Moyen Orient et Monde

L’Europe veut réaffirmer son leadership sur le climat face à Trump

Sommet du G20

L'UE entend afficher un front uni autour de l'accord de Paris, duquel les États-Unis ont annoncé leur sortie le 1er juin.

07/07/2017

Alors que le président américain, Donald Trump, paraît isolé sur la question climatique, les autres pays, menés par l'Union européenne, resserrent les rangs à l'occasion du G20 qui débute aujourd'hui à Hambourg. Un mois après la sortie des États-Unis de l'accord de Paris sur le climat, la chancelière allemande, Angela Merkel, a souhaité mettre en avant la question du changement climatique pour ce sommet. Mais les discussions sur le sujet s'annoncent houleuses entre les États-Unis et les membres de l'UE.

« De très, très nombreux pays veulent continuer à appliquer l'accord de Paris », a déclaré hier Mme Merkel lors d'une conférence de presse. « Et bien sûr, nous n'allons pas masquer les différences, mais au contraire les désigner, car il y a sur certaines questions essentielles des divergences d'opinion », a-t-elle ajouté. La dirigeante allemande annonce ainsi la couleur pour un G20 qui ne devrait permettre aucune concession sur la thématique du climat tant du côté de l'UE que de celui de Washington.

 

Affirmer le leadership de l'UE
Alors que la chancelière allemande espérait annexer à la déclaration finale du G20 « un plan d'action énergie et climat pour la croissance » exposant différentes mesures pour mieux réguler les risques climatiques, les États-Unis ont fait savoir qu'ils ne s'y joindraient pas. Le texte doit souligner que l'accord de Paris ratifié par 152 pays est « irréversible » et réaffirmer leur engagement en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

L'enjeu pour l'UE, avec l'Allemagne en tête de file et soutenue par la France, est donc de constituer un front uni face à Washington. Il s'agit pour l'Europe « d'afficher son leadership qui s'était émoussé ces dernières années, notamment au profit du duo États-Unis-Chine lors de la COP21 (les deux plus gros pollueurs mondiaux) », explique Bastien Alex, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS, Paris) et responsable du programme climat, énergie et sécurité. Les blocages actuels sur la question climatique sont « indépassables », précise-t-il, donc « l'objectif de l'UE est de continuer sur sa stratégie pour isoler les États-Unis qui sont seuls sur le dossier ».

Le président français, Emmanuel Macron, et le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, ont notamment rappelé hier leur engagement pour défendre l'accord de Paris. « M. Kim et moi-même souhaitons mobiliser les financements et aller plus loin en matière d'ambition et de réalisation sur la question du climat », a déclaré M. Macron peu avant sa rencontre avec le président de la Banque mondiale. « Les accords de Paris sont un élément important, une étape, mais pas suffisante. Nous devons, à plusieurs, montrer notre capacité à aller plus loin », a-t-il ajouté. Pour le président français, « maintenant, la charge de la preuve est de notre côté, et donc, en même temps que nous défendons le multilatéralisme, nous devons prouver qu'il est plus efficace que les égoïsmes nationaux ». Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, lundi à Lisbonne, s'est également manifesté, précisant que la sortie de l'accord sur le climat des États-Unis a provoqué « un sursaut mondial » et a donné lieu à la « réaffirmation par tous les autres gouvernements de leur engagement ».

 

(Lire aussi : G20 : le sommet de tous les différends)

 

 

L'Amérique d'abord
Ce sommet marque en revanche l'occasion pour M. Trump d'affirmer « sa posture individualiste et même autoritariste sur la scène internationale où il est de plus en plus isolé diplomatiquement », précise Marie-Cécile Naves, chercheuse associée à l'IRIS et spécialiste des États-Unis. Washington se retrouve seul contre tous suite aux revirements diplomatiques effectués par le locataire de la Maison-Blanche (isolement de l'Iran, rapprochement avec l'Arabie saoudite). Suite à son entretien lundi avec Angela Merkel, portant sur les différentes thématiques devant être abordées aujourd'hui, le président américain a pourtant affirmé vouloir l'aider à faire de ce sommet du G20 « un succès ». « Lors d'une longue discussion, les dirigeants ont évoqué les questions du climat, l'initiative de financement des femmes entrepreneuses et le commerce, y compris la surcapacité mondiale en acier », a déclaré la Maison-Blanche dans un communiqué. « En gros, le message est que si cela (le sommet) se passe mal, ce ne sera pas de la faute de Trump », observe Marie-Cécile Naves. Pour autant, « l'accord de Paris ne sera pas renégocié », ajoute-t-elle. Mais le dirigeant américain reste particulièrement imprévisible, « c'est ainsi avec Trump », souligne-t-elle.

Si les commentateurs ont peu d'espoir sur les avancées possibles à l'issue de ce G20, « les négociations internationales ne font pas tout et l'aventure Trump n'est qu'une parenthèse », anticipe M. Alex. Optimiste, le chercheur estime que « l'on se souviendra de cette période comme un épisode conjoncturel et non structurel ».

 

 

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