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Huit ans à la Maison Blanche : le bilan d'Obama

Barack Obama, une affaire de style(s)

Décryptage

Le président sortant aura su maîtriser son image tout au long de son mandat et ainsi contribuer à sa popularité.

20/01/2017

Il a dépoussiéré l'image de la fonction présidentielle et fait rêver des millions d'Américains. Barack Obama arpente pour la dernière fois, en tant que président, les couloirs de la Maison-Blanche, avant de céder sa place à Donald Trump. Le 44e président des États-Unis va laisser l'image d'une personnalité complexe et attachante : celle d'un animal froid refusant de céder au pathos, d'un philosophe-roi s'obligeant à peser le pour et le contre pendant des heures avant de prendre une décision, d'un président swag qui joue son propre rôle dans une vidéo tournée par Steven Spielberg, et d'un homme sensible qui n'a pas (toujours) caché ses larmes.

Barack Obama a incarné toutes les facettes de la fonction présidentielle, tout en révolutionnant le genre. Sa confiance et son charisme l'ont propulsé au sommet de l'État... et du monde. Pour ce faire, ce féru de Shakespeare a choisi de ne pas apparaître en statue du commandeur ou en bon pater patriae. Brillant, décomplexé, ce Rastignac 2.0 a fait mouche dès sa première grande apparition sur la scène publique le 27 juillet 2004, à l'ouverture du Congrès démocrate. Puis le jeune sénateur va se lancer à corps perdu dans la machine politique. Son bagout, sa fougue, sa modernité, sa jeunesse aussi vont ringardiser les Cameron, Merkel et bon nombre de ses homologues.

Le locataire de la Maison-Blanche a été le président des réseaux sociaux, et ce dès le take-off de sa première campagne en 2007, qualifiée de « Web Blitzkrieg », jusqu'à ses derniers messages d'adieu sur la twittosphère. « On dirait un prince africain à certains égards. Décontracté, moderne, simple et élégant », décrit Dominique Moïsi, conseiller spécial à l'Institut Montaigne.

 

 

« No-drama Obama »
Certains déplorent sa froideur, son trop peu d'empathie. D'autres sont surpris par sa surexposition médiatique, quasi scénique, comme lorsqu'il se déhanche volontiers sur du Beyoncé sur le plateau d'Ellen DeGeneres, ou lorsqu'il plaisante allégrement sur celui de Jimmy Kimmel. Mais Barack Obama assume complètement ses deux visages. Pire, il en joue, pour séduire toutes les franges de la société. « Nous (les États-Unis) construisons Iron Man », lâchera M. Obama en guise d'introduction lors d'une conférence de presse en 2014, censée annoncer le lancement de deux instituts spécialisés dans les hautes technologies à Chicago et Detroit. Toujours prêt à faire le buzz, Mister Obama ? « Il a certes un côté cool, sympa. Il est celui qu'on appelait au début « no-drama Obama », quelqu'un qui maîtrisait constamment ses nerfs, qui était relativement en phase avec la société, avec la modernité, qui incarnait le représentant d'une nouvelle Amérique », estime Karim Bitar, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Le premier président noir des États-Unis a su personnifier une Amérique « jeune » et « sympa », sans mettre à mal sa crédibilité. Sans jamais désacraliser la fonction présidentielle. « Il n'a pas perdu de sa gravité. Car, même lorsqu'il se laisse aller à ces gestes, il le fait avec élégance et distinction », estime Dominique Moïsi. « Beaucoup de "gravitas" va rapidement apparaître chez lui », confirme Karim Bitar, rappelant notamment que l'homme « a un bagage intellectuel extrêmement solide ».
La bête politique, rompue aux selfies et aux blagues de coulisses, n'a pourtant jamais dépassé les lignes rouges. « Les mandats d'Obama n'ont été émaillés par aucun scandale », rappelle Karim Bitar. « Il a conduit dignement sa fonction surtout si on le compare à Nicolas Sarkozy, Silvio Berlusconi, Trump, et tous les autres phénomènes qui apparaissent dans le monde aujourd'hui », ajoute-t-il.

À la veille de l'investiture du « Donald », le président sortant est fin prêt à céder son bureau Ovale, avec une cote de popularité de 60 %. « Il laissera l'image d'un grand président », estime Dominique Moïsi. « Et le contraste frappant avec Trump ne fera que renforcer la légende d'Obama », conclut Karim Bitar.

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