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Moyen Orient et Monde

Muslim Ban : « Le silence des pays arabes est très inquiétant, et surtout très décevant »

Entretien express
04/02/2017

Amaney Jamal, directrice du Centre Mamhouda S. Bobst pour la paix et la justice, et professeur en sciences politiques à l'Université de Princeton, était invitée par l'Institut Issam Farès, à l'occasion de conférences, les 2 et 3 janvier, portant sur la justice sociale dans le monde arabe depuis 2010. Elle a répondu aux questions de L'Orient-Le Jour.

 

Comment expliquer la montée de l'islamophobie aux États-Unis, alors que 1 % des Américains seulement se déclarent musulmans ?
L'estimation est plus élevée et se situerait plutôt aux alentours des 2 à 3 %. Et quand on voit où sont concentrés les musulmans sur le territoire, on constate qu'ils constituent entre 5 à 10 % dans des quartiers relativement petits. Il y a certaines régions où il n'y a pas, ou très peu, de musulmans. Ce sont dans les zones où les musulmans sont plus nombreux que l'islamophobie est la plus forte. Certains estiment que la franchise de Donald Trump est plutôt une bonne chose. Mais si quelqu'un vous dit qu'il vous déteste, qu'il fait preuve d'honnêteté, est-il quelqu'un de bien pour autant ? Cela ne lui donne pas le droit de dire ce qu'il veut, car cela peut être injurieux, et les discours de haine sont légalement répressibles aux États-Unis comme dans tout pays développé et démocratique.

 

Quelles répercussions peuvent avoir les mesures prises par Donald Trump sur les relations entre les États-Unis et le monde musulman ?
L'inquiétude est visible sur deux niveaux : l'un concerne les dirigeants arabes entre eux, et l'autre concerne Donald Trump et ses actions. Quand on voit quels sont les pays concernés par le Muslim Ban, on constate que tous ceux avec qui les États-Unis ont soit des alliances fortes, soit un partenariat économique important, ne sont pas concernés. L'Arabie saoudite, le Pakistan et l'Égypte sont les pays qui auraient pu logiquement figurer sur la liste, mais il a préféré aller contre les pays pauvres. Que l'Irak soit concerné par l'interdiction est surprenant, parce que le gouvernement irakien est très clairement aligné sur la politique des États-Unis. C'est quelque chose d'incompréhensible, qui aura des conséquences. Le signal envoyé par Donald Trump va clairement nourrir la propagande utilisée par les radicaux. Je suis très sceptique sur ce genre de discours qui tend à séparer les musulmans du reste de la population, mettre les musulmans face au monde démocratique. C'est très préoccupant. La mobilisation aux États-Unis et en Grande-Bretagne est encourageante, car les gens commencent à comprendre que cela nous concerne tous et que nous avons une obligation morale et éthique d'accueillir les réfugiés.

 

(Lire aussi : Une conseillère de Trump évoque un massacre... qui n'a jamais eu lieu)

 

 

Que dire du silence de la majorité des pays arabes ?
Il est très inquiétant, et surtout très décevant. Il y avait des appels téléphoniques prévus sur l'agenda entre les dirigeants des pays du Golfe et Donald Trump, juste après l'annonce du décret anti-immigration. Soit ces dirigeants arabes n'ont rien exprimé car ils ne sont pas concernés par l'interdiction d'entrer. Soit ils ont exposé leurs inquiétudes, ce qui serait surprenant car aucune déclaration n'a été faite par ces dirigeants en ce sens, à leur peuple. Ce qui peut créer un manque de confiance envers la classe dirigeante, et abaisser le moral dans la région.

 

Pensez-vous qu'il y ait un risque que l'Amérique de Trump entre en conflit direct avec l'Iran ?
Ce qui est préoccupant avec les déclarations verbales de l'administration Trump et du Parti républicain est le fait qu'ils souhaitent tous révoquer l'accord sur le nucléaire, et se préparer à une réponse militaire contre l'Iran. En cela, ils sont sur la même ligne qu'Israël. Il y a de quoi être inquiet. Les États-Unis ne veulent pas s'engager dans une nouvelle campagne militaire dans la région après le désastre irakien. Un conflit direct pourrait être notamment extrêmement dangereux pour notre sécurité intérieure.

 

 

 

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M.V.

Ce n'est pas inquiétant du tout...!il semble que, les pays arabes désormais , peuvent dirent enfin , ce qu'ils ne "voulaient /pouvaient" pas dire avant...!

AIGLEPERçANT

L'Amerique du clown Trump joue avec le feu .

Le moyen orient n'est pas constitué que de dirigeants arabes émiratis ou bensaouds wahabites à la solde des usa, anymore . Ils sont une poignée de larbins qui ne pourront pas arrêter le flot de haine qui va se déverser sur ces décisions décousues et mal orientées.

Ce clown n'a pas compris que dorénavant s'il touche à un seul cheveu des russes, des chinois , des iraniens ou des coréens il verra des réactions autre que des complaintes de pauvres types qui mendiant des visas.
S'il pense avoir des options sur la table , d'autres en ont à présent , en grands nombres et tres efficaces contre non-seulement ses alliés larbins , mais sur lui même. Les manipulateurs ont cru trouve en lui l'idiot parfait qui accomplira ses directives,puisqu'ils le tiennent par des situations compromettantes , comme ils le font avec leurs allies larbins .
IF YOU GET WHAT I MEAN .

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