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Liban

Maha el-Khalil Chalabi, gardienne du patrimoine

Le portrait de la semaine

La présidente de l'Association internationale pour la sauvegarde de Tyr « revient sur son parcours atypique.

Yara ABI AKL | OLJ
29/05/2017

Il n'est ni évident ni commun qu'une personne mène seule un combat aussi dur que celui de la sauvegarde d'un patrimoine. Mais Maha el-Khalil Chalabi a pu relever ce défi grâce à sa détermination et sa foi en sa noble cause.

Ce n'est pas par hasard que Mme Chalabi s'est lancée dans cette bataille. Son background familial y est certainement pour quelque chose. Maha Chalabi est issue d'une des grandes familles chiites de Tyr. Elle est la fille de Kazem el- Khalil, ancien député de Tyr, proche de l'ancien président de la République Camille Chamoun, ancien vice-président du Parti national libéral (PNL), connu pour sa « ruse politique ». C'est lui qui a inculqué à sa fille l'amour du Liban et l'engagement à le servir. « Il me répétait sans cesse que Tyr flotte sur un trésor inouï, plus important que le pétrole, d'autant que celui-ci pourrait bien disparaître, indique Maha el-Khalil Chalabi. Il me disait que si Tyr dévoilait ses richesses archéologiques, elle jetterait les bases d'un développement durable », raconte-t-elle d'un ton nostalgique.

C'est donc à la lumière de cette réflexion paternelle que Maha el-Khalil Chalabi se lance dans la lutte pour la préservation du patrimoine de sa ville natale. Avec les excavations entreprises en 1972 par le directeur général des antiquités de l'époque, Maurice Chéhab, Tyr a réellement dévoilé une petite partie des trésors cachés sur lesquels elle « flottait ». Mais ce n'était là que la partie visible de l'iceberg, a estimé Maha el-Khalil Chalabi, diplômée en sciences sociales de la faculté française de médecine et en sciences politiques de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth. « J'étais convaincue qu'il fallait profiter de cet héritage de Tyr pour y investir à long terme, jetant ainsi les bases d'un processus de développement urbain durable dans cette belle ville du Liban-Sud, souligne Mme Chalabi. C'est pour cette raison que j'ai créé le Festival international de Tyr et reconstitué les courses de chars romains dans l'hippodrome de Tyr. »

Pour les générations futures

Mais le grand projet de développement de la ville auquel rêvait cette femme exigeait les compétences des plus grands ingénieurs du pays pour tenter de le réaliser sans porter atteinte à la richesse archéologique exceptionnelle de Tyr, tout en consacrant la ville comme un pôle d'attraction culturel et touristique de la Méditerranée. La guerre de 1975 a paralysé le projet. Mais l'amour indéfectible de Maha el-Khalil Chalabi pour sa ville natale l'a poussée à donner à son action une nouvelle dimension. Il s'agissait de garder Tyr loin des combats interpartisans qui risquaient de menacer son identité et son héritage. « Je me suis engagée auprès des plus grandes instances internationales pour donner à la ville un statut international en vue de lui épargner un sort tragique », indique-t-elle, avant de poursuivre : « J'ai réussi, seule, à obtenir la reconnaissance de Tyr comme patrimoine universel. » Mieux encore : le Conseil de sécurité des Nations unies et le Parlement européen ont reconnu Tyr comme « patrimoine exceptionnel pour les générations futures ».

Forte de ses accomplissements, Maha el-Khalil Chalabi décide alors de mener une nouvelle bataille : celle de classer Tyr sur la liste du patrimoine mondial. Encore un pari gagné. Mme Chalabi réussit même à y inscrire trois autres villes libanaises : Baalbeck, Jbeil (Byblos) et Anjar.

Si cette mère de trois enfants (Perry, Reem et Bachar) – dont elle se dit « extrêmement fière » – a créé l'Association internationale pour la sauvegarde de Tyr (AIST), devenue en 1982 organisation internationale non gouvernementale, et la Fondation de Tyr, elle ne tarde pas à donner à ses combats une couleur nationale. C'est ainsi qu'elle exerce un forcing pour pousser l'État libanais à ratifier la Convention de La Haye pour le patrimoine mondial. C'est aussi sur base de cette logique qu'elle met sur pied la Ligue des cités phéniciennes cananéennes et puniques, labellisée par le Conseil culturel de l'Union pour la Méditerranée et reconnue en 2015 par l'Unesco. Ce rassemblement de plus de 52 villes de la Méditerranée cherche à consolider des échanges entre des villes héritières d'un passé commun et partageant des valeurs communes. À cet égard, Mme Chalabi exprime un souhait qui lui est très cher : « Je désire profondément que le siège de la ligue soit situé à Beyrouth et parrainé par la municipalité de Beyrouth, dans la mesure où plusieurs villes libanaises ont adhéré à cette ligue. »

Politique politicienne...

Ce long et remarquable parcours de Maha el-Khalil n'a cependant pas été épargné par certaines considérations en rapport avec la politique politicienne qui marque le quotidien des Libanais. « En 1984, j'ai réussi à pousser l'Unesco à lancer une campagne pour Tyr. Mais cette initiative a été bloquée par Nabih Berry (le président de la Chambre) et son épouse Randa pour des raisons politiciennes », déplore Maha el-Khalil Chalabi.
Il reste qu'en dépit de cette contrainte, et alors que l'État fait preuve de défaillance dans ce domaine, c'est l'Unesco qui a récompensé sa grande partenaire pour sa lutte en faveur de la préservation du patrimoine. En 2016, l'Organisation a ainsi nommé Maha el-Khalil Chalabi ambassadrice de bonne volonté de l'Unesco. Un poste certainement bien mérité.


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Honneur et Patrie

Toutes mes félicitations pour l'activité envers sa ville de Tyr de Maha el-Khalil Chalabi, d'autant plus que j'ai connu son père Kazem el-Khalil l'un des rares libanais qui défendaient leur patrie libanaise envers et contre tous. Le Liban doit beaucoup à des gens de la trempe de Kazem el-Khalil tels Sami el-Solh et Mahmoud Ammar pour ne citer qu'eux.
Maha el-Khalil Chalabi, nous sommes fiers de vous.

EL KHALIL ABDALLAH

bravo Maha on est tous fier de toi

Tabet Ibrahim

Une grande dame et une initiative qui mérite d’être saluée

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