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Liban

Salam : La bataille du jurd peut être positive, à condition qu’elle ne fasse pas l’objet de surenchères internes

Rencontre
27/07/2017

L'homme le plus heureux après l'élection présidentielle du 31 octobre 2016 (après les personnalités directement concernées) était bien l'ancien Premier ministre Tammam Salam, qui a porté sur ses épaules pendant près de deux ans et demi le poids de la vacance présidentielle, de la paralysie des institutions, de la division politique aiguë sur fond de développements dramatiques en Syrie... et aussi de la première bataille de Ersal qui avait abouti à l'enlèvement des militaires, en août 2014.

Tammam Salam a d'ailleurs eu des moments de doute et de dégoût. N'avait-il pas dit lui-même : « Ce gouvernement que je préside est le plus incapable et le plus corrompu que je connaisse ? » Mais il a quand même tenu bon, tout simplement parce que s'il avait décidé de démissionner, le pays aurait plongé dans le chaos total, dans l'indifférence générale de la communauté internationale, occupée ailleurs...

 

(Lire aussi : Au Liban, le vieux clivage sur le monopole de la violence a la peau dure)


En recevant, hier, le conseil de l'ordre des rédacteurs mené par le président Élias Aoun, toutes ces images et tous ces souvenirs ont défilé dans l'esprit de Tammam Salam... et dans celui des journalistes présents. Les questions étaient d'ailleurs multiples, mais l'heure de toutes les réponses n'a pas encore sonné. Tammam Salam s'est contenté de préciser qu'on ne peut pas juger le passé avec les critères du présent. C'est surtout vrai pour la bataille du jurd de Ersal qui se déroule aujourd'hui, par rapport à celle d'août 2014.

Il rappelle ainsi qu'à l'époque, Daech était à son apogée alors que la division politique interne était aussi très aiguë. Le climat au Liban était explosif et le vrai visage de Daech n'était pas encore devenu une évidence pour tout le monde. Il avait donc effectivement demandé au commandant en chef de l'époque, le général Jean Kahwagi, de ne pas foncer sur Ersal et d'attendre un peu les résultats de la médiation effectuée par un groupe d'ulémas. Mais la délégation des ulémas a essuyé des tirs et deux de ses membres ont été blessés, puis ce fut l'enlèvement des militaires par Daech et Nosra suite à une embuscade. Tammam Salam raconte qu'à cette époque, il suivait minute par minute les développements à Ersal et connaissait parfaitement la géographie des lieux et les positions des uns et des autres. Il précise qu'à Ersal, il y avait 35 000 personnes, auxquelles s'étaient ajoutés cent mille déplacés syriens.

« La priorité, dit-il, était d'éviter le carnage, sachant que le contexte politique et régional était totalement différent. Ersal a failli devenir à un moment donné un centre de fabrication de terrorisme. La situation pouvait échapper à tout contrôle, mais je ne pouvais pas punir les habitants parce qu'un groupe de terroristes s'était installé dans la bourgade ! Les habitants de Ersal, qui bénéficiaient dans le passé d'une autosuffisance économique, en raison de leurs biens dans le jurd, étaient des victimes. Nous avons donc fait de notre mieux, en agissant avec calme et sagesse pour protéger notre pays et les civils et éloigner autant que possible les terroristes de la ville. Finalement, si l'armée a installé des postes de surveillance à la frontière avec la Syrie, c'est aussi à cause de nos efforts. Aujourd'hui, par contre, la bataille du jurd peut être positive pour le Liban, à condition qu'elle ne fasse pas l'objet de surenchères internes. Cette bataille a plus que jamais besoin de l'unité des Libanais, loin de toute exploitation politique. »

Selon lui, l'armée n'est pas une institution indépendante, elle fait partie de l'État, et à ce titre, elle est soumise aux décisions politiques. « Heureusement, aujourd'hui, souligne-t-il, il y a une certaine harmonie politique entre le président de la République et le Premier ministre et les différents services de sécurité agissent de concert dans une coordination parfaite. C'est cela qui assure une grande stabilité au Liban, stabilité que beaucoup de pays nous envient. »

 

(Lire aussi : Geagea reconnaît que l'offensive du Hezbollah dans le jurd de Ersal a des conséquences "positives")


Prié de commenter le communiqué du bloc du Futur sur la bataille du jurd de Ersal, Salam précise que « la division politique dans le pays n'est pas nouvelle, mais il ne faut pas qu'elle se transforme en surenchère aux dépens de l'intérêt national, sachant que Ersal est depuis le début un sujet particulièrement délicat ». Il déplore d'ailleurs le fait que les arrangements russo-américains sur l'intérieur syrien ne se soient pas étendus à la frontière avec le Liban, car cela aurait évité aux Libanais un nouveau sujet de polémique.
Tammam Salam considère que, depuis l'élection présidentielle et la formation du gouvernement, beaucoup de choses importantes ont été réalisées, même si les Libanais attendent encore beaucoup plus. Il y a eu ainsi des nominations diplomatiques, une nouvelle loi électorale, une nouvelle échelle des salaires... « Certes, dans chaque réalisation, il y a des lacunes, voire des failles, mais, au moins, elles existent et constituent un pas dans la bonne direction. » L'ancien Premier ministre martèle que « plus les responsables s'éloignent des intérêts particuliers pour penser à l'échelle nationale et plus la situation évoluera dans le bon sens ». Il reconnaît que les choses ne peuvent pas changer en quelques jours, mais selon lui, il y a eu déjà beaucoup de réalisations. « La voie du salut, dit-il, passe par l'État et ses institutions ; plus nous les consolidons et mieux nous protégeons notre pays. »

 

(Lire aussi : Nasrallah : La décision de lancer la bataille du jurd de Ersal n’était ni syrienne ni iranienne)


Selon lui, l'entente qui apparaît entre Michel Aoun et Saad Hariri est positive et elle doit continuer à se concrétiser à travers des décisions dans l'intérêt général. « Ce sont ces décisions qui comptent, tout le reste n'est que verbiage », ajoute-t-il. Il attend désormais l'adoption du budget et les nominations judiciaires et lance à ce sujet : « Que Dieu éloigne les politiciens de la justice ! »


Au sujet de la nouvelle loi électorale, Tammam Salam reste prudent. Il avoue n'être pas sûr d'en avoir bien compris les dispositions. Mais il ajoute : « C'est certainement un pas dans la bonne direction. Mais il faut bien l'expliquer aux citoyens, sinon ceux-ci risquent de ne pas se sentir concernés et, finalement, il y aura un faible taux de participation. Il faut convaincre les électeurs que cette loi ouvre la voie au changement. Pour l'instant, j'ai l'impression qu'il y a une certaine confusion. J'aurais aimé que quelques amendements soient adoptés, notamment au sujet de la voix préférentielle qui, à mon avis, devrait être deux au moins. Mais je crains que si cette porte est ouverte, elle ne soit plus refermée et on repartirait ainsi dans des négociations sans fin... » Tammam Salam confie qu'il sera en principe candidat, en raison du soutien populaire dont il jouit, mais il ne sait pas encore comment. « De toute façon, dit-il, les élections au Liban se préparent effectivement au cours des trois derniers mois ! Ceux qui commencent trop tôt risquent de ne pas arriver à la fin... »


Au sujet de la fameuse lettre que les anciens présidents et présidents du Conseil libanais avaient adressée au sommet arabe qui se tenait à Amman en avril, Tammam Salam précise aujourd'hui que, comme tous l'avaient signée, il ne voulait pas se démarquer, même s'il estime qu'elle aurait dû être remise au chef de l'État d'abord... Tammam Salam ne s'arrête plus à ces détails. Selon lui, le Liban est plus important que tout le reste et il a plus que jamais besoin des efforts conjugués de tous ses fils.

 

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Hariri : "Je préférerais que l'armée libanaise fasse ce que fait le Hezbollah aujourd'hui dans le jurd de Ersal"

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL FAUT QUE TOUS LES LIBANAIS SE RANGENT DERRIERE LE HEZBOLLAH DANS SA BATAILLE POUR DELOGER LES TARES DU SOL NATIONAL... CERTES, ON AURAIT PREFERE QUE CE SOIT L,ARMEE QUI NETTOIE LES LIEUX... MAIS PUISQUE LE HEZB LE FAIT IL FAUT LE RECONNAITRE... MEME SI ON N,EPOUSE PAS SES CHOIX ET SES ACTES UNILATERAUX !

AIGLEPERçANT

Tammam Salam aura été un homme qui aura marqué son époque .

Il est vrai qu'on ne peut pas juger du passé avec des données du présent ni du futur avec des données du présent .

Les choses évoluent tellement vite ....

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