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À La Une - Diplomatie

Berlin invoque l'amitié pour apaiser la crise avec Ankara

C'est à l'"Allemagne de décider si la Turquie était une amie ou non", dit le chef de la diplomatie turc à son homologue allemand.

Berlin a tenté mercredi de désamorcer la crise diplomatique avec la Turquie, invoquant leur "amitié" après une semaine d'escalade diplomatique autour de l'annulation de meetings électoraux pro-Erdogan en Allemagne. Photo AFP / STEFFI LOOS

Berlin a tenté mercredi de désamorcer la crise diplomatique avec la Turquie, invoquant leur "amitié" après une semaine d'escalade diplomatique autour de l'annulation de meetings électoraux pro-Erdogan en Allemagne, un appel accueilli fraîchement par Ankara.

"Il n'y a pas d'alternative au dialogue, c'est seulement comme ça que, pas à pas, nous aurons la possibilité de revenir à une relation normale et (...) d'amitié", a dit le chef de la diplomatie allemande Sigmar Gabriel, à l'issue d'une rencontre à Berlin avec son homologue turc Mevlüt Cavusoglu.
S'exprimant séparément, ce dernier a rétorqué que c'était à l'"Allemagne de décider si la Turquie était une amie ou non", lui renvoyant donc la responsabilité des tensions.
En marge du salon du tourisme de Berlin, il a néanmoins annoncé la venue dans son pays de "son ami" M. Gabriel, "aussi vite que possible".

 

(Lire aussi : Les Turcs d'Allemagne, une manne électorale pour Erdogan)

 

Ingérence
Comme la veille à Hambourg, il a jugé que Berlin tentait de s'ingérer dans les affaires turques après l'interdiction en une semaine de quatre meetings en faveur du "oui" au référendum du 16 avril sur le renforcement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan.
Le gouvernement d'Angela Merkel "ne devrait pas prendre parti dans le processus référendaire en Turquie. (...) C'est une affaire intérieure", a-t-il dit. Ankara estime que l'annulation successive de manifestations en Allemagne, où vivent 1,4 million d'électeurs turcs, est une tentative de favoriser le non.

Le gouvernement allemand a rejeté à maintes reprises les accusations d'ingérence, soulignant que l'autorisation de telles réunions publiques dépendait des seules municipalités concernées. Ces dernières ont généralement invoqué des questions logistiques ou de sécurité pour justifier leurs décisions.
Selon des analystes, les responsables turcs cherchent à jouer sur la fibre nationaliste et le ressentiment vis-à-vis de l'Europe pour marquer des points, le résultat du scrutin étant incertain.

"Cette tension sert la campagne référendaire d'Erdogan. Ils ont du mal à trouver des thèmes pour remplir leur campagne et à mobiliser le camp du oui", estime l'universitaire turc Ahmet Insel.

Ce dossier est loin d'être la seule source de tensions. Berlin a ulcéré Ankara en critiquant les purges menées depuis le putsch raté de juillet visant notamment l'opposition et la presse, et en s'emportant contre l'incarcération du correspondant germano-turc du quotidien allemand Die Welt.
La Turquie accuse aussi l'Allemagne d'héberger des "terroristes", qu'il s'agisse de sympathisants du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), classé organisation "terroriste" par Ankara, Bruxelles et Washington, ou de putschistes présumés.

Si Sigmar Gabriel a voulu tendre une branche d'olivier à Ankara, il l'a aussitôt assortie d'une mise en garde aux responsables turcs, le chef de l'Etat en tête, qui ont accusé Berlin de recourir aux méthodes des nazis.

 

(Pour mémoire : Colère allemande après les accusations de "nazisme" d'Erdogan)

 

Importer les conflits
"Les comparaisons avec l'époque nazie et les invectives sur la démocratie et les droits de l'homme en Allemagne sont à proscrire", a-t-il dit, qualifiant cela de "ligne rouge".
Il a aussi demandé à la communauté turque de ne pas "importer les conflits" qui opposent en Turquie partisans et détracteurs de M. Erdogan d'une part, et Turcs et Kurdes d'autre part.

Cet appel intervient alors que M. Erdogan s'est dit prêt à faire campagne en Allemagne, assurant que si Berlin l'en empêchait, il mettrait "le monde sens dessus dessous".

Le patron du renseignement intérieur allemand Hans-Georg Maassen a relevé mercredi que "les lignes de ruptures entre les différents camps en Turquie se reproduisent à l'identique en Allemagne", le "danger" d'escalade étant particulièrement marqué entre partisans du PKK et nationalistes turcs.

Ailleurs en Europe, où l'Autriche a prôné d'interdire aux responsables turcs de faire campagne dans l'UE, l'ambition du pouvoir turc de faire campagne pour le oui au référendum est mal vue.

Aux Pays-Bas, la mairie de Rotterdam a annulé mercredi un rassemblement prévu ce week-end en présence de M. Cavusoglu. Et en Suisse, le canton de Zurich a demandé aux autorités fédérales d'annuler sa venue dimanche pour des raisons de sécurité.

La Turquie reste cependant un partenaire incontournable aux yeux de l'Allemagne et de l'Union européenne, le rôle d'Ankara étant crucial pour ralentir l'afflux de demandeurs d'asile en Europe.

 

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