Liban

Un club au pied du Nid d’oiseau à Byblos : le projet de la discorde ?

Urbanisme

La municipalité attend les réponses de la DGA et de l'Unesco avant de donner son accord.

27/04/2017

Le Diplomatic Club, restaurant et spa, pourrait s'installer sur un terrain privé appartenant à l'orphelinat Bird's Nest (Nid d'oiseau), géré par le catholicossat arménien de Cilicie, une zone attenante à l'une des plus anciennes cités du Liban, étroitement liée à l'histoire et aux légendes du bassin méditerranéen. Cette construction particulièrement sensible a enflammé les réseaux sociaux et complique assez les relations entre le conseil municipal de Jbeil et le développeur, l'ancien ministre Jean-Louis Cardahi. Le projet, estimé à plus de 12 millions de dollars, attend toutefois l'accord de la Direction générale des antiquités (DGA) qui, elle, attend le feu vert de l'Unesco.

Qu'en est-il des enjeux environnementaux et des dangers potentiels sur le patrimoine ? « L'évaluation environnementale a été réalisée le plus en amont possible », dit l'ancien ministre Cardahi. « Nous avons débloqué une enveloppe de 200 000 dollars pour des investigations scientifiques qui ont été menées par Assaad Seif et Fadi Beaïno. La prospection au sol continuera jusqu'aux couches les plus anciennes. Jbeil étant vouée au tourisme culturel, notre programme participe à cette vision. Si des vestiges sont découverts, ils constitueront un plus indéniable pour le projet », estime-t-il. Il précise que l'architecture du projet a été entièrement revue, pour permettre tout à la fois de préserver et de valoriser le patrimoine. « Des plans régressifs, des aménagements légers ont même été établis pour ne pas endommager le sous-sol. »

« Il ne s'agit pas d'un mégaprojet, indique l'architecte Galal Mahmoud. Sur les 20 000 m2 du terrain, il y a moins de 1 000 m2 de construction. L'impact du landscaping est minime. Le dessin conçu répond à l'hypothèse de la présence en sous-sol d'un bassin ayant appartenu au port antique de Byblos. » D'où « la conception d'un plan de masse qui épouse la forme en demi-arc du bassin naturel », ajoute l'architecte. « Nous faisons un projet de qualité, respectueux de l'environnement et intégré à l'échelle de la ville. » D'autre part, Galal Mahmoud dit n'utiliser que les matériaux de la région, la pierre de sable, le bois et le galet, et s'inspirer du vocabulaire architectural de la citadelle. Il donne pour exemple l'appareillage en arête de poisson des murs de terrassement.

 

(Pour mémoire : Le port de Byblos et sa zone côtière en péril...)

 

Franchise et clarté
Quant à Martine Francis Allouch, archéologue terrestre et subaquatique, elle tient pour acquise la localisation du bassin antique sur le site. « Les travaux menés avec l'égyptologue Nicolas Grimal, dans le cadre du programme "Byblos et la mer", ont apporté plusieurs éléments confirmant l'emplacement du bassin portuaire », dit-elle. « C'est par prospection géophysique et par sondage par carottage qu'ont été visualisées et datées les couches d'installation enfouies à plusieurs mètres de profondeur, par ensablement : remblai de rivières et de mer, remontée du niveau de la mer, rehaussement du littoral à cause des tremblements de terre, froissement de la côte dû aux mouvements des plaques tectoniques », explique-t-elle. Elle ajoute qu'a priori le projet n'a pas d'effet néfaste sur l'installation portuaire, et pour poursuivre son exploration et atteindre la zone archéologique, il faut plonger et suivre les galeries d'eau.

Toujours est-il qu'un archéologue, proche de la DGA et tenant à garder l'anonymat pour éviter toute polémique auprès du conseil municipal de Jbeil, explique que « si archéologie il y a, celle-ci est logée à huit mètres de profondeur, et la construction se fera sur des remblais de deux mètres de haut. Ce qui permet d'affirmer sans ambiguïté et scientifiquement que le terrain est constructible. Parler de destruction est par conséquent chimérique ».

 

(Pour mémoire : Qui du béton ou du patrimoine l'emportera?)

 

Serge Yazigi, architecte-urbaniste et directeur de Majal, observatoire académique de la construction et reconstruction établi au sein de l'Institut d'urbanisme de l'ALBA-Université de Balamand, a contribué à l'élaboration du dossier envoyé à l'Unesco. Selon lui, « le projet essaye de se faire dans les règles de l'art et en respect de toutes les contraintes liées à la valorisation d'un site attenant à une zone classée patrimoine mondial. Toutefois, cela (la situation) nécessite un climat rationnel et objectif pour envisager les solutions au mieux de l'intérêt public et privé. Pour une fois qu'il y a un développeur qui s'engage à élaborer un projet et à le gérer en conformité avec les résultats scientifiques, il revient à tous les acteurs de jouer le jeu avec franchise et clarté ».

Fait-il allusion aux membres du conseil municipal de Jbeil qui, dit-on, prennent pour alibi l'archéologie pour s'opposer au projet de leur adversaire politique ? Le vice-président Yacoub Barak refuse de commenter. « C'est un sujet que nous discutons uniquement au sein du conseil, il a déjà assez enflammé les réseaux sociaux et les médias. » Il propose toutefois de contacter Tony Sfeir, qui connaît très bien le dossier. Ancien membre de la municipalité et proche du conseil actuel, M. Sfeir réfute tout antagonisme. « Le président du conseil municipal de Byblos, Ziad Hawat, est souple avec Jean-Louis Cardahi. Son seul objectif est de protéger le patrimoine. Avant d'entreprendre la construction, il faudra attendre les résultats des excavations et la réponse de l'Unesco. Or ils ont remblayé le sol et les travaux ont commencé. Les murs de terrassement atteignent cinq à six mètres. Le projet présenté est attractif et esthétique, mais sait-on jamais comment il finira ? En mégaprojet peut-être ! » M. Sfeir rappelle d'autre part que dans les années 50 et 60, la DGA avait exproprié tous les terrains des alentours des ruines, mais celui-ci étant la propriété du catholicossat, elle n'a jamais pensé qu'il pourrait faire l'objet d'une construction.

 

(Lire aussi : Découvrir Jbeil autrement)

 

Deuxième phase
Lancé « à la demande pressante du patriarche Aram Ier », comme le signale Jean-Louis Cardahi, le Diplomatic Club n'est que la première phase d'un projet qui englobe tout un programme : la rénovation des bâtiments de l'orphelinat, ainsi que la restauration « à l'identique » du Danish Hall, ancien dortoir des orphelins transformé au cours des décennies en théâtre, en infirmerie et en chapelle. Ces rajouts ont été dégagés et la toiture en Eternit, dont la concentration en amiante est jugée dangereuse pour l'homme, remplacée par de la tuile romaine. Le bâtiment, qui sera réaménagé en restaurant, retrouvera sa structure originale et ses poutrelles en bois. De même, une nouvelle église qui respecte les canons de l'art sacré arménien sera construite. Quant au cimetière, il ne sera pas déménagé. Il constitue une page de l'histoire des Arméniens et est donc intégré au programme du projet.
Les bénéfices générés par le Diplomatic Club permettront par la suite d'assurer l'entretien de toutes ces bâtisses, le musée Aram Bezikian y compris.

 

 

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Marionet

Vous criez que les bénéfices serviront à entretenir le patrimoine arménien de jbeil, voulez-vous dire que ce projet est non lucratif? Merci de clarifier ce pont parce que ça change tout!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DISCORDES IL Y A PARTOUT ET EN TOUT... LA BETISE DE RAMLET EL BAYDA SE REITERE ! ET AINSI ON BATIT AU LIBAN...

Irene Said

"...et les travaux ont commencé..."

comme toujours, dans notre pays, repaire de tous les mafieux corrompus.
Et bientôt le cirque des autorisations ou interdictions, suivies de fermeture de chantier, de re-ouverture "en attendant" tel ou tel avis, ou résultat d'investigations de toutes sortes..etc.

Allez pour finir ce seront à nouveau, dans notre beau pays, les dollars qui gagneront,
et au diable le précieux patrimoine du pays !
Irène Saïd

George Khoury

solidere nous avait bassiné d'un projet dans l'ame de Beyrouth, que ca sera joli, pas trop haut, etc...ils ont commence a batir de petites batisses, plutot reussies....maintenant c'est la jungle, des tours horribles, hautes, la place des martyres ceinturee d'immeubles et bientot elle finira par etre une ruelle des martyrs...

tout au Liban commence avec un petit projet respectueux de l'environement, toiture rouge...etc...et puis on decapite la montagne, on fait un tiers projet residentiel (de luxe de preference), un tiers kessara et finalement un tiers decharge radioactive

Voila a quoi s'attendre avec ce projet dans 20 ans si il est mis a execution

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