L'impression de Fifi ABOU DIB

Un seul grand cœur

Impression
05/01/2017

Comme ils étaient beaux... C'est le premier mot qui vient à l'esprit, cette beauté saine de leurs corps, franche de leurs regards, confiante de leurs sourires. Derrière cette fraîcheur, des vies banales d'enfants du millénaire : de jeunes sportifs, soucieux de leur apparence comme on peut l'être au Liban, par politesse autant que par fierté, entourés d'amis, adulés par leurs proches et gagnant déjà assez gentiment leur vie pour s'offrir de temps en temps un petit voyage, histoire d'aller voir ce qui brille derrière l'horizon. Ils incarnaient ce que le Liban chérit comme son dernier trésor : un avenir qui leur ressemble, dynamique, serein et libéré des vieilles obsessions guerrières. Ils auraient pu être les nôtres. Leur mort nous a dévastés. C'est dans la tragédie qu'on se rend compte à quel point notre monde est petit. Une même famille nous serons aujourd'hui pour les funérailles de Rita, comme nous l'avons été pour celles d'Élias et Haykal. Une même communauté endeuillée, un seul grand cœur serré.

C'est aussi dans la tragédie que se révèle l'efficacité d'un État. De mémoire de Libanais, nous n'avions peut-être jamais assisté à pareille mobilisation du ban et de l'arrière-ban de la république. Ces avions médicalisés affrétés à temps, cet accompagnement des familles et des blessés, cette facilitation quasi miraculeuse du rapatriement et des procédures sont exactement le genre d'opérations dont l'absence nous fait habituellement regretter de ne pas appartenir à un pays « qui se respecte ». Or pour sa première épreuve du genre, on ne pourra pas dire que le nouveau gouvernement ne s'est pas montré à la hauteur – non sans manifester, cela dit, un triomphalisme un peu puéril, certains responsables n'ayant pu s'empêcher de claironner au passage ce que tout le monde se contente de constater en rendant grâce à l'armée et aux forces de l'ordre : la sécurité au Liban est tenue de manière exemplaire depuis quelque temps déjà. Mais nous sommes suffisamment libanais pour savoir que ces actes sont moins gratuits qu'on ne le pense et que nul n'est à l'abri du terrorisme. Autre couac : l'appellation de « martyrs » attribuée par certains officiels aux victimes. Ces gamins n'ont rien demandé. Ils ne sont morts ni pour la patrie ni pour la foi. Ils auraient bien aimé vivre un peu plus longtemps et ce n'est pas parce qu'ils ont été tués une nuit de fête, dans les flonflons et le vertige de la fête, que le « paradis » leur sera refusé s'ils ne portent pas la bonne étiquette. L'incongruité de ce mot dans un tel contexte a d'ailleurs déclenché les réactions hostiles que l'on sait et réveillé la fibre extrémiste de certains. Se méfier du vocabulaire.

Se méfier des images aussi, vu l'usage cynégétique que font de la caméra certains opérateurs restés coincés derrière les barricades des années 80. Informer est une chose, exhiber et faire appel aux instincts les plus primitifs du public en est une autre. Plus insoutenable que la tragédie elle-même fut cette intrusion dans l'intimité des familles endeuillées, ce déshabillage de leur douleur, cette exposition de leur anéantissement. Et là encore, la réaction des autorités de l'information a été des plus saines. Paix à vous Rita, Élias, Haykal. L'année commence sans vous, mais au moins pour nous avoir révélé le meilleur et le pire de nous-mêmes, vous ne serez pas morts en vain.

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Soeur Yvette

MERCI pour cet article ,cible ,merci pour le fond et la forme...comme toujours...

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