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Moyen Orient et Monde

Le régime syrien déstabilisé au cœur de Damas

Décryptage

Malgré la contre-offensive, l'attaque des forces rebelles et jihadistes dans l'est de la capitale est un coup dur pour les forces loyalistes.

21/03/2017

Accepter la reddition au régime de Bachar el-Assad ou continuer le combat par tous les moyens : l'opposition syrienne armée a, pour l'instant, choisi la seconde option. Largement affaiblis par leur défaite à Alep, les rebelles et jihadistes ont démontré au cours de ces derniers jours qu'ils pouvaient encore faire pression sur les forces loyalistes sur le plan militaire. Une coalition regroupant des combattants de l'Armée syrienne libre (ASL), du groupe salafiste Ahrar el-Cham et des jihadistes du Front Fateh el-Cham (ex-branche d'el-Qaëda en Syrie, rebaptisée Hayat Tahrir el-Cham) ont lancé dimanche une offensive surprise dans l'est de Damas.

Grâce à deux voitures piégées et plusieurs kamikazes, les attaquants avaient pendant quelques heures pénétré dimanche dans le quartier des Abbassides, dans le centre de Damas, se rapprochant ainsi le plus du cœur de la capitale depuis deux ans. L'attaque est partie de Jobar, quartier de l'est de la capitale et adjacent aux Abbassides. Grâce à cette avancée, les jihadistes et leurs alliés ont pu brièvement faire la jonction entre Jobar et le quartier de Qaboun, plus au nord, qui subit les bombardements du régime malgré l'accord de cessez-le-feu parrainé par la Russie et la Turquie. L'offensive aurait été précipitée par le fait qu'une partie des rebelles étaient prêts à déposer les armes à Qaboun. L'attaque éclair était destinée à ouvrir un nouveau front pour soulager les insurgés actuellement bombardés par le régime, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Mais les forces du président Bachar el-Assad ont rapidement lancé une contre-offensive qui leur a permis de faire reculer les insurgés, notamment grâce à leur supériorité militaire dans les airs. « Nous avons réussi à reprendre la quasi-totalité des positions où les rebelles avaient avancé hier (dimanche) », a indiqué une source militaire à l'AFP. « Nous voulons maintenant repousser encore ces groupes liés à el-Qaëda », a-t-elle indiqué.

 

 

 

Contre-offensive
« Le régime et ses alliés ont mené une contre-offensive et repris 70 % des positions capturées par les rebelles mais les combats se poursuivent dans la partie située entre Qaboun et Jobar », a indiqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH, qui précise que les combats de dimanche ont provoqué la mort d'au moins 26 combattants prorégime et de 21 rebelles ou jihadistes.

Après de multiples frappes aériennes hier matin, les raids aériens se sont poursuivis dans l'après-midi mais avec moins d'intensité, à mesure que l'armée avançait. D'après l'OSDH, il n'était pas clair si les frappes aériennes étaient menées par l'aviation du régime ou par celle de son allié russe. Le secteur de la place des Abbassides, survolé par des avions, avait retrouvé lundi une animation quasi normale, avec la réouverture des routes et des habitants attendant le bus, ont constaté des correspondants de l'AFP. Mais le bruit de tirs et de bombardements pouvait être entendu et des écoles ont annoncé qu'elles restaient fermées.

 

(Lire aussi : Guerre en Syrie An VI : que reste-t-il de l'État syrien ?)

 

Malgré la contre-offensive du régime, l'attaque des forces rebelles et jihadistes est un coup dur pour Bachar el-Assad. Si elle ne paraît pas en mesure de défendre le terrain acquis, l'opposition armée démontre qu'elle peut encore déstabiliser le régime en son cœur et l'obliger à rester mobilisé dans les zones récupérées. Le story telling qui présente le régime comme le seul capable d'assurer la sécurité des habitants de la « Syrie utile » pourrait en prendre un coup. Déjà touché par des attentats-suicides il y a quelques jours, dont l'un a fait 74 morts dans la vieille ville et a été revendiqué par le Front Fateh el-Cham, Damas, relativement épargné par la guerre jusqu'à maintenant, a été au cœur des derniers affrontements entre rebelles et régime, notamment à Wadi Barada, au cours de ces derniers mois.

Les combats dans l'est de Damas témoignent également de la fragilité des négociations de paix parrainées par Ankara, Moscou et Téhéran. Le fait que le régime ne montre aucune volonté de négocier avec l'opposition, ajouté au non-respect du cessez-le feu par les forces loyalistes, semble avoir convaincu les rebelles de passer à l'action. Si les jihadistes ont toujours dénoncé les négociations d'Astana et de Genève, les groupes rebelles y avaient quant à eux pris part avant de boycotter le dernier round dans la capitale du Kazakhstan.

De nouvelles négociations intersyriennes doivent avoir lieu jeudi à Genève, sous l'égide de l'ONU, en présence de représentants du régime de Bachar el-Assad et de l'opposition. D'après Bachar al-Jaafari, chef de la délégation du régime aux pourparlers, « les dernières attaques terroristes à Damas (...) et ailleurs en Syrie visent à faire pression sur le gouvernement syrien avant Genève », dans une interview avec la télévision d'État. Cela contribue en tout cas à radicaliser les deux camps et conforte la stratégie du régime qui consiste à paralyser les négociations.

 

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Ma Fi Metlo

Je ne sais pas pourquoi vous êtes le seul à jubiler de ce genre d'infos, alors que partout ailleurs on en fait mention dans des colonnes " faits divers ".

Pour quelqu'un qui avait pronostiqué la victoire de hyllarie aux usa et qui s'est planté méchamment vous êtes un peu dur de la feuille MR Samrani .

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