Culture

Pour ne jamais cesser de (re)tomber amoureux de Férial Karim...

Spectacle

Le large sourire de la « ghannoujé » manque aux Libanais. Ses chansons, sa présence sur scène aussi. Metro al-Madina* la fait revivre lors d'une soirée.

20/05/2017

Une très belle initiative que ce programme Metrophone, signé Hisham Jaber, qui prête les chansons de Ferial Karim à Yasmina Fayed pour rappeler aux Libanais à quel point cette femme était (et restera) une figure unique dans le paysage artistique libanais. Elle représentait les beaux jours du Liban, le farniente, la dolce vita... Toute la légèreté d'être dans une allure, dans des yeux et une frimousse qui ne craint pas de séduire tendrement, avec subtilité. Avec une voix aux teintes populaires, mais loin d'être vulgaire. L'acrobate du mot, du geste, savait jongler entre l'art de la scène et de la chanson, avec toujours des clins d'œil au public et ce perfectionnisme que tout le monde lui reconnaissait.

 

(Pour mémoire : Beyrouth la glorieuse renaît au « Bar Farouk » : chapeau l’artiste !)

 

De Véra à Férial
Le 4 juillet 1988, Véra Semaan (surnommée Férial Karim) tombe sur scène à cause d'une insuffisance cardiaque (comme l'avait souhaité Dalida dans sa chanson). Elle n'avait que cinquante ans. Comédienne et chanteuse libanaise, elle a été introduite très jeune au monde du spectacle par son père, grâce à sa cousine maternelle Alexandra Badran, connue et même très célèbre sous le nom de Nour el-Hoda. Cette dernière encourageait la sœur aînée de Férial, Isabelle, à poursuivre une carrière de chanteuse en Égypte. C'est finalement la petite Véra qui deviendra une vedette. Béchara, le père, ayant ainsi emmené ses deux filles au Caire, ne doutait pas que c'est la cadette, alors âgée de dix ans et appréciée de ses professeurs pour ses dons en imitation, qui allait attirer l'attention des producteurs de films égyptiens. Elle joue alors le rôle de Férial dans le film Sikkat salamah (La piste de la sécurité) et adopte ce nom pour surnom artistique. Ces bribes d'une vie empreinte d'humour et de chants sont racontés par le réalisateur de Metrophone, Hisham Jaber, en préambule au spectacle, pour réapparaître à plusieurs reprises sur scène, participant par instants à la performance de Yasmina Fayed.

 

 

 

 

Ce grand cœur...
Dans sa jeunesse, Vera avait été diagnostiquée d'une faiblesse cardiaque. Ses parents l'avaient entourée d'une affection particulière. En 1954, âgée de seize ans, elle épouse Mohammad Karim, un chanteur libanais, beaucoup plus âgé qu'elle et d'une religion différente. Mohammad Karim quitte alors sa carrière de chanteur et consacre sa vie à promouvoir le talent de son épouse. Le couple a vécu sept ans à Damas, période durant laquelle Férial Karim a foulé de nombreuses fois les planches. Sa sœur Isabelle, qui travaillait à la radio nationale, lui a présenté un scénariste, Mohammad Chami, avec qui elle a eu une coopération artistique de longue durée, commençant par Ya moudir à la radio et se terminant par el-Dunia heik à la télévision nationale libanaise. Elle a collaboré durant sa carrière avec Abou Salim el-Tabel (1962), et avec Mohammad Chamel (elle y campe une Zmorrod inoubliable).

Plus tard, en 1986, elle a incarné Nadia avec Ibrahim Maraachli dans la série Ibrahim effendi, avec qui elle forme un couple très sympathique. Pour la chanson, elle a travaillé avec Philémon Wehbé, Melhem Barakat et Élias Rahbani, qui lui ont composé des inoubliables Orly, Valentino, 3am biza3ilni Lello...
Monologuiste (le stand-up comedy n'existait pas encore), comédienne, mais aussi chanteuse, les notes caracolaient dans sa voix aux tonalités énamourées et boulevardiennes. Férial Karim avait du talent. Du talent à en revendre. Avec la gueule et les mimiques de Barbra Streisand, avec ses longues robes à jupons, elle incarnait la gouailleuse, l'amoureuse, la malicieuse au rire contagieux.

Elle seule pouvait tenir tête à Chouchou, le Sganarelle du théâtre libanais. Elle seule pouvait faire tomber le Maraachli dans ses filets.
Férial Karim devait savoir que le temps lui échappait puisqu'elle croquait la vie à belles dents. Personne ne l'a jamais vue boudeuse ou triste. En dépit de sa fatigue, les derniers jours, elle enchaînait performances et spectacles pour enfants, qu'elle aimait beaucoup. Et pourtant, si on cherche bien dans les archives, on ne retrouve pas grand-chose de celle qui a été la première dame rigolote du spectacle, celle qui a insufflé la joie de vivre aux Libanais. L'initiative de Hisham Jaber est plus que louable, car qui de mieux que Yasmina Fayed, chanteuse désormais rompue au genre du music-hall, pour refaire vivre l'unique Férial Karim ?

 

Metro al-Madina Hamra, mardi 23 mai.

 

Pour mémoire

Chanter, danser et boire avec Farouk, mais chez Bachir...

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Antoine Sabbagha

El dunia heik , elle avait raison cette Ferial inoubliable .

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