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Nos lecteurs ont la parole - Par Lamia Sfeir Darouni

Je n’ai pas oublié ma guerre, pour accepter et pardonner !

Bombardements syriens sur Beyrouth en 1978. Photo Forces libanaises

Aujourd'hui, j'ai envie de soulever un problème qui me démange depuis cinq ans. Je voudrais trouver la réponse à toutes ces questions qui me taraudent l'esprit. Je voudrais comprendre tous ces sentiments contradictoires, inhumains, cette culpabilité violente, ce sentiment de « de ne pas être une charitable chrétienne aimant et aidant son prochain » qui me hantent et remettent en question toutes mes croyances et mes principes. Je voudrais comprendre pourquoi la vue de tous ces mendiants dans nos rues, transis de froid, mourant de faim, croulant dans la misère, me glace le sang au lieu de me pousser à soulager leur détresse. Pourquoi tous ces travailleurs à l'accent, hélas, si familier, travaillant, bossant, souvent exploités et mal payés, m'exaspèrent au lieu de me consoler de ne pas les voir mendier dans les rues ?
Je voudrais comprendre ma révolte face à ces aides étrangères qui viennent à coups de milliers de dollars soulager la misère de ces réfugiés, les aidant à mieux s'installer dans mon pays, alors que mon peuple croule dans la misère et la détresse dans l'indifférence la plus totale ? Pourquoi cette rage face à ces lots d'aides scolaires distribués à tous ces petits enfants qui envahissent nos écoles, alors que les parents libanais triment pour maintenir leurs enfants dans les institutions leur donnant une éducation qui les ferait sortir de leur misère ? Pourquoi ce sentiment de basta, de ras-le-bol, de « je ne veux plus rien voir, ni entendre, ni être témoin de l'injustice faite au peuple syrien », ni voir ces villes détruites, ni ces gravats qui jonchent leurs rues, ni ces maisons éventrées, ni la détresse de la ville d'Alep, ni la misère de ces enfants qui subissent cette sauvagerie depuis cinq ans déjà ? Pourquoi je ne veux plus être témoin de la douleur de ces mères qui pleurent leurs enfants disparus et leur vie détruite. Pourquoi je ne veux plus rien savoir du sort incertain de ces soldats attrapés, torturés, abattus par ce régime sauvage ?
Pourquoi ces sentiments inhumains, moi qui fais partie d'un peuple reconnu pour sa générosité et sa charité envers l'autre ? Eh bien aujourd'hui, j'ai compris et je le crie tout haut ! Parce que je fais partie d'une génération qui n'a pas encore oublié et pardonné. Parce que je fais partie de ces jeunes qui n'ont pas encore fait le deuil de leurs trente années de peur, de guerre, de haine, de violences et d'injustices faites à leur encontre. Parce que je fais partie de ce peuple qui a, lui aussi, eu son lot de destructions et de combats. Parce que je fais partie de cette jeunesse qui a tremblé de peur sous les bombardements sauvages de ce régime qui détruit aujourd'hui son propre pays. Parce que je fais partie de ces personnes qui n'ont pas encore effacé de leur mémoire les cris de ces jeunes attrapés, torturés, tués dans le célèbre hôtel « Beau Rivage » par ces soldats qui subissent aujourd'hui le même sort. Parce que je fais partie de cette génération qui était glacée d'effroi à la vue de ces chars syriens qui ont envahi ses quartiers et ses rues. Parce que je fais partie de cette génération qui a longtemps été hantée par l'horrible accent de ces soldats qui ordonnaient, commandaient, dirigeaient leurs vies et leurs lendemains. Parce que je fais partie de cette génération qui s'est retrouvée réfugiée dans son propre pays, ballottée d'une région à une autre, refusant l'aumône, subissant avec dignité son sort, dans le silence assourdissant de l'opinion internationale. Parce que surtout aujourd'hui j'essaye de lutter pour mieux me relever, d'effacer le passé pour mieux rebondir et d'oublier pour mieux me reconstruire. Voilà pourquoi je ne veux plus revivre et subir ces douloureux instants. Voilà pourquoi je refuse inconsciemment tous ces réfugiés dans mon pays. Voilà surtout pourquoi je ne veux plus être témoin de la guerre des autres.
Parce que ma guerre, je ne l'ai pas encore oubliée, pour pardonner et accepter.

Aujourd'hui, j'ai envie de soulever un problème qui me démange depuis cinq ans. Je voudrais trouver la réponse à toutes ces questions qui me taraudent l'esprit. Je voudrais comprendre tous ces sentiments contradictoires, inhumains, cette culpabilité violente, ce sentiment de « de ne pas être une charitable chrétienne aimant et aidant son prochain » qui me hantent et remettent en question toutes mes croyances et mes principes. Je voudrais comprendre pourquoi la vue de tous ces mendiants dans nos rues, transis de froid, mourant de faim, croulant dans la misère, me glace le sang au lieu de me pousser à soulager leur détresse. Pourquoi tous ces travailleurs à l'accent, hélas, si familier, travaillant, bossant, souvent exploités et mal payés, m'exaspèrent au lieu de me consoler de ne pas les voir mendier dans les rues ?Je...
commentaires (12)

pour venir à accepter les malheurs et le vol de nos vies nos passés nos futures nos bienêtre nos biens nos santés nos rêves nos sécurités et ...., cessons de blâmer les autres puisque c'est nous qui employons des gens par élection / sélection et qui pour la majorité sont des personnes de paille au profit d’autrui et nous volent, gèrent mal notre pays et ses intérêts ainsi que ceux de leur employeur le peuple libanais, en générale les employées respectent leurs employeurs et propriétaires des entités qui les emploient sauf chez les retardés qui au lieu de les résilier et traduire en justice ils les récompensent en leur votant a nouveau et pire les traitant en supérieurs ou encore plus irresponsable et dégradant les idolâtrant.

Walid El Rifai

13 h 16, le 27 janvier 2017

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Commentaires (12)

  • pour venir à accepter les malheurs et le vol de nos vies nos passés nos futures nos bienêtre nos biens nos santés nos rêves nos sécurités et ...., cessons de blâmer les autres puisque c'est nous qui employons des gens par élection / sélection et qui pour la majorité sont des personnes de paille au profit d’autrui et nous volent, gèrent mal notre pays et ses intérêts ainsi que ceux de leur employeur le peuple libanais, en générale les employées respectent leurs employeurs et propriétaires des entités qui les emploient sauf chez les retardés qui au lieu de les résilier et traduire en justice ils les récompensent en leur votant a nouveau et pire les traitant en supérieurs ou encore plus irresponsable et dégradant les idolâtrant.

    Walid El Rifai

    13 h 16, le 27 janvier 2017

  • Sentiments bien exprimes

    Vincent Makhlouf / ENHANCED FORM

    04 h 29, le 26 janvier 2017

  • je pense que vous venez de dire tout haut ce que beaucoup de Libanais pensent tout bas

    LA VERITE

    17 h 19, le 25 janvier 2017

  • Un grand cri du Coeur.

    SATURNE

    14 h 55, le 25 janvier 2017

  • "...des milliers de dollars pour soulager la misère de ces réfugiés...etc." Nous sommes beaucoup à ressentir la même révolte ! Mais, vu la corruption généralisée de tous nos responsables...ils tirent certainement aussi pas mal de bénéfices de ces milliers de dollars d'aide aux "réfugiés syriens". Donc, pourquoi arrêter la poule aux oeufs d'or ? Et tant pis pour les Libanais qui vivent dans la misère...cela ne les concerne pas ! Irène Saïd

    Irene Said

    12 h 52, le 25 janvier 2017

  • on récolte toujours ce qu'on sème..... la Syrie a semé la guerre chez nous, à son tour de la récolter.... E.J.

    MERIT SHIPPING 02 - Mandy BASSIL

    12 h 15, le 25 janvier 2017

  • Merci Lamia. Faut jamais oublier. Pour la charité, j'aurais préféré que ces pays qui envoient l'aide prennent leur lot de réfugiés.... Que font le Qatar, les EAU, l'Arabie Saoudite? et l'Iran? et la Russie? L'histoire se répète. On en était avec 500 mille Palestiniens et nous voilà avec 2 millions de Syriens... Comment ça va se terminer?

    Cedrus Fidelis

    10 h 46, le 25 janvier 2017

  • Excellent article. Je n'ai pas oublié et je ne pardonne pas et je sais aussi que le libanais ne fait RIEN pour son pays. Il est excellent et brille loin du Liban mais laisse mourir sa partie. TRISTE

    Georges Zehil Daniele

    10 h 30, le 25 janvier 2017

  • OUI OUI ET OUI ....j'ai moi aussi ce sentiment. OUi je ne peux pas pardonner et surtout je ne peux pas oublier!

    Hind Faddoul FAUCON

    08 h 42, le 25 janvier 2017

  • Moi aussi, je leur en veux pour mes plus belles annees perdues a fuir d'un abri a l'autre, pour mes terreurs contenues a coup d'anxiolytiques, mais je ne peux m'empecher de donner a leurs enfants quand ils ont faim ou froid. Je me dis qu'apres tout ils ont ete suffisamment punis.

    Marie-Hélène

    02 h 50, le 25 janvier 2017

  • HAINE ET REVANCHE DEUX ASPECTS ABJETS DE NOTRE SOCIETE...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 36, le 24 janvier 2017

  • Vouloir le bien de son propre peuple ne veut pas dire qu'on devrait haïr l'aide que cet autre peuple reçoit ! L'un n'empêche pas l'autre! Au lieu de jalouser et de se révolter à cause de l'aide que l'autre reçoit, pourquoi ne pas plutôt investir notre énergie à faire du bien chez nous! Qu'est ce qu'on a fait depuis la fin de la guerre?? Nous sommes la risée de la région car nous sommes un peuple pourri, mené par un gouvernement corrompu que nous continuons à élire et réélire ... Nous n'avons même pas pensé à chercher de l'aide extérieure parce que nous sommes trop imbus de nous-mêmes pour le faire, et ceux qui sont à l'étranger ne sont même pas approchés pour offrir leur solidarité ou leur aide financière, comme d'autres peuples feraient pour leur pays. Alors, svp, cessez de regarder avec colère ces pauvres gens qui vivent dans la misère et de les comparer à nous, car nous, nous sommes au-dessus de tout ça (et je le dis ironiquement!), notre fierté nous a mené jusque là et notre arrogance a fait qu'on mérite bien ce qu'on a ! Walaw? Na7na a7san men heik (clin d'œil sarcastique)

    T Myriam

    09 h 02, le 24 janvier 2017

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