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Liban

L’entrepreneuriat féminin : freins, atouts et opportunités

Tribune
08/03/2017

Quand on parle de chefs d'entreprise ou d'entrepreneurs, on ne peut et on ne doit pas distinguer entre hommes et femmes. On doit plutôt se concentrer sur les capacités, les idées, les méthodes de gestion, le caractère, les performances, les résultats et les stratégies de ces courageux aventuriers.
Homme ou femme, un entrepreneur est un entrepreneur. L'un et l'autre sont pareils, égaux, unis dans ce monde des affaires difficile et compétitif, ayant les mêmes objectifs, avec une vision commune et un esprit entrepreneurial similaire.
Notre objet ici n'est donc pas d'identifier des différences entre hommes et femmes entrepreneurs, mais de voir dans quelle mesure la réalité des femmes qui se lancent dans une activité indépendante est marquée par les rapports sociaux de genre ; de mieux comprendre la vie de ces femmes entrepreneures, la façon dont elles se positionnent dans ce monde des indépendants, la manière dont elles vont gérer leur entreprise tout en faisant face aux perceptions ou stéréotypes associées à la femme.
L'entrepreneuriat féminin se structure généralement autour de trois thèmes : le profil de la femme indépendante et/ou entrepreneure, le profil des entreprises dirigées par des femmes et leur secteur d'activité et, enfin, leurs attitudes et vécus au regard de diverses problématiques, telles que la croissance et la stratégie, le financement, les réseaux, les formations, leur style de gestion et de leadership, le développement...
La vie quotidienne de ces femmes est le résultat d'une interaction permanente entre vie professionnelle et famille, ainsi que vie sociale. Plusieurs de leurs choix sont guidés par leur position dans la société et par le type d'infrastructure que la société met à leur disposition. Comprendre ce qui motive et guide leurs choix ne peut se faire sans un détour par la réalité du marché du travail. De plus, la réalité des entrepreneures ne peut se comprendre sans croiser d'autres variables indépendantes, telles que le niveau de qualification et l'âge.
En Belgique, les femmes représentent 50 % de la population active et 42 % de l'ensemble des salariés. Si on cible les chefs d'entreprise, on constate qu'elles ne représentent que 12 % des entrepreneurs. Au Liban, selon les estimations, on obtiendrait une proportion assez similaire.
Même si nous observons une sous-représentation des femmes dans ce statut, la croissance de l'entrepreneuriat est cependant fortement liée à l'intérêt croissant des femmes pour ce statut. Le taux de croissance de l'entrepreneuriat masculin est de 32 %. Il est de 213 % pour l'entrepreneuriat féminin. On peut donc penser que les femmes sont largement responsables du dynamisme entrepreneurial. Les entreprises détenues par des femmes sont souvent plus récentes, donc plus jeunes, que celles des hommes.
Par contre, la constitution en société est beaucoup plus rare chez les femmes ; elles préfèrent demeurer propriétaires uniques, contrairement aux hommes. Elles optent plus souvent pour le statut d'indépendant.
Elles travaillent souvent seules (51,2 %), et 42,75 % ont de 1 à 10 salariés. On est donc majoritairement dans le monde des TPE (très petites entreprises). On peut attribuer cette caractéristique de taille non pas au fait que l'entreprise soit gérée par une femme, mais au secteur d'activité et au niveau de formation de l'entrepreneure. Ainsi une entreprise dans le secteur des services engagera moins de personnes qu'une entreprise industrielle. Des traits de caractère peuvent également jouer un rôle : une volonté de garder son autonomie, des difficultés à déléguer ou encore le désir de rester en contact direct avec la clientèle.
Ce facteur pénalise les femmes au regard des possibilités de financement : les entreprises des femmes semblent se trouver dans un cercle vicieux : leur petite taille restreint leur accès au financement institutionnel et cela limite les possibilités de croissance.

Niveau d'études
On constate que, pour la catégorie des moins de 25 ans, les créatrices d'entreprise sont plus nombreuses que les créateurs. Le rapport s'inverse, par contre, pour les 25-39 ans, puis se rétablit avec à nouveau un nombre plus important de femmes que d'hommes pour les plus de 50 ans.
Le niveau d'études est fortement corrélé au processus d'acquisition du statut d'indépendant. Les femmes ayant un niveau de diplôme moins élevé sont généralement dans un processus de création par nécessité. Celles qui ont un niveau de diplôme plus élevé sont plus souvent dans des processus de création volontaire avec l'idée de saisir des opportunités. Plusieurs femmes mettent en évidence que leurs études ne les ont pas préparées à gérer une entreprise et à devenir indépendante. Cela permet d'identifier une piste d'action encore trop souvent ignorée pour soutenir l'entrepreneuriat : l'intérêt d'avoir des cours de base en gestion d'entreprise dans les cursus tant académiques que techniques.
Les trois quarts des femmes entrepreneures sont en couple et plus d'un cinquième des conjoints sont associés à la femme entrepreneure (21,2 %).
C'est la famille et ses contraintes liées à la répartition des rôles qui semblent avoir attiré plus d'une vers le statut d'indépendante. En choisissant ce statut, elles voulaient avoir plus de flexibilité, ce qui ne veut pas dire travailler moins d'heures, mais pouvoir gérer son temps en fonction des besoins de l'activité professionnelle et de la vie de famille.
Plusieurs femmes mettent en avant que leur retrait du marché du travail pour élever leurs enfants les a pénalisées fortement quant aux possibilités de retrouver du travail comme salariée. Le statut d'indépendant leur est apparu comme un moyen de réintégrer le marché du travail.

Prudence financière
Les femmes entrepreneures et indépendantes préfèrent ne pas s'endetter et favorisent des investissements à coups de petits montants. Une prudence face à l'emprunt que certains appelleront aversion au risque. L'argument le plus souvent invoqué par les femmes pour justifier cette prudence est leur besoin de « protéger la famille ».
Comme le montrent la plupart des recherches sur le sujet, les femmes font peu appel au financement institutionnel et ne se tournent vers le crédit bancaire qu'en cas de nécessité. Les femmes exerçant une profession libérale empruntent plus souvent de l'argent à leur famille. Plus de la moitié des femmes n'ont introduit, au cours des cinq dernières années d'existence de leur entreprise, aucune demande de financement bancaire, 20 % n'ont introduit qu'une seule demande et 21 % d'une à cinq demandes de financement.
La chef d'entreprise libanaise féminine a un rôle majeur dans le développement économique de notre pays. Elle a une créativité développée, une méticulosité impressionnante, et surtout, elle est très persévérante, ce qui est la clé du succès. Un dicton dit : « Si vous voulez qu'un travail soit effectué, confiez-le à une personne occupée. »
Nous avons tellement d'histoires de succès d'entrepreneures libanaises que nous en voulons encore plus, pour développer notre secteur privé et surtout notre économie nationale en souffrance.
Hélas, le taux de chômage des femmes actives au Liban est excessivement élevé et frôle la barre des 35 % : fait dramatique et alarmant. Il est donc de notre devoir d'encourager l'emploi féminin dans nos entreprises (à plein ou à mi-temps), d'inciter et même d'investir dans des start-up créées par des femmes et surtout de promouvoir la création de nouvelles micro-entreprises ou PME, moteurs d'une économie comme la nôtre.

Fouad ZMOKHOL
Président du Rassemblement des dirigeants et chefs d'entreprise libanais du monde (RDCL World)

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