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Une étudiante du Burkina Faso lauréate du Championnat international de débat francophone

Distinction

Deux heures durant, les jeunes participants venus du Liban, de France, de Jordanie, du Maroc, de Tunisie et du Burkina Faso ont tenu en haleine le public et le jury.

24/03/2017

« Protéger les anciennes colonies : aide ou ingérence ? » Tel était le sujet de la finale du Championnat international de débat francophone qui a eu lieu le 17 mars au sein de ce prestigieux lieu historique qu'est la Résidence des Pins de Beyrouth. Le championnat, organisé par l'USJ, en partenariat avec la direction régionale Moyen-Orient de l'Agence universitaire de la francophonie (AUF), a réuni plus de 50 étudiants, sélectionnés dans les différentes universités francophones du Liban, de France, de Jordanie, du Maroc, de Tunisie et du Burkina Faso. Les participants se sont prêtés au jeu-débat tout au long de la semaine et huit étudiants ont été sélectionnés pour débattre la finale.
« L'art de bien débattre, c'est pouvoir communiquer, contredire, échanger, persuader, des idées et des pensées de manière respectueuse, sans en être vraiment convaincu soi-même », a lancé Élie Ziadé, président de la Fédération francophone du débat au Moyen-Orient, lors de son mot d'ouverture. « Mais pour pouvoir communiquer, il faut une langue commune. Et, aujourd'hui, le français est une langue de culture parlée par plus de 300 millions de personnes à travers le monde, malgré l'anglais qui reste incontestablement la langue de travail et de communication internationale », a renchéri Hervé Sabourin, directeur régional de l'AUF au Moyen-Orient.
Deux heures durant, les jeunes participants ont tenu en haleine le public et le jury formé de : Mattéo Maestracci, étudiant à l'IEP-Sciences Po Paris, ancien vice-président et cofondateur de la Fédération française de débat et d'éloquence ; Christine Babikian Assaf, doyenne de la faculté des lettres et des sciences humaines à l'USJ ; Hervé Sabourin, directeur de l'AUF au Moyen-Orient ; Véronique Aulagnon, directrice de l'Institut français du Liban et première conseillère à l'ambassade de France ; et Fady Yarak, président du jury et représentant du ministre de l'Éducation.

Place au jeu !
Deux équipes formées de quatre orateurs qui s'opposent : d'une part, « un gouvernement » composé d'un Premier ministre, deux ministres et d'un secrétaire général et, d'autre part, « l'opposition », qui comprend un chef de l'opposition, deux députés et un secrétaire général. Leur but : convaincre le jury de la cause qu'ils défendent en utilisant l'art oratoire, l'éloquence, l'argumentation et la persuasion. « Ils peuvent choisir le ton qu'ils veulent, être sarcastiques, ironiques, mais rester toujours courtois et polis », souligne Élie Ziadé en énonçant les règles spécifiques du débat.
Le Premier ministre du gouvernement, joué par une étudiante française, se lève alors pour convaincre le public et le jury de « l'action du gouvernement qui s'engage à protéger par tous les moyens ses anciennes colonies ». Elle aura six minutes de paroles pour convaincre, avec une minute « protégée » au début et à la fin, qui empêche l'équipe adverse d'intervenir. « Protéger une ancienne colonie n'est pas nécessairement la recoloniser comme le laisse entendre l'opposition, dira-t-elle d'une voix ferme. La protection d'un pays, ce n'est pas le dominer, mais l'aider à devenir ultérieurement autonome lorsque le peuple n'est pas encore prêt à s'autogouverner ! » Le chef de l'opposition se lève à son tour. Révolté, il attaque et exprime « la profonde indignation que les citoyens éprouvent face à cette ingérence honteuse, un siècle plus tard, qu'ils qualifient de néocolonialisme et qui va à l'encontre des valeurs fondamentales de leur pays ».
Tantôt hués par le public, tantôt applaudis, les parlementaires de l'opposition démontreront en quoi cette « ingérence dans les affaires d'un peuple est semblable à la première colonisation il y a plus d'un siècle, c'est-à-dire toujours couverte sous le masque hypocrite de la civilisation et de la protection ». Ils soulèveront « les coûts économiques faramineux et les conséquences désastreuses de cet action pour leur pays ». Ils parleront de « scandale venant d'un État protecteur des droits de l'homme et des valeurs bafouées que cet acte engendre ». Puis les membres du gouvernement reprendront à leur tour leurs arguments, pour légitimer cette protection mettant en avant « les avantages économiques et la prospérité qu'engendre cet acte, à l'instar de l'Inde qui a vu son économie progresser grâce à la colonisation anglaise ». Ils parleront de « dettes à la fois humaines, morales et historiques envers ces pays ». « Ces anciennes colonies nous en voudront si en tant que gouvernement responsable nous leur tournons le dos, au lieu de leur tendre la main », dira Salimata Nah Traore du Burkina Faso, la voix portée par l'émotion.

Et le gagnant est...
Au bout de deux heures d'un intense débat, le jury se retire pour délibérer. L'ambassadeur de France, Emmanuel Bonne, remet alors aux 50 candidats un certificat de participation, puis le président du jury, Fadi Yarak, nomme les deux finalistes qui ont fait l'objet d'une mention spéciale et suscité très sérieusement le doute auprès du jury, par leur qualité oratoire et leur argumentation : Baptiste Ménard et Mehdi Chalah, dans le rôle des 3e et 4e députés de l'opposition. Mais c'est à Salimata Nah Traore du Burkina Faso, dans son rôle de représentante du peuple au sein du gouvernement, qu'est revenu le titre du vainqueur du Championnat international de débat francophone 2017, pour son émouvante prestation teintée d'émotions très sincères et qui a le plus convaincu le jury.

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