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Liban

Harb : Les plaintes d’Abi Khalil, une grave déviation de notre système et de nos valeurs

Polémique

Le ministre de l'Énergie engage des poursuites contre 400 personnalités politiques, médiatiques et de la société civile opposées à son plan pour l'électricité; « des actes qui évoquent l'ère de la tutelle syrienne », affirme Sélim Sayegh.

OLJ
01/06/2017

Les répercussions des plaintes déposées par le ministre de l'Énergie César Abi Khalil contre 400 personnalités politiques et médiatiques – qui s'étaient élevées contre son plan de location de navires-centrales pour la production supplémentaire d'électricité – commençaient hier à se faire ressentir.
Le député du Batroun, Boutros Harb, s'est dit révolté par cette plainte car, selon lui, elle constitue une tentative de museler l'opposition et d'empêcher les députés de faire leur travail, ces derniers ayant pour devoir de contrôler l'action du gouvernement, de questionner les ministres à propos des décisions qu'ils envisagent de prendre.
Lors d'une conférence de presse-fleuve, M. Harb s'est ainsi insurgé contre la tournure éminemment politique de cette plainte, estimant que « ce n'est pas une coïncidence si les députés poursuivis sont ceux qui sont les concurrents du chef du courant politique auquel appartiennent les deux ministres » qui ont saisi la justice, notamment « Samy Gemayel dans le Metn, Boutros Harb à Batroun, alors que tout le monde connaît le poids populaire de chacune de leur candidature ». « Chacun des deux est capable de mener une grande bataille électorale et de l'emporter face à leurs rivaux », a affirmé M. Harb. « C'est d'ailleurs ce qui nous pousse à interroger le ministre de la Justice, qui est également le garde des Sceaux de la République, sur les raisons qui l'ont conduit à qualifier notre question posée au ministre de l'Énergie, concernant des accords douteux, de politique, d'intéressée et de populiste (...) », a lancé M. Harb à l'adresse du ministre Salim Jreissati.
« Nous lui demandons comment il envisage de continuer à veiller au bon fonctionnement de la justice dans ce pays sachant que par le biais des actions légales qu'il entreprend, il respecte et exécute des décisions politiques, partisanes (...) », a enchaîné M. Harb, avant de demander pourquoi le ministre n'a pas été pris par ce même enthousiasme lorsque, « en tant que député de la nation, j'ai déposé une demande officielle d'enquête » sur les accords signés pour la location de barges-usines électriques et concernant l'affaire ENI et l'exploitation de gaz en offshore.
Et d'ajouter que ce comportement des ministres de l'Énergie et de la Justice est « de loin la plus grave déviation politique et morale de notre système politique et de nos valeurs ».
Le député a ensuite passé en revue le passé – pour le moins tumultueux – de la société pétrolière ENI, listant le nombre d'affaires dans lesquelles cette compagnie a été impliquée dans plusieurs pays étrangers, avant de demander quel « crime » il a commis pour que le ministre de la Justice accepte de saisir la justice contre lui. « Le fait de remplir le mandat que les Libanais nous ont octroyé constitue-t-il désormais un crime ? » a-t-il demandé.
« C'est une honte » et « le plus important dans cette affaire c'est que vos menaces ne paralyseront pas notre devoir de contrôle de vos actions ni la reddition des comptes, vous ne réussirez pas à museler les gens (...) », a dit le député de Batroun, avant d'annoncer qu'il envisage de présenter au président de la Chambre Nabih Berry une demande de levée d'immunité. Il a également dit qu'il se chargerait personnellement de la défense de toutes les personnes visées par la plainte du ministre de l'Énergie.

Les Kataëb, Daou et l'ordre des journalistes
De son côté, le député et chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, a annoncé qu'il comptait tenir une conférence de presse aujourd'hui. Mais le vice-président du parti, Sélim Sayegh, a toutefois laissé entendre dans une déclaration à l'agence al-Markaziya que « ni le parti ni Samy Gemayel n'ont encore été notifiés de quoi que ce soit », mais que de toute façon « n'importe quel citoyen peut saisir le pouvoir judiciaire, il n'y a donc pas de raison que le ministre de l'Énergie recherche la protection du ministre de la Justice » dans cette affaire.
M. Sayegh a ajouté que de tels agissements « nous renvoient à l'ère de la tutelle syrienne », avant de défier le ministre de l'Énergie de s'attaquer d'abord à ses alliés politiques – le parti Amal et les Forces libanaises – qui ont tous deux formulé des critiques très sévères à l'égard du plan adopté par le ministère.
Du côté de la presse, également visée par la plainte, l'ordre des journalistes a publié un communiqué dans lequel il a dit rejeter la volonté de certains de « faire porter à la presse le prix des divergences politiques ». « Nous refusons toute tentative de poursuivre un journaliste devant une autre instance que le tribunal des imprimés, sous quelque prétexte que ce soit », a annoncé l'ordre.
Le journaliste Nawfal Daou a écrit sur son compte Twitter que cette plainte « n'est pas une coïncidence » car elle vise les concurrents aux élections de ceux qui l'ont déposée. Et de s'interroger : « Quelle est la différence entre un massacre et une plainte qui vise 400 politiciens, journalistes et citoyens de l'opposition d'un seul coup ? »
Quant au mouvement « 14 Mars-On continue », auquel appartiennent M. Daou – mais aussi le journaliste Assaad Béchara, également visé par les poursuites – il a qualifié cette plainte de « crime politique » tendant à porter un coup à l'opposition.

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Saliba Nouhad

Étonnant le peu de commentaires pour une affaire aussi énorme!
En effet, cette histoire de barges-usines et des prix demandés est tellement scandaleuse et abusive, qu'on n'a pas besoin d'être un expert-comptable pour soupçonner des grosses magouilles sous-jacentes...
De plus, il est vraiment honteux qu'un ministre de la justice descende aussi bas et prenne parti dans un conflit aux retombées politiques évidentes.
En effet, on commence à ressentir une ambiance d'état totalitaire qui s'installe, a l'instar d'un passé qu'on pensait révolu.
Heureusement, qu'il y a encore certaines personnes intègres qui ont le courage de dénoncer les scandales à voix haute.

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