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Culture - Rencontre

De la fascination et de la dimension spirituelle de l’orgue-machine

Et tonnent les orgues du 29 janvier au 5 février au pays du Cèdre ! En premiers accords, rencontre avec l'organiste bernois Jean-Christophe Geiger qui ouvre le cortège des notes.

L’organiste bernois Jean-Christophe Geiger.

SOL : la Semaine de l'orgue au Liban, pour la seconde année consécutive, a bon vent. Un festival qui fait souffler majesté, grandeur et lyrisme, sacré et profane, dans les tuyaux du roi des instruments de musique, et fait valser les claviers, les touches et les pédales dans les églises, les cathédrales et les universités.
Premier venu parmi les cinq organistes (dont deux femmes aux commandes devant les consoles) qui vont animer le festival de l'orgue à Beyrouth est le Suisse Jean-Christophe Geiger qui officiera ce dimanche en l'église de la Médaille miraculeuse à Achrafieh.

Prestigieux parcours international pour un musicien doublé d'un avocat. À vingt-six ans, après des études au Conservatoire de Berne, il est déjà titulaire de la cathédrale de Lausanne où il préside aux destinées du vent des orgues des lieux sacrés. À son répertoire toccatas, fugues, préludes et cantates... Aujourd'hui, à 53 ans, cheveux lisses châtain clair, yeux bleus, allure jeune, sourire aux lèvres, longues mains osseuses, lunettes au cadre foncé sur le nez, chemise claire sur veste en cuir noir, il débarque pour la première fois à Beyrouth, tout heureux de se retrouver en pays d'Orient. Déjà tout en élan enthousiaste, les commentaires et les impressions fusent : « Quoique c'est encore tôt pour donner un jugement, je viens d'arriver hier soir, mais c'est fascinant de se retrouver devant tant de contrastes. On sent une énergie qu'on n'a plus dans les capitales européennes, et particulièrement dans les villes de Suisse où c'est plutôt calme. On est au cœur de l'histoire : il y a là un microcosme des tensions au monde, religieux, économique. C'est le choc des civilisations, des cultures... »

 

Menu accessible
Du barreau (qui remplit encore toutes ses heures de loisir) à l'orgue (qui le passionne et dévore sa sensibilité), en passant par des études de piano, comment cerner le déclic qui a débouché sur le choix du roi des instruments de musique ?
« J'avais 13 ans quand j'ai été fasciné par l'orgue bien plus puissant qu'un orchestre. J'ai été fasciné, en tant qu'enfant bien entendu, par l'orgue-machine, mystérieux avec ses tuyaux, sa grandeur et ses claviers. Ensuite, ce fut l'attrait vers une dimension plus religieuse, car je suis croyant... C'est grâce à un concours organisé que j'ai remporté que j'ai été nommé titulaire de la cathédrale de Lausanne. Et depuis, je navigue entre les partitions, mais je confesse avoir une grande admiration pour Bach (toute son œuvre, pas une page à mettre de côté) et Maurice Duruflé dont l'inspiration est à emporter sur une île déserte si je devais m'isoler... »

Pour les festivaliers du SOL, quel programme avez-vous concocté, quand on sait l'auditoire plutôt limité à cette catégorie de musique ? Et le musicien de répondre : « Mozart écrivait : "Je compose pour les connaisseurs et les amateurs." Il en va un peu de même pour l'orgue. Au départ, il y a en Suisse, par exemple, 10 % d'adeptes de la musique classique. Et 10 % de ces 10 % de l'orgue. Ce qui fait un 1 % ! Pour cela, j'ai établi un menu accessible. Pour que tous ceux qui écoutent aiment et reviennent écouter de l'orgue. C'est avec le Prélude et fugue en mi mineur de Bach que je commence. Œuvre longue et virtuose. Ensuite je joue le Prélude funèbre de Guy Ropartz, élève de Franck, pour un opus postromantique. La mort fait partie de la vie... Plus gaie est l'œuvre qui suit : un Boléro. Pas de Ravel, mais celui de Louis James Alfred Lefébure-Wély, à l'écriture opératique ! Un style flamboyant. Et je termine, en 50 minutes, avec Carillon de Westminster de Louis Vierne, opus écrit à partir du thème de Big Ben... »

Il a fallu insister auprès du musicien pour parler du bis déjà réservé à l'auditoire. Ce sera le premier mouvement d'un concerto de Vivaldi, pour orchestre à cordes, transcrit pour orgue par J.S. Bach.
Pour conclure cette entrevue, deux questions : quel est le plus beau compliment qu'il a reçu, ou la critique la plus virulente ? Petite pause de réflexion et JCG de répondre : « Difficile à dire. Car pour le compliment, ce sont sans nul doute l'émotion et les larmes des gens touchés par la musique. Et je reprends cette phrase : "La beauté est la seule chose qui ne fait pas rire." Quant à la critique, j'ai une fois lu cette phrase d'un journaliste : "Brillance d'abord, rien derrière..." De toute façon, je suis très heureux d'être ici. C'est un immense plaisir de voir ce pays qui me fascine, d'être dans l'actualité mondiale, et surtout de sentir toute cette énergie. On ne vient pas à Beyrouth comme on va à Paris ou à Rome. On vient pour une actualité, l'air du temps, pour sentir notre époque... »

Le programme du festival
Dimanche 29 janvier, église de la Médaille miraculeuse (Achrafieh), Jean-Christophe Geiger.
Mardi 31 janvier, couvent Notre-Dame de Louaïzé (Zouk Mosbeh), Cosimo Pontera.
Jeudi 2 février, Assembly Hall (AUB), Crista Miller.
Samedi 4 février, Collège du Sacré-Cœur (Gemmayzé), Marie Bernadette Dufourcet Bocinos Hakim.
Dimanche 5 février, église nationale évangélique de Beyrouth, Bernard Girerer.
Toutes les entrées sont libres et à 20 heures précises.

 

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