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Campus

Ces jeunes Libanais, « étrangers » dans leur pays

Témoignage

Ils sont libanais. Ils ont étudié et vécu à l'extérieur du Liban une grande partie de leur enfance. De retour dans leur pays pour les vacances, ils se sentent autant étrangers que les étrangers. Une expérience qu'ils vivent et racontent avec beaucoup d'amertume.

13/01/2017

Depuis 26 ans, Nasri est ballotté d'un pays à un autre : Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Canada, Angleterre. Le Liban, il y revient tous les étés pour voir la famille et ses copains également en vacances. C'est à partir de ses 16 ans que le vrai problème s'est fait sentir.

« Même les copains, avec qui j'ai grandi et qui sont rentrés au Liban pour y poursuivre leurs études universitaires, me proposent rarement de sortir avec eux. Ils ont leur petit cercle et ils ne pensent jamais à nous intégrer. Ils m'invitent juste une fois de temps en temps à boire un verre. » Même constatation pour Ahmad, 26 ans, qui poursuit ses études aux États-Unis. « Mes amis libanais savent que nous sommes là pour les fêtes. Dès que j'arrive, je les contacte. Mais eux ne font jamais l'effort de nous voir ou nous rappeler. » C'est ce désintérêt et ce détachement que déplore également Nadim, 23 ans, étudiant à l'Université de Boston. Il éprouve beaucoup d'amertume envers ses copains d'enfance qui ne font aucun effort pour le revoir, selon lui. « Il faut vraiment insister pour les voir, ou alors faire comme certains Libanais friqués : réserver une table dans un grand pub et inviter tout le monde. À ce moment-là, tout le monde accourt. Ici, on achète nos amis », dit-il amèrement.

 

Reproches
Que reprochent-ils exactement aux Libanais du pays ? De « vivre en vase clos », de ne pas les « intégrer dans leurs groupes » et « de ne pas s'intéresser » à leur vie. « Aucun des copains avec lesquels j'ai grandi ne me demande comment je vis, comment se passent mes journées et ce que j'ai envie de faire plus tard », confie Karim, 22 ans, qui étudie à l'Université de Montréal. Nasri déplore la mentalité et cette culture libanaise si différente des jeunes de Londres ou du Canada. « Ici, les Libanais ne pensent qu'à sortir en boîte ou boire. Ils font peu de sport ou de sorties en pleine nature, contrairement au Canada où les loisirs sont beaucoup plus sains. » Pour Lina, 25 ans, qui travaille actuellement à Barcelone après avoir fait ses études universitaires à Madrid, le problème se situe au niveau de ces jeunes qui « n'éprouvent pas le besoin d'établir de nouvelles amitiés. Ils font l'effort de nous voir un peu, mais ils ont une vie tellement remplie, entre leurs sorties, leur travail et la famille, qu'ils sont très bien dans leur train-train quotidien et ne recherchent plus à se faire de nouvelles amitiés ! »
À l'unanimité, ces jeunes admettent que c'est la famille et les grands-parents qui les rattachent encore au pays. « Sans eux, je n'aurais jamais remis les pieds ici », avoue Nadim, qui pense repartir au bout de sa deuxième journée de vacances.

 

(Lire aussi : De jeunes Libanais de la diaspora rédigent une Charte de la laïcité pour le Liban)

 

Nous travaillons. Ils sont en vacances !
Les jeunes vivant ici rouspètent un peu et se défendent. « Ils viennent tous au même moment, soit à Noël, soit en été. Alors qu'eux sont en vacances, nous avons notre boulot, notre vie quotidienne et surtout tous les copains à voir en même temps, déplore Marc, installé au Liban depuis 10 ans. Il est quasiment impossible de satisfaire tout le monde. » Pour Joanna, étudiante en business à la LAU, c'est le fait de « ne pas avoir suivi des études universitaires au Liban qui influe sur ces jeunes. En grandissant, on ne garde que nos copains d'universités, parce que l'on atteint une maturité qui nous permet de faire un choix dans nos amitiés. Celles de l'enfance et de l'école s'estompent avec le temps. Et c'est cela que les Libanais de l'extérieur subissent aujourd'hui ! »

Alors que les étrangers sont impressionnés par la convivialité des jeunes, leur hospitalité et leur joie de vivre, les Libanais vivant à l'étranger critiquent, eux, « un désintérêt envers autrui ». Pourquoi ces sentiments ? « Parce que les Libanais de l'extérieur se sentent rejetés et oubliés par leurs compatriotes, explique Sylvana Abdel-Massih, psychopédagogue. Ils n'ont plus aucune attache à part la famille. Ils se sentent étrangers dans le pays où ils vivent et étrangers dans leur propre pays. Ils n'ont plus de vrais repères. Et c'est là où se situent le vrai problème et la frustration de tous ces jeunes ! »

 

 

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