Moyen Orient et Monde

Damas rompt la trêve alors que les négociations de Genève commencent

Conflit

Selon l'OSDH, les forces du régime se sont attaquées à des rebelles soutenus par la coalition dans le Sud.

11/07/2017

Le cessez-le-feu aura encore été de courte durée. Le régime syrien a lancé hier une offensive contre les rebelles dans une province du sud du pays malgré une trêve, a indiqué une ONG, mais un média d'État a affirmé que l'assaut était dirigé contre des jihadistes.

L'offensive dans la province de Soueida a débuté hier matin, environ 24 heures après l'entrée en vigueur dans cette zone d'un cessez-le-feu parrainé par la Russie, les États-Unis et la Jordanie, qui s'applique également aux provinces de Deraa et Qouneitra, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé à Londres.

« Les forces du régime soutenues par l'aviation ont lancé l'attaque contre un secteur au nord-est de la ville de Soueida », a indiqué l'OSDH en faisant état d'affrontements au sol entre troupes progouvernementales et groupes rebelles. L'un des groupes rebelles visés, « les forces d'Ahmad el-Abdo », a confirmé de violents combats en cours. Les forces du régime ont lancé « une vaste offensive sous le couvert de l'aviation », a dit Firas el-Mounjed, un responsable du groupe.

Selon le directeur de l'Observatoire, Rami Abdel Rahmane, les groupes rebelles pris pour cible sont soutenus par la coalition internationale dirigée par les États-Unis qui luttent contre le groupe jihadiste État islamique en Syrie et en Irak voisin. Le régime a pris le contrôle de plusieurs villages et collines dans le secteur, selon l'OSDH et M. Mounjed.
Mais selon l'agence officielle syrienne, les territoires capturés étaient aux mains de l'EI. « Nos forces et alliés ont capturé des villages et des collines après avoir éliminé un grand nombre de terroristes de l'EI. »

Selon l'OSDH, d'autres violences sporadiques ont été constatées ces dernières 24 heures dans la province de Deraa, où des échanges de tirs ont eu lieu entre rebelles et forces progouvernementales. Dans la province de Quneitra, il y a eu également quelques échanges de tirs qui n'ont fait aucune victime, a précisé l'OSDH.
« Quand le régime syrien et ses alliés acceptent un cessez-le-feu en Syrie, l'objectif est de geler un front afin de pouvoir mener des opérations militaires ailleurs et non pour une accalmie », explique à L'Orient-Le Jour Thomas Pierret, chercheur à l'université d'Edimbourg et spécialiste de la Syrie. Faisant référence aux nombreux cessez-le-feu précédents violés à plusieurs reprises, le chercheur ajoute que « ce serait une erreur de penser que ces trêves s'inscrivent dans un processus diplomatique ». Cependant, ce cessez-le-feu fait l'objet d'une nouveauté. « C'est la première fois qu'il y a un cessez-le-feu au niveau local alors que les précédents avaient une ambition globale, sur l'ensemble du territoire », affirme M. Pierret.

 

(Reportage : « Ce café arménien est le symbole de notre résistance à Alep »)

 

 

Début des négociations de Genève
La violation du cessez-le-feu a eu lieu alors que débutait hier le septième round de négociations de paix entre opposition et régime syrien à Genève, sous la houlette des Nations unies. S'il est difficile de savoir si la date de la violation de la trêve et des négociations en Suisse ne sont qu'une coïncidence, ces nouvelles attaques « n'aident pas le processus de négociation de Genève », constate M. Pierret. Pour autant, « il faut prendre en compte d'autre paramètres que les négociations internationales » pour expliquer ces violations, insiste-t-il. Selon le chercheur, « l'objectif des forces syriennes est de réduire les zones contrôlées par les rebelles et les États-Unis, notamment autour de la base américaine d'al-Tanf ».

L'objectif de ces nouvelles négociations est de réaliser « certaines avancées » alors que le conflit ravage le pays depuis six ans. « Nous n'attendons pas une percée (...) mais certaines avancées, oui », a déclaré aux médias Staffan de Mistura, l'envoyé spécial de l'ONU en charge du dossier syrien, qui s'évertue depuis des années à trouver une solution à la crise syrienne.

Se référant à la trêve et malgré les attaques du régime syrien contre les rebelles, M. de Mistura a estimé que cet accord sur des « zones de désescalade » a « de fortes possibilités de devenir une vraie réalité sur le terrain », soulignant qu'il pourrait notamment « aider à réduire la tension dans une zone qui commençait à être tendue ». Il a ajouté espérer qu' « un accord sera conclu dès que possible » pour les autres zones qui ont fait l'objet de discussions à Astana car « cela pourra représenter un soutien significatif au processus politique ».

S'exprimant lors d'une conférence de presse à l'issue de la première journée de discussions, le diplomate italo-suédois a jugé que « les possibilités de progrès sont plus élevées que dans le passé ». « Les astres commencent à être favorables », a-t-il déclaré.
« Nous assistons peut-être à une phase de simplification du conflit le plus complexe qui existe actuellement », a-t-il ajouté, mentionnant l'accord russo-américain sur le cessez-le-feu dans le sud de la Syrie et la victoire sur l'EI à Mossoul en Irak, alors qu'au même moment les forces antijihadistes tentent de reprendre Raqqa à l'EI. M. de Mistura a également affirmé espérer que cette « simplification » du conflit aboutisse à une « désescalade », suivie d'une « stabilisation » de la situation après la reconquête attendue de Raqqa, principal bastion de l'EI en Syrie.

Les discussions de Genève sont axées sur quatre points : la rédaction d'une nouvelle Constitution, la gouvernance – terme flou pour évoquer une transition politique –, la tenue d'élections et la lutte contre le terrorisme. Ce round, qui devrait se tenir jusqu'au 14 juillet, a commencé hier dans la matinée par une rencontre entre M. de Mistura et la délégation du gouvernement syrien. Le médiateur de l'ONU a ensuite rencontré, lors d'un même déjeuner de travail, les différents représentants de l'opposition, dont ceux du Haut- Comité syrien pour les négociations (HCN).

Les négociations de Genève sont de plus en plus éclipsées par des discussions à Astana, au Kazakhstan, qui sont chapeautées par la Russie et l'Iran, alliés de Damas, ainsi que la Turquie, soutien de la rébellion.

 

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