Campus

Les étudiants en pharmacie trop souvent confrontés à un marché du travail saturé

MARCHÉ DU TRAVAIL

Environ 500 nouveaux diplômés s'inscrivent chaque année à l'ordre des pharmaciens du Liban (OPL).

29/04/2017

« Le nombre de pharmacies au Liban est passé de 2 000 en 2005 à 3 000 aujourd'hui », précise Mike el-Alam, diplômé en pharmacie de la LAU en 2015. Le jeune pharmacien poursuit : « Cet accroissement du nombre d'officines, accompagné d'une augmentation du nombre des diplômés, a limité les opportunités d'emploi dans ce domaine. » Un avis partagé par Hady Hatem qui a obtenu son doctorat en pharmacie de l'USJ en 2012. Le jeune homme estime que « l'énorme concurrence due au grand nombre de pharmaciens rend le marché du travail sursaturé », et cela malgré « les vastes débouchés » offerts par le domaine pharmaceutique « en pharmacie officinale, clinique et hospitalière », mais également dans « la recherche, les bureaux scientifiques, l'industrie ou le marketing pharmaceutique... ».

N'ayant pas les moyens de démarrer sa propre pharmacie après l'obtention de son diplôme de la LAU en 2015, Jad Habib a passé dix mois à postuler dans des firmes pharmaceutiques. Sans succès. « Les difficultés que j'ai rencontrées sont dues à l'étroitesse du marché du travail », souligne-t-il. Après cette période d'attente, le jeune pharmacien réussit à trouver un poste dans le domaine de la prospection des médicaments. Mais il ne restera à son poste que trois mois. « Ce n'était pas ma vocation », explique-t-il. Aujourd'hui, le jeune homme travaille à temps partiel dans une pharmacie à Daroun, une expérience professionnelle dont il espère qu'elle l'aidera à démarrer sa propre officine lorsqu'il en aura la capacité.

Nadine Slaïby, également diplômée en pharmacie de la LAU en 2015, n'a pas réussi non plus à intégrer le marché du travail rapidement. Bien qu'elle ait les moyens d'ouvrir sa propre pharmacie, la jeune femme n'a pas voulu se lancer dans « ce projet à gros budget dans un marché devenu trop concurrentiel ». « Le nombre d'usines pharmaceutiques au Liban étant trop limité, les possibilités d'emploi y sont rares. Et du côté des hôpitaux, le travail est monotone et les salaires maigres », dit-elle.

Pour expliquer les difficultés que rencontrent les pharmaciens diplômés à trouver du travail, Mike el-Alam pointe du doigt entre autres « la réduction du pourcentage de gain du pharmacien sur les médicaments instaurée en 2005 », et la diminution récente, « aléatoire et sans avertissement » du prix des médicaments imposée par l'ancien ministre de la Santé Waël Bou Faour. Selon le jeune pharmacien, ces décisions ont eu un impact négatif sur certains propriétaires de pharmacie qui ont vu leurs capacités à embaucher de nouveaux pharmaciens réduites.

 

(Lire aussi : La pharmacie : un éventail de débouchés assez large)

 

Pour d'autres, c'est moins difficile
Si certains diplômés ont galéré pour trouver rapidement un emploi, d'autres ont directement intégré le marché du travail. Élie Samaha a débuté un stage rémunéré dans un hôpital à Achrafieh, deux semaines seulement après l'obtention de son diplôme en 2015. Pendant cette période, Élie a étudié la possibilité d'ouvrir sa propre pharmacie. Mais il s'est heurté à plusieurs obstacles. « Les prix très élevés des locaux, la distance de 300 m2 entre les pharmacies exigée par la loi et les escomptes proposés par certaines pharmacies pour garder les clients », énumère-t-il. Aujourd'hui, le jeune homme de 24 ans travaille à plein temps dans une pharmacie, « tout en postulant dans des entreprises pharmaceutiques » afin de trouver un emploi qui puisse satisfaire ses aspirations. « En attendant de pouvoir ouvrir ma propre officine, l'industrie pharmaceutique est le seul domaine dans lequel je peux évoluer », confie-t-il.

Lorsqu'elle a commencé ses études en pharmacie à l'USJ, Céline Kaï comptait ouvrir une officine dans l'immeuble que ses parents possèdent à Ballouné. Malheureusement pour elle, avant qu'elle n'ait l'occasion de réaliser son projet, une nouvelle pharmacie a ouvert ses portes en face de son bâtiment. Aujourd'hui, après un emploi à temps partiel dans une pharmacie, la jeune femme travaille dans la promotion d'un produit – qu'elle a réussi à importer elle-même d'Allemagne – pour le soin des pieds des personnes diabétiques. Indépendamment de la sursaturation du marché, Céline Kaï trouve que le problème majeur dont souffrent les diplômés réside dans le manque d'orientation professionnelle. « Le futur pharmacien doit effectuer des stages dans tous les métiers affiliés au domaine pharmaceutique afin de trouver la profession qui convient le mieux à son profil, surtout que les diplômés en pharmacie ne sont pas tous doués pour le travail officinal », explique-t-elle.

Les propos de la jeune femme sont illustrés par le témoignage de Hady Hatem qui a ouvert récemment une pharmacie à Naccache. Le parcours professionnel de Hady a débuté comme pour beaucoup de jeunes pharmaciens par la prospection de médicaments, avant de passer par le bureau scientifique d'une compagnie pharmaceutique et par l'enseignement universitaire. « Au cours de cette période, j'ai appris à connaître le marché du travail, et j'ai acquis la maturité et les compétences nécessaires pour démarrer ma propre entreprise. »

Afin de réduire les obstacles qui se dressent sur le chemin des diplômés en pharmacie, les interviewés prônent à l'unanimité une limitation du nombre annuel de diplômés en pharmacie. Ils soulignent aussi la nécessité d'empêcher l'ouverture de nouvelles facultés de pharmacie au Liban. Une multiplication des facultés serait une véritable catastrophe pour la profession, assurent-ils. « Être pharmacien est une mission qui vise l'amélioration de la santé de la communauté, quand c'est notre vocation on surmonte toutes les difficultés », assure néanmoins Hady Hatem sur une note optimiste.

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