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Économie

Au Liban, l’immobilier n’a pas connu de réelle reprise en 2016

Bilan

La hausse de l'ensemble des indicateurs en 2016 n'a pas suffi à compenser une année 2015 très mauvaise.

10/01/2017

Après cinq années de ralentissement du marché immobilier, l'année 2016 devrait s'être achevée sur une note a priori positive, d'après les indicateurs disponibles. Selon le cadastre, les ventes immobilières ont augmenté de 2 % sur les onze premiers mois de 2016 en glissement annuel pour atteindre 57 774 ventes, tandis que leur valeur s'est appréciée de 5,3 %, à 7,49 milliards de dollars sur la période. Par conséquent, la valeur moyenne de ces ventes a, elle, augmenté de 3,3 % en glissement annuel à près de 129 625 dollars. Quant au nombre de permis de construire délivrés, qui traduit de l'appétit des promoteurs à mener à bien de nouveaux projets, ils ont connu une hausse de 14,3 % sur les dix premiers mois de l'année, par rapport à la même période en 2015, pour atteindre 14 377 permis.

Pourtant, ces chiffres contrastent avec le retour des acteurs du secteur interrogés par L'Orient-Le Jour. « L'année 2016 a globalement été très mauvaise, nous ne pouvons pas parler de reprise, les statistiques ne représentant pas la réalité du marché », lance d'emblée le président du syndicat des agents et consultants immobiliers au Liban (Real), Massaad Farès. « Les indicateurs enregistrent une légère amélioration par rapport à l'année dernière, mais restent en deçà de ceux de ces 5 dernières années. Cela prouve que le marché traverse une période assez difficile », précise Guillaume Boudisseau, consultant à l'agence de conseil immobilière Ramco. De fait, à l'exception d'une année 2015 très difficile – avec une baisse de 10,9 % des ventes et de 11,7 % en glissement annuel de leur valeur sur les onze premiers mois – le nombre des ventes immobilières enregistré sur les onze premiers mois de 2016 traduisent un plus bas de 8 ans (sur des périodes comparables).

 

(Lire aussi : Pour JLL, le marché immobilier libanais est « opaque »)

 

Projets invendus
Et, au dire des professionnels, cette conjoncture aurait continué à profiter aux acheteurs. « L'année 2016 a été l'année des bonnes affaires, les promoteurs qui veulent écouler leurs stocks sont flexibles, tandis que les clients sont à l'affût des meilleurs affaires », avance Mireille Korab Abi Nasr, directrice du développement commercial à l'agence FFA Real Estate. « Officiellement, les prix affichés sont en légère baisse, variant entre 1 à 3 %, mais les marges de négociation, elles, peuvent atteindre entre 5 % et 30 % », souligne Guillaume Boudisseau.

Les acteurs interrogés ne s'attendent pas non plus à une hausse des prix à court terme compte tenu de l'abondance des stocks sur le marché. Un problème auquel s'est attaquée la Banque du Liban, en émettant une circulaire (n° 427) le 21 juin dernier. Elle a pour objectif de redynamiser le secteur en permettant aux sociétés immobilières de bénéficier d'un mécanisme financier incitatif pour racheter les projets invendus. « Les développeurs se sentent de plus en plus sous pression, que ce soit vis-à-vis des banques auprès desquelles ils ont emprunté, ou de leurs fournisseurs et contractuels. Beaucoup d'entre eux attendent de vendre pour avoir les moyens de continuer à construire le projet », précise Massaad Farès. C'est dans ce cadre que M. Farès, et son homologue de l'Association des promoteurs immobiliers du Liban (Redal), Namir Cortas, comptent lancer leur société immobilière vers le mois de février. « Doté un capital d'un milliard de dollars – financé à 40 % en capital, et à 60 % à crédit – cette compagnie créée dans le cadre légal de cette circulaire a pour but de racheter à des prix très intéressants des immeubles invendus pour des raisons économiques.

 

(Lire aussi : Face à la crise, les promoteurs doivent repenser leur stratégie)


La société pourra donc achever les travaux, ce qui permettra aux clients qui y avaient acquis un bien de le récupérer, et au promoteur de couvrir son prêt », indique M. Farès. Il estime l'existence d'au moins 40 à 60 immeubles inachevés pour le moment. « Ensuite, nous attendrons une meilleure conjoncture pour revendre ces biens aux particuliers, en ciblant particulièrement la diaspora », annonce-t-il. Reste à savoir si cette meilleure conjoncture se manifestera dès 2017, alors que le Liban est finalement sorti de sa paralysie politique avec la formation d'un nouveau gouvernement, le 18 décembre dernier. « Depuis la formation du nouveau gouvernement, nous sentons que les expatriés ont commencé à être plus sérieux dans leurs recherches, ils se disent qu'il faut acheter rapidement, au cas où les prix repartiraient à la hausse », témoigne Mireille Korab Abi Nasr. « Ce sont certainement des signes positifs mais cela ne garantit pas une reprise globale du secteur. Celle-ci est plutôt dépendante d'une reprise économique, il faut de la liquidité sur le marché », et donc doper la demande, nuance Guillaume Boudisseau.

 

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George Khoury

on a un nouveau president mais des minitres ultra corrompu, comment le peuple va pouvoir mettre un sous de cote pour s'acheter un toit avec cette corruption rampante???

M.V.

En d'autres termes , cela s'appelle aussi un début de récession... quand à la "hausse" de l'"ensemble" des indicateurs ,reste à vérifier la qualité et la crédibilité ...de ces indicateurs

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