L’étroite bande de littoral et les roches dans l’eau que des propriétaires terriens revendiquent comme « propriété privée ». La société civile porte plainte. Photo Suzanne Baaklini
De toutes les affaires de tentatives de privatisation du littoral au Liban – et elles sont nombreuses –, celle qui est en cours à Mina, près de Tripoli, est la plus absurde. Les terrains revendiqués par des propriétaires terriens de la région se trouvent carrément... en mer (voir L'OLJ du 27 janvier). Outre le procès déjà intenté par le conseil municipal de Mina pour la récupération de ces terrains accordés aux propriétaires par décision de justice, la société civile a porté elle aussi plainte en sa qualité de défenseur des biens publics. L'annonce a été faite hier à Mina, au cours d'une conférence de presse conjointe, par les trois parties engagées : la Campagne civile pour la protection de la plage de Mina, l'Agenda légal et l'ONG écologique Green Line.
Le terrain 1403 avait fait, il y a quelques mois, l'objet d'un jugement émis par le juge en charge des opérations d'agrandissement de la ville de Tripoli (damm w farz). Celui-ci a considéré que ce terrain avait été « enlevé par erreur » à des héritiers qui en possèdent d'autres dans la même région, leur accordant près de 30 000 mètres carrés au lieu des 45 000 qu'ils réclament. Or ces 30 000 mètres carrés à l'ouest de la corniche maritime, comme il est clair sur les cartes et sur place, sont quasiment dans la mer, le « terrain » en question étant une fine bande de littoral rocheux et des roches émergeant à peine de l'eau...
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Hier, l'ingénieur Waël Debs, de la Campagne civile pour la protection de la plage de Mina, a assuré que le procès intenté par la société civile suivait son cours. « La collaboration avec l'Agenda légal et Green Line s'insère dans le cadre de la solidarité et du travail en commun entre organisations qui luttent contre un pouvoir corrompu et dominateur, qui utilise la justice pour s'assurer l'hégémonie, la répartition des parts et les gains illégitimes, a-t-il lancé. Nous luttons ensemble contre la mentalité autoritaire mafieuse qui veut saisir et s'approprier les biens publics. »
M. Debs a salué l'initiative du conseil municipal qui a très vite porté plainte dans cette affaire, assurant que la coopération se poursuivait avec lui. « Nous mènerons notre campagne jusqu'à l'annulation pure et simple du titre de propriété sur le terrain 1403 », a-t-il martelé.
Le président de Green Line, Ali Darwiche, a mis l'accent sur cette coopération dans le cadre de ce procès « car la propriété publique est sacrée et protégée par la Constitution ». « C'est un mensonge que de considérer les propriétaires comme "privés" d'une partie de leurs biens, la loi ayant clairement délimité les biens-fonds publics, a-t-il poursuivi. Cette affaire est politique par excellence, certaines parties se sont ingérées de manière flagrante pour se saisir de la propriété publique. »
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Enfin, l'avocat Nizar Saghieh s'est exprimé au nom de l'Agenda légal. Il a expliqué que « ce procès revêt quatre aspects, notamment celui de séparer les biens-fonds publics maritimes des terrains privés auxquels on veut les rattacher ». Il a insisté sur « l'importance de prouver le droit des militants et des organisations écologiques à défendre le bien commun », soulignant « l'intérêt d'une collaboration avec la municipalité », ce qui est le cas à Mina. « Les lois qui défendent les biens publics existent et elles sont efficaces, il convient de les utiliser devant la justice pour défendre les droits du peuple et protéger la propriété publique », a-t-il conclu.
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