelle ligne téléphonique libanaise dans le cas où le visiteur en serait dépourvu (voir encadré).

Pour les plus connectés, des moyens de recharge sont par ailleurs disponibles sur les sites des compagnies publiques telles que LibanPost : un moyen d'échapper aux surtaxes et aux pénuries des bureaux de vente. Enfin, à défaut d'être assuré lors de son achat que les crédits injectés satisferont ses besoins, le visiteur peut consulter l'état de son forfait grâce à des numéros de renseignements fournis par les sites internet des compagnies téléphoniques.

Autant d'efforts demandés aux visiteurs pour accéder à un outil indispensable dans un pays dont le PIB dépendait, encore en 2012, à 25 % de l'économie touristique.

 

*Art.5 de la loi sur la protection du consommateur.
**Alfa, Touch.
9 $, 22 $, 45 $, 68 $ d'unités de recharge, hors TVA, à répartir entre connexion internet et téléphonie, selon le site internet d'alfa.
3 $ : prix d'achat d'une ligne nouvelle alfa ou touch, selon la Direction de protection du consommateur.


Après une première annonce faite en 2014 par l'ancien ministre des Télécommunications, Boutros Harb, visant à réduire les tarifs des cartes (SIM) prépayées de 30 à 50 %, l'actuel gouvernement a décidé cet été d'interdire la libre marge de profit sur la vente de ces cartes pour tous les bureaux de vente. Les prix des cartes de téléphone cellulaire sont désormais fixés par le...

commentaires (1)

j'ai acheté plusieurs fois des cartes SIM, mais c'est jamais le même prix : 50 $, 55 $ et 60 $ trouvez l'erreur !!!

Talaat Dominique

18 h 59, le 03 août 2017

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Commentaires (1)

  • j'ai acheté plusieurs fois des cartes SIM, mais c'est jamais le même prix : 50 $, 55 $ et 60 $ trouvez l'erreur !!!

    Talaat Dominique

    18 h 59, le 03 août 2017