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Nos lecteurs ont la parole - Par Maître Carol Saba

Cent ans déjà, la révolution russe, un événement dantesque, un séisme qui irradie toujours !

« La Russie se couvrira de brouillard... La mer se démontera, et le théâtre s'effondrera... » Paroles visionnaires de Dostoïevski, écrites en 1871 dans son ouvrage Les Démons. Des paroles qui prédisent l'imminence des grands bouleversements que déclenche, dans ce pays de l'immensité qu'est la Russie, la révolution de 1917 qui a plongé l'ancien empire des tsars pendant cinq ans dans une tragique guerre civile.
Février 1917, la Russie tsariste de Nicolas II vient de basculer dans la révolution suivie, en octobre 1917, d'une révolution dans la révolution. Le coup d'État bolchevique vient de mettre la main sur le pays des quatre saisons. On connaît la suite.
Cent ans après, les écrits commémoratifs de cet « événement dantesque » qui a changé la face du XXe siècle fusent ici et là, éclairant, notamment à partir des archives russes, britanniques et françaises, les contours complexes et traumatisants de ce qui, en partie, fut une guerre civile.
Le livre que vient de publier à ce propos Alexandre Jevakhoff, La guerre civile russe, 1917-1922, aux éditions Perrin, est une exceptionnelle fresque historique, passionnante et tout autant dépassionnée, richement documentée par l'excavation de plusieurs archives notamment russes, alimentée et nourrie par une bibliographie impressionnante.
Février 1917, un théâtre d'ombres et de lumières vient d'éclater au grand jour dans cette Russie éternelle, telle qu'aimait la qualifier le général de Gaulle. Dans cette Russie à la fois temporelle et intemporelle qui intègre, transcende et dépasse tous les contrastes, sans cesse étouffés et sans cesse alimentés. Les contradictions d'une grande nation où, dit-on, « bonheur et malheur ne cessent d'entretenir des relations compliquées », une nation où se côtoient et, parfois, copulent ensemble le bien et le mal, la beauté sublimée et la laideur toute incarnée, le bonheur et le malheur.
Cette ambivalence qui fait partie intrinsèque de la personnalité russe a éclaté au grand jour lors de la révolution de février 1917, un séisme dont on ne peut comprendre les irradiations et traumatismes, qui se poursuivent à ce jour, que si on visite les racines des ambivalences meurtrières russes qui étaient en gestation depuis le règne du tsar Alexandre II, celui-là même qui abolit le servage en Russie et le paya de sa vie, mort assassiné, en passant par le règne d'Alexandre III, puis de son fils, Nicolas II. Ce dernier, un autocrate de droit divin, ne pouvait, de bonne foi, se concevoir autrement que dans ce rôle de dépositaire légitime et fidèle de cette mission messianique qu'il a reçue de ses prédécesseurs, les Romanov. Cette famille de tsars dont il a fêté en 1913 le 300e anniversaire de son accession au trône de Russie, trône de l'aigle byzantin à deux têtes, lors des solennités de cet événement fondateur de la Russie impériale, placées sous la houlette d'une figure de marque du monde orthodoxe, le patriarche grec-orthodoxe d'Antioche, Grégoire IV, invité spécialement pour les présider.
Nicolas II était peu préparé à affronter les bouleversements en marche d'un monde en pleine mutation depuis Alexandre II, où se mélangeaient, bouillonnaient et s'affrontaient, depuis ce milieu du XIXe siècle, les grandes idées du messianisme traditionnel religieux russe et celles du socialisme ambiant, en germe et en gestation en Europe, un socialisme messianique lui aussi, promettant aux peuples liberté, affranchissement, fraternité, solidarité et dépassement des inégalités! Face à ce « grand brouillard » qui s'élevait, dont parlait Dostoïevski dès 1871, Nicolas II n'a pas su faire évoluer la monarchie vers une monarchie constitutionnelle, et ce malgré l'introduction de la Douma, et malgré le fait que la Russie constituait, à la veille de la révolution de 1917, avec son industrie métallurgique en développement et son réseau routier et ferroviaire qui reliait les quatre coins de l'empire et cimentant l'unité de son territoire, une puissance prospère qui connaissait une véritable embellie économique, une attraction pour les investisseurs étrangers qui se bousculaient pour souscrire aux emprunts russes lancés en France et ailleurs. L'alerte de 1905 n'a pas arrêté le cours de l'histoire. Un déterminisme était en marche. La révolution devenait inéluctable.
Historien et haut fonctionnaire français, marguillier (administrateur civil, laïc) de la cathédrale orthodoxe russe Saint-Alexandre Nevsky à Paris, grand spécialiste de la Russie d'hier et d'aujourd'hui, Alexandre Jevakhoff nous introduit pas à pas dans cette fresque où s'opposent « les rouges, partisans de la révolution mondiale et d'une dictature du prolétariat aussi messianique que totalitaire ; les blancs, combattant d'abord et avant tout pour la défense de la patrie russe ; les paysans, essentiellement préoccupés par la propriété de la terre ; les Alliés et les Allemands, pour lesquels la Russie n'est qu'un théâtre de rivalités et d'intérêts ».
Les événements et les acteurs se succèdent et s'emboîtent sous la plume diserte, alerte et experte de ce descendant de la noblesse russe, aujourd'hui resté pleinement russe dans l'âme, tout en étant pleinement français. Il s'agit là d'une fresque qui se lit, aussi, comme un roman historique où s'emboîtent avec brio, les unes dans les autres, les poupées russes de la grande et de la petite histoire. Une fresque qui témoigne avec intelligence humaine « l'immensité et la diversité d'un champ de bataille où se déroule une guerre de mouvement, où s'impose un système terroriste, où s'affrontent des hommes que tout semble opposer ». Dans son livre, Alexandre Jevakhoff nous renseigne sur les contours complexes et traumatisants de cet « événement dantesque » qui a changé la face du XXe siècle. Il est l'auteur entre autres de plusieurs ouvrages sur la Russie : Le Roman des Russes à Paris aux éditions du Rocher, Les Russes blancs aux éditions Texto. Il est également un des spécialistes français de la Turquie kémaliste, avec son ouvrage biographique de référence sur le père fondateur de la Turquie, Kémal Ataturk, aux éditions Texto.
Je signale in fine, aussi, à l'occasion de ces cent de la révolution en Russie, la publication par Victor Loupan, journaliste et éditeur français, auteur de plusieurs ouvrages de référence sur la Russie et le monde communiste, une des voix orthodoxes de Radio Notre Dame, du livre Une histoire secrète de la révolution russe, aux éditions du Rocher. Il s'agit là d'un « récit rigoureux qui prend parfois des allures d'enquête policière, voire de roman d'espionnage... qui nous fait passer des caves de la Tcheka aux salons feutrés de Wall Street, des geôles sibériennes aux cafés de la mode des capitales européennes ». C'est la part « invisible de la révolution russe » qui défile page après page et « ouvre des portes restées fermées jusqu'ici ».

Maître Carol SABA
Avocat au barreau de Paris, responsable de la communication de l'Assemblée des évêques orthodoxes de France

« La Russie se couvrira de brouillard... La mer se démontera, et le théâtre s'effondrera... » Paroles visionnaires de Dostoïevski, écrites en 1871 dans son ouvrage Les Démons. Des paroles qui prédisent l'imminence des grands bouleversements que déclenche, dans ce pays de l'immensité qu'est la Russie, la révolution de 1917 qui a plongé l'ancien empire des tsars pendant cinq ans dans une tragique guerre civile.Février 1917, la Russie tsariste de Nicolas II vient de basculer dans la révolution suivie, en octobre 1917, d'une révolution dans la révolution. Le coup d'État bolchevique vient de mettre la main sur le pays des quatre saisons. On connaît la suite.Cent ans après, les écrits commémoratifs de cet « événement dantesque » qui a changé la face du XXe siècle fusent ici et là, éclairant, notamment à...
commentaires (3)

"Un champ de bataille où s'impose un système terroriste." ! Pourquoi, l'Ex-Système Tsariste était quoi ; lui ; autre que terroriste ?! Pas Angélique quand même !?

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

13 h 30, le 14 mars 2017

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Commentaires (3)

  • "Un champ de bataille où s'impose un système terroriste." ! Pourquoi, l'Ex-Système Tsariste était quoi ; lui ; autre que terroriste ?! Pas Angélique quand même !?

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    13 h 30, le 14 mars 2017

  • LA MALEDICTION QUI AVAIT FRAPPE LE MONDE ! MAIS LES BOLCHS SONT DE RETOUR SOUS UN AUTRE NOM...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 08, le 14 mars 2017

  • "La révolution devenait inéluctable." ? Peut-être pas s'il n'y avait pas eu la guerre.

    Tabet Ibrahim

    08 h 42, le 14 mars 2017

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