Éclairage

Jules César-Trump ou l’adieu à l’Amérique ouverte à tous

Une pièce représentée dans le cadre de Shakespeare in the Park, à New York, a suscité des réactions violentes de la part de l'extrême droite.

Les spectateurs arrivant à Central Park, le 12 juin, pour la première de l’adaptation de Jules César, de Shakespeare. Bryan R. Smith/AFP

L'attaque, la semaine dernière, contre des élus républicains, dont le numéro trois de la Chambre des représentants, Steve Scalise, sur un terrain de base-ball, s'inscrit dans le climat politique délétère de l'Amérique d'aujourd'hui. La démocratie est menacée dans le pays, les deux bords étant divisés comme jamais et incapables d'un débat raisonnable. L'assaillant sur le terrain de base-ball avait lancé, avant de mourir sous les balles de la police : « Ceci est de la part de Trump ! » C'est dans ce contexte toxique qu'a lieu une polémique autour d'une adaptation du Jules César de Shakespeare, jouée dans le cadre du festival annuel Shakespeare in the Park, qui se tient à Central Park, à New York. Polémique, car l'acteur principal ressemble au président Donald Trump.
L'extrême droite et les médias qui lui sont affiliés n'ont pas pu supporter cette association – dans la pièce, Jules César est assassiné – qui avait visé par le passé les présidents, alors en poste, Barack Obama et George W. Bush.
Récemment, un partisan de M. Trump a ainsi pris d'assaut la scène, où se jouait la pièce. À une comédienne qui expliquait à l'intrus : « Ça, c'est la démocratie », le partisan du président a rétorqué, lui brandissant un bâton à la figure : « Ça c'est la démocratie ! »
La presse pro-Trump, elle, s'est élevée avec violence contre la scène de l'assassinat, très réaliste, du dictateur romain, qui, sur scène, apparaît avec une chevelure blonde et arbore une chemise blanche et une cravate rouge. Les sénateurs ennemis romains ont, pour leur part, les traits d'Hispaniques et d'Afro-Américains. Quant à l'épouse de Jules César, elle s'exprime avec un accent étranger. Le décor, lui, rappelle le métro de Washington. Toute la mise en scène rappelle donc l'univers de l'actuel hôte de la Maison-Blanche.
« Avec l'arrivée à la Maison-Blanche d'un leader populiste, épris de pouvoir, il y avait du pain sur la planche pour parler politique, pouvoir, démocratie et autoritarisme », explique Oskar Eustis, le metteur en scène.

Haine verbale
Un avis que de nombreux représentants des milieux artistiques partagent. Dénonçant l'atmosphère actuelle de haine verbale, ils rappellent que les représentations de Jules César-Obama et celle de Jules César-Bush n'avaient pas soulevé de telles tempêtes d'intolérance.
Selon un analyste, ces provocations qui entourent la pièce visent à « l'arrêt du processus démocratique, du libre échange d'idées, cette valeur démocratique la plus précieuse et la plus mise en danger ». La perturbation, voire l'interruption, des représentations par des manifestants traitant les spectateurs de « Goebels » n'aurait pas étonné dans un pays gouverné par un dictateur et rappelle tristement la menace qui pèse aujourd'hui sur l'Amérique tolérante et ouverte à tous.
Nombreux sont ceux à estimer que la polémique autour de la pièce a les traits d'une campagne orchestrée par l'extrême droite, allant jusqu'aux menaces de mort contre les acteurs et les défenseurs de la pièce, pour bâillonner les libertés.
L'ironie, fait remarquer un spécialiste de l'œuvre shakespearienne, est que le Jules César du barde était toujours plus amplifié que le réel.
À noter qu'Orson Welles avait, lui aussi, détourné le personnage. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il avait donné à Jules César les traits de Mussolini, et, récemment, la Royal Shakespeare Company en a fait un dictateur africain, aux prises avec les guerres civiles sur ce continent.
À noter aussi que cette œuvre, en elle-même, peut s'adresser à la politique américaine d'aujourd'hui, avec ou sans Donald Trump. Elle donne en outre lieu à de multiples interprétations, car les spécialistes ne sont pas encore sûrs si Shakespeare était dans le camp du dictateur romain ou de celui de ses ennemis.
Pour l'acteur Gregg Henry, qui a incarné Jules César-Trump, la comparaison est tout à fait valable, « parce que le gouverneur romain était ivre de son ego, ivre de pouvoir, ivre d'ambition, et qu'il croyait que lui, et lui seul, pouvait gouverner le monde », a-t-il expliqué au site Backstage.

 

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Deux avions de l’armée américaine dits du « jugement dernier », car ils sont conçus pour résister à la chaleur dégagée par une explosion nucléaire, ont été endommagés par une tornade dans le Nebraska, a reconnu vendredi l’armée de l’air US. Les avions « Doomsday », des Boeing 747 renforcés, ont été construits dans les années 1970. Ils sont appelés à servir de centre de commandement volant pour le secrétaire à la Défense ou pour le chef d’état-major inter-armées américain en cas d’attaque nucléaire contre les Etats-Unis. Grâce à leur équipement de ravitaillement en vol, ils peuvent rester dans les airs pendant plusieurs jours et sont protégés contre la chaleur et les ondes électro-magnétiques provoquées par une explosion nucléaire. Ces avions –quatre au total– disposent d’un système de communication satellitaire perfectionné pour rester en contact avec le monde entier et peuvent aussi communiquer avec les sous-marins nucléaires américains. En temps normal, ils servent aussi aux déplacements du ministre américain de la Défense à travers le monde. Mais leurs protections perfectionnées n’ont pas été utiles à deux d’entre eux face à une tornade imprévue qui les a touchés sur la base aérienne d’Offutt, dans le Nebraska (centre), où ils étaient stationnés. Deux avions ont été endommagés , a sobrement reconnu Patrick Ryder, porte-parole de l’US Air Force, sans être en mesure d’indiquer quand les avions pourraient être de nouveau opérationnels.

FRIK-A-FRAK

13 h 44, le 24 juin 2017

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  • Deux avions de l’armée américaine dits du « jugement dernier », car ils sont conçus pour résister à la chaleur dégagée par une explosion nucléaire, ont été endommagés par une tornade dans le Nebraska, a reconnu vendredi l’armée de l’air US. Les avions « Doomsday », des Boeing 747 renforcés, ont été construits dans les années 1970. Ils sont appelés à servir de centre de commandement volant pour le secrétaire à la Défense ou pour le chef d’état-major inter-armées américain en cas d’attaque nucléaire contre les Etats-Unis. Grâce à leur équipement de ravitaillement en vol, ils peuvent rester dans les airs pendant plusieurs jours et sont protégés contre la chaleur et les ondes électro-magnétiques provoquées par une explosion nucléaire. Ces avions –quatre au total– disposent d’un système de communication satellitaire perfectionné pour rester en contact avec le monde entier et peuvent aussi communiquer avec les sous-marins nucléaires américains. En temps normal, ils servent aussi aux déplacements du ministre américain de la Défense à travers le monde. Mais leurs protections perfectionnées n’ont pas été utiles à deux d’entre eux face à une tornade imprévue qui les a touchés sur la base aérienne d’Offutt, dans le Nebraska (centre), où ils étaient stationnés. Deux avions ont été endommagés , a sobrement reconnu Patrick Ryder, porte-parole de l’US Air Force, sans être en mesure d’indiquer quand les avions pourraient être de nouveau opérationnels.

    FRIK-A-FRAK

    13 h 44, le 24 juin 2017