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Moyen Orient et Monde

Qatar : la porte des discussions est-elle totalement close ?

Éclairage

Le petit émirat gazier semble, pour l'instant, tenir bon face aux exigences de ses voisins.

04/07/2017

« La liste des demandes est faite pour être rejetée », a déclaré samedi le chef de la diplomatie qatarie, le cheikh Mohammad ben Abdel Rahman al-Thani, ajoutant que « l'État du Qatar (...) la rejette par principe », en réponse aux treize propositions faites au Qatar le 23 juin par l'Arabie saoudite et ses alliés afin de renouer avec l'émirat gazier.

Doha, isolé de l'Arabie saoudite, du Bahreïn, de l'Égypte et des Émirats arabes unis depuis le 5 juin dernier, ne semble pas prêt à accepter l'ultimatum de ses camarades du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Et pour cause : ces demandes impliquent notamment l'interruption du financement des organisations considérées comme « terroristes », la fermeture de la chaîne al-Jazeera, mais aussi la fin de la présence militaire turque sur son territoire et la rupture de l'essentiel de ses liens économiques avec Téhéran.

Du côté de la Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan a affirmé son soutien au Qatar dès le début de la mise en place du blocus, tandis que l'Iran a offert son aide à Doha, renforçant de fait la coopération entre les deux pays, déjà forte du fait de l'exploitation commune d'un immense gisement de gaz dans leurs eaux territoriales respectives. En vain, Riyad et ses alliés exigent leur rupture.

Si l'Arabie saoudite et ses alliés imposent au Qatar de ne plus interférer dans leurs affaires internes, ils exigent en revanche que Doha rompe avec sa politique considérée comme trop indépendante par ses opposants et se soumette au cours des deux prochaines années à un mécanisme de suivi. Faire cavalier seul, tel est le problème que pose le Qatar aux pays du Golfe. Et c'est proprement l'abandon de sa souveraineté nationale qui constitue un enjeu de taille dans ces négociations.

« Ces treize propositions dans leur globalité demandent à un État d'abdiquer de sa souveraineté. Ce n'est absolument pas acceptable », souligne Fatiha Dazi-Héni, politologue spécialiste de la péninsule Arabique à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (Irsem-Paris), interrogée par L'Orient-Le Jour. Soumettre Doha à une action diplomatique commune semble peine perdue face à un émirat qui depuis une vingtaine d'années mène une politique autonome. Pas de doute pour la spécialiste, « ils savaient parfaitement qu'en faisant ce type de demande, ce ne serait pas accepté ».

 

(Lire aussi : Au Qatar, les habitants s’adaptent à l’embargo)

 

« Volonté d'humiliation »
Loin de vouloir s'inscrire dans une logique de négociations, les quatre pays arabes adversaires du Qatar ont soumis un « ultimatum » à Doha, montrant par définition une absence de volonté de mettre en place un cadre de discussions. « Il y a forcément une volonté d'humiliation, une expression de saturation. Il y a la volonté que Doha se rende et qu'il soit humilié », assure Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes (OPA-Paris), interrogé par L'Orient-Le Jour.

Pourtant, l'émirat ne semble pas se mettre à genoux face à l'Arabie saoudite et ses alliés ; il fait au contraire le dos rond depuis le début de cette crise, voire bombe le torse. Le rapprochement observé entre Téhéran et Doha n'a en rien arrangé le conflit entre les pays du Golfe, soulignant même le raidissement du Qatar face aux invectives de Riyad. Pourtant, « si l'Iran s'affiche de trop près avec le Qatar, il nuira à ce dernier, puisqu'il confirmera la proximité dont l'accuse Riyad », affirme Antoine Basbous.

Si ce n'est négocier, l'objectif de ces treize propositions reste donc flou. « Est-ce que le but n'est pas la confrontation ? » s'interroge Fatiha Dazi-Héni. Néanmoins, la prolongation de 48 heures de l'ultimatum annoncée hier laisse à penser que la porte des discussions n'est pas totalement close. Ce développement semble faire écho aux propos du ministre qatari des Affaires étrangères qui affirme que son pays « s'engagera dans un dialogue constructif  » , bien que la marge de manœuvre des négociations se réduise comme peau de chagrin avec le temps et la fermeté des positions respectives de Riyad, Abu Dhabi, Manama et Le Caire. « On assiste à une crise extrêmement profonde, qui touche au cœur même de ce qui fait la solidité du Conseil de coopération du Golfe », assure la chercheuse. Il sera donc d'autant plus difficile de résoudre les différends entre Doha et ses opposants, tant le conflit conjugue l'affaire d'ego et les désaccords profonds.

 

(Lire aussi : Le sultanat d'Oman discret dans la crise du Golfe)

 

Le Qatar « s'en sort très bien »
Véritable pied de nez à ses ex-alliés du Conseil de coopération du Golfe, le Qatar semble se maintenir à flot, malgré les sanctions qui lui sont imposées. « Un tout petit État réussit à résister à un blocus extrêmement dur qui était fait pour assécher ce petit pays et il s'en sort très bien », indique Fatiha Dazi-Héni. Soutenu par la Turquie et l'Iran, le Qatar semble profiter de son isolement pour essayer d'accroître ses relations diplomatiques sur la scène internationale, établies d'abord grâce à sa puissance financière. L'émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, est ainsi attendu à Paris « à la fin de l'été » pour évoquer avec le président français Emmanuel Macron la crise du Golfe, a annoncé hier soir la présidence française.

Alors jusqu'où iront les négociations et les sanctions ? Si l'intensification du blocus ne doit pas être exclue, une rupture diplomatique encore plus profonde peut également être envisagée. « Une des exigences des pays du Golfe pourrait être de vouloir exclure le Qatar du CCG, mais cela ne réglera rien », conclut la chercheuse de l'Irsem.

 

 

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AIGLEPERçANT

FAUT PAS SE METTRE martel en tête pour comprendre que le QATAR a fait LE CHOIX DE QUITTER CE GROUPE DE LOOSERS POUR REJOINDRE LE CAMP DES RÉSISTANTS.

ÇA ARRIVE ET JE DIRAI MÊME QUE CA AURAIT PU ARRIVER À UN PAYS DE L'AXE DE CETTE RÉSISTANCE.

MAIS IL SE TROUVE QU'APRÈS LA TURQUIE C'EST LE QATAR ET IL NE FAUDRA PAS S'ÉTONNER QUE DAUTRES PAYS ARABES SUIVENT.

ENTRE NOUS VOUS PENSEZ VRAIMENT QUE L'ÉGYPTE EST SINCÈRE AVEC LES .BENSAOUDS???????

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE QATAR EST ACCUSE DE FINANCER LES ORGANISATIONS TERRORISTES MEME PAR LES AMERICAINS... BIZARRE LE SUPPORT DE L,IRAN QUI PRETENDUMENT COMBAT CES ORGANISATIONS AU QATAR... LE QUOI ET LE POURQUOI !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES ARABES SONT DES GAFFEURS... MAIS EN SE METTANT DU COTE DE QATAR QUI EST ACCUSE DE FINANCER L,E.I. ET D,AUTRES ORGANISATIONS TERRORISTES, LES PAYS PSEUDO MOUMANA3ISTES SE REVELENT COMME LES SUPPORTEURS DE CES ORGANISATIONS QU,IL N,ONT JAMAIS COMBATTU MAIS PAR CONTRE ONT COMBATTU UNIQUEMENT LES VRAIS REBELLES DU PEUPLE SYRIEN...

Bery tus

Je me demande ce que fait l'Iran avec le Qatar n'est ce pas cette même iran qui avait mis en accusation le Qatar et l'Arabie saoudite sur le fait qu'elles ont créer ISIS maintenant l'Iran cherche à mettre le Qatar de son coter

Qlq un peut il m'expliquer ?!

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