Moyen Orient et Monde

Avant le droit au retour, il faut sauver la solution à deux États

Conflit israélo-palestinien

Le sommet arabe sur la mer Morte, la semaine dernière, a appelé à régler le problème des réfugiés, tout en réhabilitant la déclaration de paix de Beyrouth.

03/04/2017

Assistons-nous à une nouvelle évolution de la Ligue arabe face à Israël? La déclaration finale du sommet arabe qui a eu lieu la semaine dernière à Sweimeh, sur la mer Morte, réaffirme l'attachement « à la solution à deux États et au droit de l'État de Palestine à recouvrer sa souveraineté sur les territoires occupés en 1967, y compris Jérusalem-Est », et ce dès le début du communiqué final. Le texte appelle en outre à une paix juste et globale fondée sur la déclaration de Beyrouth de 2002, qui « veille à résoudre les questions du statut final, et notamment à régler le problème des réfugiés » palestiniens, en vue de « procurer la sécurité, l'acceptation et la paix à Israël avec tous les pays arabes ».

Pour des observateurs qui suivent le conflit israélo-arabe depuis des décennies, l'omission de la mention explicite du « droit au retour », remplacée par « régler le problème des réfugiés », est une première, et dénote une évolution claire dans le sens voulu par Israël. En effet, le droit au retour est une des revendications fondamentales des Palestiniens, et ce depuis le début du conflit. C'est aussi une des plus controversées et problématiques, puisque l'État hébreu refuse catégoriquement le retour sur son territoire des Palestiniens ayant fui leur terre suite à la guerre de 1948, mais aussi lors de la guerre des Six-Jours, en 1967. L'exode de 1948 concerne environ 720 000 Arabes sur les 1 200 000 qui peuplaient la Palestine à cette époque. À ceux-ci s'ajoutent près de 300 000 supplémentaires qui fuirent la Cisjordanie en 1967. Leurs descendants se chiffrent aujourd'hui à plus de 4 000 000 de personnes.

Les Palestiniens, et par la suite les Arabes, ont fait ainsi du droit au retour leur cheval de bataille, en s'appuyant sur la résolution 194 de l'Assemblée générale des Nations unies adoptée le 11 décembre 1948 (qui n'a pas de valeur juridique contraignante) et qui stipule « qu'il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers (...) ». En 1974, l'Assemblée générale adopte la résolution 3236 qui réaffirme le « droit inaliénable des Palestiniens de retourner dans leurs foyers et vers leurs biens d'où ils ont été déplacés et déracinés, et demande leur retour ».

Selon Sakr Abou Fakhr, chercheur au Centre d'études palestiniennes et au Centre arabe de recherche à Beyrouth, interrogé par L'Orient-Le Jour, l'omission du communiqué final du sommet de la mer Morte est « nuancée par la réaffirmation de l'offre de paix arabe formulée par la déclaration de Beyrouth, qui appelle à une solution au problème des réfugiés palestiniens selon la résolution 194. Cette dernière mentionne explicitement le droit au retour ».

Il convient par ailleurs de noter l'appui ferme à la déclaration de Beyrouth. Cette offre de paix faite à Israël par les Arabes est importante à plusieurs niveaux. D'abord, elle a été lancée à partir du Liban qui était sous tutelle syrienne. Damas a tenté à plusieurs reprises d'enterrer cette initiative, mais sans succès. La réhabilitation de la déclaration de Beyrouth, la semaine dernière en Jordanie, illustre son importance et son message toujours d'actualité, malgré les pressions du régime syrien et le refus d'Israël.

 

(Lire aussi : Les Arabes attachés à la solution des deux États sur le conflit israélo-palestinien)

 

Le mot à dire du Liban
Ensuite, l'offre de paix présentée en 2002 prône la solution à deux États, un israélien et l'autre palestinien. Ce principe officialisé lors de la conférence d'Annapolis aux États-Unis en 1997, pour résoudre le conflit israélo-palestinien, et accepté par les deux parties, est aujourd'hui mis à mal par le président américain Donald Trump, mais aussi par une politique offensive du gouvernement de droite de Benjamin Netanyahu, qui appuie un mouvement sans précédent de colonisation en Cisjordanie. D'ailleurs, l'État hébreu a donné pas plus tard que jeudi dernier son feu vert pour la construction d'une nouvelle colonie – une première depuis 1991.

Pour Jean-Paul Chagnollaud, directeur de l'Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient (Iremmo), « la conjoncture actuelle est telle qu'il faut sauver d'abord le principe des deux États ». En effet, la résolution du problème des réfugiés devrait être au cœur des discussions entre Israéliens et Palestiniens, « mais on est bien loin des négociations de paix actuellement », rappelle-t-il, interrogé par L'OLJ. M. Chagnollaud estime ainsi qu'il faut nuancer l'omission du droit au retour, si tant est qu'elle ait été voulue, puisque la priorité est actuellement au principe des deux États. Pour ce qui est du principe du droit au retour, il estime que les Palestiniens sont très « pragmatiques ». Le sujet a, en effet, été traité lors des accords d'Oslo en 1993.

Les Palestiniens sont plus enclins actuellement au retour symbolique d'un petit nombre à leur foyer sur le territoire actuel d'Israël. Les autres pourront retourner s'installer dans le futur État de Palestine, comme le veut Israël. Et pour ceux qui ne retourneront pas, Oslo a largement mis l'accent sur d'éventuelles compensations. Sachant qu'au-delà d'un accord entre Israéliens et Palestiniens, les États qui hébergent ces millions de réfugiés auront leur mot à dire, puisque certains, comme le Liban, refusent l'implantation et la naturalisation des réfugiés dans leur pays d'accueil.

Reste à savoir si le gouvernement israélien actuel va, encore une fois, faire la sourde oreille, ou bien s'il profitera de la main tendue des Arabes, surtout que les deux parties luttent aujourd'hui pour éloigner la menace iranienne sur le Proche-Orient. Une menace qui a été d'ailleurs au centre des inquiétudes du sommet de la Ligue arabe sur la mer Morte.

 

Repère

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Chammas frederico

Attention, Danger!
Au fond, partant du principe que la personne humaine est "la valeur absolue" on est conduit à dire que le vainqueur à terme sera "la démographie différentielle" entre les deux populations...nonobstant la différence "astronomique" du niveau de développement scientifique et économique...

Mais cette "valeur humaine" ne pèse pas encore assez lourd dans le comportement des "grands de ce monde"...qui font encore barrière à la vraie démocratie...

Attention Danger! La démocratie pourrait triompher!, cette démocratie de tous les dangers pour certains

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE HEZB COMBAT EN SYRIE, EM IRAQ, AU YEMEN ET MEME A BAHREIN... QU,IL RAPPELLE SES FORCES ET QU,IL ATTAQUE... SI C... IL Y A ... ISRAEL !

M.V.

Donc ,dans cette hypothèse , l'abrogation des accords du Caire ..est un passage obligé....

Ma Fi Metlo

Beaucoup de mots , grands mots ou petits mots , en fait ces mots sont faits pour noyer le poisson , détourner les esprits de la vraie solution .

ET IL N'Y EN A QU'UNE ET UNE SEULE DE SOLUTION , SE BATTRE AVEC TOUTES LES ARMES ET LES FORCES DES PAYS ARABES .

QU'ON NE VIENNE PAS NOUS DIRE C'EST IMPOSSIBLE, ON VIENT DE VOIR QUE LES ARABES POUVAIENT SE COALISER POUR ATTAQUER LE YÉMEN, LA SYRIE ET RÊVENT DE LE FAIRE CONTRE L'IRAN ,ALORS POURQUOI PAS CONTRE ISRAËL?

De quoi auraient ils peur? De mourir ? Mais ils meurent bien pour défendre l'état usrpateur D'USURPIE en s'attaquant aux seules forces qui ont botté le cul de ses envahisseurs au Liban. A SAVOIR LE HEZB RÉSISTANT ET SES ALLIÉS D'IRAN ET DE SYRIE .

DIMONAMMONIAQUE, YAKHONT WOU BASS ....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES ARABES SONT LES FOSSOYEURS DE LA PALESTINE...

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