Liban

Les mouvements de contestation se préparent d’ores et déjà à la bataille électorale

Législatives

Une coalition entre société civile et d'autres formations incontournable pour briguer des sièges au Parlement.

20/06/2017

En dépit de ses nombreux vices dont celui de servir en premier et dernier lieu les intérêts des grandes formations politiques traditionnelles, la nouvelle loi électorale offre des opportunités certaines que les forces du changement incarnées notamment par les acteurs de la société civile sont appelées à saisir. En ouvrant ne serait-ce qu'une légère brèche dans un système quasi verrouillé, le nouveau code pourrait permettre, à défaut d'une véritable alternance, des percées réelles des nouvelles élites. À condition d'en connaître les rouages et d'agir avec « intelligence et réalisme », sans pour autant abdiquer des valeurs et principes qui ont animé, des années durant, le monde associatif.

C'est l'avis qu'exprime à L'Orient-le Jour Ayman Mhanna, secrétaire général du Renouveau démocratique, mouvement qui se positionne clairement sur l'échiquier de la réforme et comme partenaire à part entière de la société civile.
« La loi apporte une opportunité qu'il faut intelligemment saisir », dit M. Mhanna. Selon des calculs approximatifs effectués à ce jour, « les forces conventionnelles pourraient obtenir entre 110 à 115 sièges. Les forces nouvelles, une dizaine de sièges à condition de bien comprendre les rouages de la nouvelle loi et ses méandres techniques », dit-il.

D'ores et déjà, plusieurs associations et composantes majeures du mouvement de contestation né dans le sillage de la crise régionale se préparent pour mener, ensemble, les prochaines législatives. Désormais convaincues qu'elles ont besoin l'une de l'autre pour former une coalition solide face aux rouleaux compresseurs des formations conventionnelles, ces associations organisent réunion sur réunion pour préparer le terrain en amont, et décider de la stratégie à venir. « Le principe est acquis depuis un certain temps : quelle que soit la loi adoptée, les forces du changement vont inévitablement prendre part à la prochaine bataille électorale. La décision a émané depuis l'expérience des élections municipales et les scores marqués notamment par les candidats de Beyrouth Madinati et Baalbeck Madinati », indique M. Mhanna.

 

(Lire aussi : La nouvelle loi électorale : principes généraux et application)

 

Pour Charbel Nahas, ancien ministre et fondateur du mouvement Citoyens et citoyennes dans un État, le timing est d'autant plus propice pour ces mouvements pluriels qu'ils « ont aujourd'hui à leur crédit un cumul d'expériences. Ils ont acquis en maturité et en fermeté et ont enfin compris l'importance de coaliser leurs forces », dit-il. Autre point majeur qui, selon lui, va jouer en leur faveur, « les décennies successives d'incompétence de la classe politique au pouvoir – que je qualifie de pouvoir de fait et non de droit – et ce sur les plans financier, économique, social et écologique. Par conséquent, le devoir de la société civile est de proposer une alternative à cette incompétence ».

Membre actif du groupe « Vous puez », Wadih Asmar constate qu'une évolution s'est opérée au sein des forces dites du changement. « On observe aujourd'hui un passage du statut de mouvement social (M. Nahas dira de "confrontation") à un mouvement politique de renouveau au sens propre du terme. » « Cependant, dit-il, si on se présente en tant qu'une somme d'individus on n'y arrivera pas. » De la nécessité de constituer un front commun, toutes les forces vives de la société civile en sont convaincues, conscientes du fait que les dinosaures politiques sont bien rodés aux sinuosités du terrain électoral, aux tactiques et techniques électorales. « Ils savent bien tricoter le jeu politique », dira M. Mhanna.

Les membres de la société civile planchent d'ores et déjà sur une plateforme de causes communes qui constituera le socle de leur programme électoral, principalement axé sur la nécessité des réformes socio-économiques des politiques publiques et des services. « Les seuls différends qui persistent sont autour de la politique étrangère, notamment les armes et le rôle du Hezbollah et la question syrienne », note le secrétaire général du Renouveau démocratique. « La question est donc de savoir comment les nouvelles forces vont pouvoir gérer ces différends, comment préserver l'identité de chaque groupe tout en construisant une alliance forte », dit-il.

Pour l'heure, les efforts doivent être axés sur les trois étapes obligées avant le scrutin, prévu en mai 2018, note Wadih Asmar. « Il s'agit de rassembler, d'identifier les listes communes dans les 15 circonscriptions et de trancher la question de savoir si des alliances seront concoctées ou non entre les listes parrainées par la société civile et les partis politiques ou forces conventionnelles. Cela serait possible à condition que ces alliances répondent à un certain nombre de critères, dont le respect des valeurs et projets défendus par la société civile au cours des dernières années, et surtout la transparence financière dans les dépenses électorales. » Des principes que M. Mhanna avalise, tout en apportant quelques nuances sur le principe même d'alliances ponctuelles avec notamment certaines parties politiques telles que l'ancien ministre Achraf Rifi, et le chef des Kataëb, Samy Gemayel, qui se disent disposés à mener bataille aux côtés de la société civile. « Il s'agit d'arrêter le romantisme et de se départir de l'attitude béate et idéaliste qui consiste à refuser des alliances à tout prix avec les "outsiders" de la société civile », dit M. Mhanna. C'est également l'avis de Moustapha Fahs, militant chiite qui prône le même pragmatisme, en rappelant que la société civile ne pourra pas mener sa bataille en marge de la dynamique politique en place.

 

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