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En France, pays de la laïcité, la foi investit la campagne présidentielle

Politique

"Avec l'émergence de l'islam, le débat s'est porté sur une autre religion et il n'y a plus ce sentiment que se présenter comme chrétien pose problème par rapport à un mandat politique", selon un politologue.

OLJ/AFP/Béatrice LE BOHEC
07/01/2017

Expliquer ses choix politiques par sa foi: en France, pays très attaché à la laïcité, le candidat de la droite à la présidentielle François Fillon a provoqué surprise et indignation en brandissant cet argument de campagne inédit.

"Je suis gaulliste et de surcroît chrétien, cela veut dire que je ne prendrai jamais de décisions contraires au respect de la dignité humaine, de la personne et de la solidarité", a-t-il argué cette semaine en réponse aux attaques sur son projet de réforme de la sécurité sociale et son programme qualifié de "brutal" par tous ses adversaires.

L'ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy, conservateur et catholique pratiquant, défend un programme économique "radical" pour la France, à coup de suppressions massives de fonctionnaires, de réformes du temps de travail hebdomadaire et du système de santé. Depuis sa nette victoire à la primaire de son camp fin novembre, ses propositions nourrissent les inquiétudes pour le modèle social du pays, d'autant qu'il est donné favori au second tour de la présidentielle, face à la chef de l'extrême droite Marine Le Pen.

 

(Lire aussi : Présidentielle en France : cartographie à cinq mois du scrutin)

 

Pour rassurer, le sexagénaire a brandi cette semaine un argument inattendu dans le débat politique : ses convictions religieuses. Sa profession de foi a provoqué un tollé, y compris dans son propre camp. "Le principe de la France, c'est qu'on ne mélange pas la religion et la politique", s'est indigné François Bayrou, chef du parti du centre MoDem, rappelant la loi de 1905 sur la stricte séparation de l'Eglise et de l'Etat. M. Bayrou, lui-même chrétien, a appelé à mettre un terme à "ce type de dérive".

Même son de cloche chez le député de droite Henri Guaino, qui dénonce une "faute": "Le catholicisme, ça n'est pas une catégorie électorale (...) Le président de la République, c'est l'homme de la Nation. Quand on oublie cela, ça ne fonctionne plus", a-t-il tancé.

Candidat à la primaire de la gauche les 22 et 29 janvier, le socialiste Vincent Peillon s'est aussi déclaré vendredi "absolument indigné". "Quelqu'un aurait dit 'en tant que juif, je veux faire..', vous auriez vu les réactions !", a-t-il ajouté.

 

(Pour mémoire : Un an après les attentats du 13 novembre, la France s’est durcie)

 

Stratégie politique face à l'islam
Selon le politologue Bruno Jeanbar, la déclaration de M. Fillon relève de la stratégie politique "dans un pays où 55% des Français se déclarent catholiques" et dans une période marquée par l'émergence d'un débat sur l'islam nourri par la radicalisation jihadiste et les attentats.

"Pendant des années, s'affirmer comme chrétien était un tabou car la République s'était construite sur la dépossession du pouvoir politique à l'Eglise catholique". Mais "avec l'émergence de l'islam, le débat s'est porté sur une autre religion et il n'y a plus ce sentiment que se présenter comme chrétien pose problème par rapport à un mandat politique", dit-il à l'AFP.

Le vote des catholiques pratiquants ne représente néanmoins que 10% des Français, tempère M. Jeanbar.
Dans un pays frappé par une série d'attentats jihadistes sans précédent depuis deux ans, l'islam a été au coeur de vifs débats ces derniers mois au nom du respect de la laïcité.

 

(Pour mémoire : Musulmans de France : une majorité de laïcs, plus d’un quart de rigoristes)

 

M. Fillon, auteur d'un récent livre sur ce qu'il nomme le "totalitarisme islamique", a répondu aux critiques vendredi, assurant de sa "sincérité" : "moi, je suis comme je suis, je suis transparent. (...) Je pense que c'est comme ça qu'il faut faire de la politique".

Il a reçu le soutien de quelques membres de son camp, telle la députée européenne Nadine Morano pour qui la France est "malade quand on est obligé de s'expliquer (sur le fait) d'être chrétien dans un pays aux racines chrétiennes".

Pendant la primaire de la droite, l'affichage de sa foi lui a déjà valu une polémique : il avait dû s'expliquer après avoir déclaré que compte-tenu de ses convictions religieuses, il ne pouvait "pas approuver l'avortement" même s'il ne comptait pas modifier ce droit.

 

 

Pour mémoire

France: Hollande juge que laïcité et islam sont compatibles dans le respect de la loi

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Gebran Eid

OU EST CE QU'ILS ONT CHERCHÉ CE CHIFFRE 55 % SE DÉCLARENT CATHOLIQUE EN FRANCE ? LA FRANCE ÉTAIT LE PAYS LE PLUS CATHOLIQUE EN EUROPE PLUS QUE L'ITALIE ET LA POLOGNE. MAIS LA VAGUE JUIVE VENUE DES PAYS DE L'EST PENDANT LA PREMIÈRE GUERRE ET LA VAGUE DES JUIVES ARABES PLUS LES VAGUES DES MUSULMANS N'ONT PAS MALGRÉ TOUT BAISSÉ MOINS QUE 75% LE NOMBRE DES CATHOLIQUES EN FRANCE. PRATIQUANTS ? C'EST PLUTÔT LÀ SE TROUVE LA QUESTION.

Bouez Chahine

François Fillon ; "Je suis gaulliste et de surcroît chrétien".
Longévité oblige, je dis : "Je suis gaulliste depuis 1940 et maronite depuis 1929".
Laïcité ou pas, nul ne peut m'empêcher d'afficher mes appartenances politique et religieuse. Dont acte.

M.V.

La laïcité est un mythe typiquement français érigé en loi en 1905...! pour faire barrage à l'influence du catholicisme , les francs-maçons et une gauche post révolutionnaire son les auteurs de ce concept , vers les années 1900,( et validé par la loi de 1905 ) ...et toujours vaguement appliquée 112 ans après....! il y a donc en France principalement 4 religions dogmatiques ,(dont trois devenu très dynamiques et puissantes), le socialisme ,la laïcité , l'islam et le catholicisme ...

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