Liban

Les femmes revendiquent un quota d’au moins 30% aux prochaines élections

Liban

Une nouvelle coalition nationale pour la participation politique féminine a vu le jour, regroupant près de 150 associations, en vue d'un lobbying plus efficace.

11/01/2017

C'est au nom d'une nouvelle coalition nationale d'organisations féminines, et non plus d'associations ou de militantes isolées, qu'a été lancée hier la revendication d'un quota féminin d'au moins 30% à inclure dans la nouvelle loi électorale, en prévision des futures législatives. Une mesure temporaire mais cruciale pour donner un coup de pouce à une représentation politique des femmes qui stagne, voire qui régresse, au Liban.

Ce message a été exprimé hier, au nom des nombreuses militantes qui forment cette coalition, par l'ancienne ministre Wafa' Hamzé, en présence du ministre d'État aux Droits de la femme, Jean Oghassabian, de l'unique ministre femme du nouveau gouvernement, Inaya Ezzeddine, de l'ancienne ministre Mona Afeiche et de la députée Gilberte Zouein.

Dans la première conférence de presse tenue hier par la Coalition nationale pour la participation politique de la femme, au centre de formation du Conseil national de la femme libanaise, Wafa' Hamzé a défini ce nouveau regroupement comme « une force de pression sur les décideurs afin de les empêcher de marginaliser les femmes ou d'ignorer la nécessité de leur participation à la vie politique ». Elle a précisé que « le combat se focalise actuellement sur la nécessité d'introduire le quota féminin dans toute nouvelle loi électorale adoptée en prévision des élections législatives de mai 2017 ».

 

(Pour mémoire : En matière de représentation politique des femmes, le Liban confirme son statut de cancre)

 

L'ancienne ministre a souligné que les réunions avec les responsables politiques se multiplient déjà, rendant hommage à l'attitude positive affichée par le président du Parlement, Nabih Berry, et le Premier ministre, Saad Hariri, et plaçant beaucoup d'espoir dans la réunion future avec le président de la République, Michel Aoun. Elle a évoqué les objectifs à court terme de la nouvelle coalition : une campagne médiatique qui accompagne l'échéance électorale du début à la fin, des réunions avec les responsables politiques, les blocs parlementaires et les partis, qui a déjà commencé, et un travail technique et légal en marge des pourparlers dans les commissions parlementaires autour de la loi.

La nécessité d'une participation active des militantes aux discussions en commission a été au cœur des débats hier à la conférence de presse. Le ministre Oghassabian a été interrogé sur la question : il a promis de tenir la coalition au courant de toutes les réunions, afin que les militantes puissent en faire partie. Il a affiché sa volonté d'une action soutenue en la matière, déclarant travailler pour transformer son ministère d'État en ministère à part entière. Quant à Gilberte Zouein, elle a prôné une coordination en premier lieu avec la commission parlementaire de la Femme et de l'Enfant qu'elle préside. Elle a mis en garde contre le fait que le sujet du quota féminin peut être facilement relégué aux oubliettes sans un lobbying continu. Mme Ezzeddine, pour sa part, a assuré qu'elle portait déjà tous les sujets chers aux femmes en Conseil des ministres et qu'elle serait un défenseur du droit au quota.

 

(Pour mémoire : Chaptini et Bahia Hariri se penchent sur la participation des femmes au Parlement)

 

30%, oui, mais comment ?
Comment ce quota de 30%, qui est la principale revendication de la coalition, devrait-il être appliqué ? Les résultats d'une étude effectuée par le Rassemblement des femmes au Parlement ont été présentés hier par Vicky Zouein, une militante, détaillant les modalités d'application du quota. La militante a expliqué que l'application du quota différera suivant le mode de scrutin adopté – majoritaire, proportionnel ou mixte –, se fondant sur des simulations effectuées dans le cadre de l'étude.

Dans le cas de la proportionnelle, la coalition demande des listes comportant 30% de candidates, à condition que dans la hiérarchisation des listes, il y ait alternance entre les hommes et les femmes. Cette mesure visera à s'assurer que les femmes ne seront pas placées en bas de liste, et donc ne seront pas les premières sacrifiées au profit des candidats masculins. En effet, un quota dans les candidatures ne garantit pas nécessairement l'élection de ces femmes, même si elles se trouvent sur des listes gagnantes.

Dans le cas du système majoritaire, la coalition recommande de réserver 30% de sièges parlementaires aux femmes, qui, dans cette conjoncture, entreront en compétition entre elles dans les élections, ce qui ne les empêchera pas de briguer d'autres sièges par ailleurs. Enfin, si le système adopté est mixte, les deux cas de figure seront appliqués selon les circonscriptions.

L'application du quota féminin est-il aussi compliqué que le déclarent d'emblée plusieurs responsables politiques ? « Rien n'est vraiment compliqué si la volonté y est, répond Vicky Zouein à L'OLJ. Dans 85 pays du monde, le quota a été appliqué, dont beaucoup de pays arabes. » Le quota a de fait permis de faire des progrès énormes dans plusieurs pays arabes, selon des statistiques présentées par la militante : l'Algérie est passée de 7,7 à 31% dans son Parlement, la Tunisie de 22 à 31,3%, l'Arabie saoudite en est à 19,9% de femmes au Parlement, le Maroc est passé de 10 à 17%, etc. Et le Liban en est à 3%...

 

(Pour mémoire : Le Conseil national de la femme libanaise pour un quota féminin de 30 % des sièges)

 

Vicky Zouein reconnaît que des députés récalcitrants estiment que le quota féminin est une complication de plus dans un pays où les quotas communautaires sont déjà appliqués. Elle précise cependant que le Rassemblement des femmes au Parlement, dont elle fait partie, a présenté à ces parlementaires des simulations montrant que cette mesure est parfaitement applicable à toute loi, en respectant la représentation communautaire.

La coalition ne craint-elle pas qu'un système de quota moins ambitieux ne soit adopté, à titre d'exemple, avec une marge de 10% au lieu de 30%, ou alors seulement pour les candidatures, sans mesures de hiérarchisation dans les listes ? « Décider d'un quota de 10%, par exemple, voudra dire qu'on se moque de nous, affirme Vicky Zouein. Nous n'avons pas la latitude d'accepter cette mesure ou pas : si le Parlement l'adopte, c'est qu'il peut l'appliquer. Mais nous faisons tout pour ne pas y arriver, et pour montrer que même un quota de 30%, s'il était mal appliqué, pourrait résulter en une faible représentation des femmes. Qu'en serait-il donc pour un quota de 10% ? »

Mme Zouein, qui est elle-même une élue municipale, souligne que la coalition n'a pas décidé si elle allait présenter des candidates en son nom aux futures élections. « Mais ce qui est sûr, c'est que même en l'absence d'un système de quota, nous ne resterons pas les bras croisés, affirme-t-elle à L'OLJ. Nous prendrons position, que ce soit par rapport aux candidatures ou au vote. Cependant, il existe déjà des femmes qui désirent se porter candidates, dont moi. »

De par son expérience passée, Vicky Zouein estime que la société a changé et que les électeurs sont de plus en plus nombreux à vouloir voter pour des femmes, critiquant même les listes où les candidates sont absentes. Dans les statistiques qu'elle a présentées, elle précise que 44% des candidates aux municipales de 2016 ont été élues, ce qui est une bonne proportion même si les femmes ne représentent toujours que 5% des élus municipaux. Par ailleurs, 77% des citoyens interrogés pensent que le quota féminin est une réforme importante.

 

 

Pour mémoire

« Il est temps que les femmes revendiquent leur place sur la scène politique »

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Jaber Kamel

A la condition que les femmes arrêtent de se botoxer . Parce qu'après on ne les reconnait plus entre elles .lol..

Non , sérieux ce que je veux dire c'est que rien ne les empêche de se présenter , légalement , juridiquement etc... , mais ont elles envie vraiment d'y aller ? on ne va pas les obliger aussi ...

Hamed Adel

Si ce n'est déjà fait , il serait heureux que notre journal
"l'ORIENT-le JOUR" initie un mouvement citoyen à partir des
lectrices et des lecteurs pour soutenir ce projet de quota féminin dans les prochaines élections libanaises.
La tâche sera rude car même dans les pays occidentaux les hommes freinent l'arrivée des femmes dans l'arène politique!
Seuls les Pays SCANDINAVES méritent des félicitations! et,
peut-être demain le LIBAN ? Si...
adel

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PAS DE PARTAGE ET DE QUOTAS... QUE LES FEMMES SE PRESENTENT PARTOUT POUR LES ELECTIONS ET INCHALLAH QU,ELLES REMPORTENT LA PLUPART DES PLACES... CA, SI LES MOUTONS SE REVEILLENT...

M.V.

Les quotas à termes conduisent à la ségrégation sexiste...voyez en France, la règle imposée par les socialiste ,du 50/50 est déjà un bluff sociétal immense 50% de femmes ne sont pas équivalentes à 50 % d'hommes (pour être moderne ) et inversement ...seule des règles législatives sérieuse devraient permettre un sélections "au mérite" (compétences +expérience validées)... sinon la tentation sera grande pour les courants politiques ,...de faire passer les différences fondamentales naturelles ...pour des inégalités sociales..........!

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Yâ harâââm !

George Khoury

pourquoi se contenter de 30% quand on represente au moins 50% de la societe? Et quand on reclame 30, on obtient 10. Alors demandez 60%!!

NAUFAL SORAYA

Je ne vois pas où se pose vraiment le problème... Dans un pays comme le LIban, où elles font globalement ce qu'elles veulent, qu'est-ce qui empêche les femmes de se présenter, si ce n'est qu'elles n'en sont pas convaincues, il me semble... Elles sont très présentes et efficaces ailleurs...

Qu'elles commencent par se présenter et on verra... Le jour où elles seront en surnombre et que les hommes se sentiront menacés, on reparlera de quotas... Mais pour l'instant, posons la question aux femmes...

George Bitar

Les femmes ont, de nos jours, les mêmes droits que les hommes en ce qui concerne les élections. Elles peuvent s’y présenter sans problèmes, mener leur propre campagne sans distraction et, finalement, être élues de la même manière dont les hommes sont élus. Mais, pour être compétitifs, tous les candidats (tant mâles que femelles) doivent avoir certaines qualités essentielles: personnalité, compétence, popularité, charismatisme etc…
Alors pourquoi revendiquer un quota dans ce cas? Etablir un quota serait une grande offense pour les femmes. C’est admettre qu’elles ne sont aptes à être élue que par un quota artificiel, non selon leur mérite.

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