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Les habitants de Kfar Etzion, colonie historique, se sentent "à la maison"

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Chassé par la guerre en 1947, Yohanan Ben Yaakov est revenu trente ans plus tard, après la guerre des Six Jours, quand Israël a pris ce territoire sous contrôle jordanien. 

 

OLJ/AFP/Michael BLUM
04/06/2017

Quand il a pris part à la création de Kfar Etzion en 1967, Yohanan Ben Yaakov avait plus à l'esprit de rentrer chez lui que de poser en Cisjordanie occupée l'une des premières pierres de la colonisation israélienne, aujourd'hui vivement contestée.

Pour M. Ben Yaakov et les deux générations qui l'ont suivi, Kfar Etzion est leur "maison" avant d'être historiquement la première colonie de Cisjordanie. Yohanan Ben Yaakov est né là, dans ce qui n'était pas encore une colonie mais un kibboutz (village collectiviste), sur des terres qu'on n'appelait pas encore Cisjordanie mais Palestine mandataire.

Chassé par la guerre en 1947, il est revenu trente ans plus tard, après la guerre des Six Jours, quand Israël a pris ce territoire sous contrôle jordanien. "Il y a 50 ans, je suis rentré chez moi et je me sentais à la maison, comme aujourd'hui mes petits-enfants qui grandissent ici", explique M. Ben Yaakov, 72 ans, historien du kibboutz encore alerte malgré une récente opération à coeur ouvert.

 

(Lire aussi : Avec la guerre des Six Jours, l’Égypte entame son déclin régional)

 

'Chêne solitaire'
En 1943, son père et son oncle, seuls rescapés d'une famille polonaise décimée par la barbarie nazie, ont pris part à la fondation du kibboutz.

Après le vote par l'ONU du plan de partage de la Palestine fin 1947, qui a déclenché une guerre, il a été évacué avec sa mère et une cinquantaine d'autres personnes. Le 13 mai 1948, à la veille de la déclaration d'indépendance d'Israël, le kibboutz tombe aux mains de la Légion jordanienne dans des combats qui coûtent la vie à 242 personnes, dont son père.

Il grandit avec les autres enfants, quasiment tous orphelins de père. "Pendant 19 ans, on nous a répété qu'on reviendrait un jour à la maison", raconte-t-il. "Une fois par an, à l'anniversaire de la chute de Kfar Etzion, nous nous retrouvions tous près de la frontière jordanienne et regardions au loin le chêne solitaire, un arbre centenaire symbole du village".

 

 

 

 

En 1967, M. Ben Yaakov et un groupe de jeunes également originaires de Kfar Etzion obtiennent du gouvernement israélien l'autorisation de revenir: c'est la première colonie dans les Territoires occupés. De nombreuses autres vont suivre.

Aujourd'hui, plus de 600.000 colons cohabitent, souvent difficilement, avec 2,6 millions de Palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Illégale au regard du droit international, la colonisation est pour une grande partie de la communauté internationale un des principaux obstacles au règlement du conflit israélo-palestinien.

 

(Lire aussi : Guerre de 1967, les six jours qui ont changé la face du Proche-Orient)

 

 

'La paix est possible'
Autour de Kfar Etzion, les gouvernements israéliens successifs ont créé des dizaines de colonies juives formant un bloc, le Goush Etzion.

C'est l'un des blocs dont Israël souhaite qu'il reste israélien en cas d'accord négocié avec les Palestiniens sur le partage de la terre, à la différence d'autres colonies qui seraient évacuées.

Un carrefour proche du Goush Etzion a été le théâtre de dizaines d'attaques palestiniennes anti-israéliennes depuis 2015. En 2014, l'assassinat de trois adolescents israéliens enlevés sur la route près de Kfar Etzion avait précipité l'escalade menant à la guerre de Gaza.

M. Ben Yaakov rejette cependant l'image d'un conflit permanent et vante les relations cordiales avec les voisins palestiniens. Il rejette aussi l'appellation de colon. "Comment pourrais-je me sentir colon ? Je suis chez moi ici", dit-il, reflétant un attachement à la terre largement partagé chez les colons et compliquant encore tout règlement. Deux de ses quatre enfants ont choisi de rester au kibboutz.

"Grandir ici, c'est se sentir à la maison avec un M majuscule", dit sa fille aînée Morit Yinon, 45 ans, mère de six enfants dont l'aînée est officier dans l'armée israélienne. C'est "l'endroit d'où on ne partira jamais", ajoute Mme Yinon, assistante du président d'une autorité politique locale.

Un autre habitant de Kfar Etzion, Eliaz Cohen, un des pionniers du dialogue entre colons et Palestiniens, assure que "vivre ici en affirmant nos droits légitimes sur cette terre ne peut se faire que si tous ses habitants ont les mêmes droits". "On ne peut pas continuer à garder en otage la population palestinienne. Il faut que l'Etat d'Israël trouve une solution, ça fait 50 ans que ça dure, c'est bien trop long", abonde M. Ben Yaakov, convaincu que "la paix est possible entre nous".

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

RACONTEZ-NOUS PLUTOT L,HISTOIRE DE TOUT ABOU ABDO DERACINE EN 1947 DE SA TERRE NATALE ET REFUGIE AU LIBAN, EN JORDANIE, EN SYRIE, EN IRAQ ET AILLEURS... SE SENTE-T-IL DANS SA MAISON ?

Irene Said

Ces colons israëliens ont un sacré culot comme toujours...et toutes ces belles paroles: "...on ne peut pas continuer à garder en otage la population palestinienne...etc. etc." ne sont qu'une façon de s'innocenter...
Qu'ils évacuent les colonies tout simplement, et rendent leurs terres aux Palestiniens !
Irène Saïd

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