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Culture

Ce Liban bout de terre, possédé par les démons du communautarisme...

Roman

Entre roman picaresque et conte philosophique, «Tribulations d'un bâtard à Beyrouth» (L'Harmattan) de Ramy Zein se penche sur la réalité vécue au centre du communautarisme libanais.

19/12/2016

Avec Les tribulations d'un bâtard à Beyrouth, Rami Zein, professeur de lettres et maître de conférences à l'Université Saint-Joseph, joue la carte de l'humour. À commencer par le choix du titre, insolite et curieux, puis par le nom du personnage principal, Yad Mandour, un patronyme religieusement neutre mais signifiant le voué.
Libéral et laïque, Yad ne juge pas mais il essaye de comprendre. Tourmenté, il est dans l'incapacité de trouver sa place dans le système confessionnel de son pays. Loin d'être un héros, c'est un homme qui a ses faiblesses et qui a été à certains moments intolérant. Néanmoins, il évolue au cours des années et, au fil des pages, il se remet en question.
Dans ses romans, Rami Zein ausculte la société d'un style simple, fluide, sarcastique et avec une écriture rigoureuse et économique. «La littérature ne peut pas être une masturbation intellectuelle», confiait d'ailleurs l'auteur lors d'une rencontre littéraire animée par le poète Antoine Boulad, à la bibliothèque publique municipale de Monnot.

Islam importé
Les mésaventures de Yad sont nombreuses. Elles défilent devant le lecteur comme autant de scènes tirées d'un film de cinéma. Des expériences plus ou moins désagréables avec le sexe opposé, ainsi que des épreuves périlleuses vécues au sein de sa propre communauté comme ailleurs. Flash-back aussi vers des souvenirs d'enfance et d'adolescence, lorsque Yad redevient ce gamin perdu dans l'hostilité d'une ville divisée en parties Est/Ouest et se retrouve minoritaire dans son propre milieu.
On l'aura compris, l'écrivain dénonce, à travers ce roman, le confessionnalisme politique et l'encadrement idéologique au Liban, par exemple l'ingérence de l'Iran et l'Arabie saoudite, «l'importation d'un islam qui ne ressemble pas à l'islam libanais et un voile qui avait une connotation politique surtout à la fin des années 80 et au plein milieu des années 90». Il révèle par ailleurs, entre les lignes, des réalités vécues, ainsi que des stéréotypes et des altérités qui illustrent le paradoxe libanais. Il aborde également divers sujets d'actualité comme le mariage islamo-chrétien et le vivre-ensemble. D'après l'auteur, «au Liban, on dépasse petit à petit cette distinction religieuse».
Sur un ton mêlant amertume et ironie, ce roman essaye de sensibiliser et de pousser à effacer les idées reçues, dans un pays mosaïque de croyances. Il invite à une réflexion sur la vision de l'autre et la tolérance. Selon Zein, «c'est l'autre qui fait l'identité de l'homme et son individualité». Cet ouvrage aux accents «pédagogiques» s'achève sur un brin d'espoir. Ayant connu l'exil et vécu aux quatre coins du monde, Yad revient au pays du Cèdre, «ce qui le ramenait ici d'une manière irrésistible, ce n'était pas la nostalgie des origines, ni le culte des racines, encore moins des attaches affectives quelconques, mais tout simplement le besoin de comprendre». Mais est-il vraiment possible d'appréhender un pays aussi complexe que le Liban?

Bibliographie
Rami Zein, né à Beyrouth en 1965, possède à son actif le Dictionnaire de la littérature libanaise de langue française (1998) et quatre ouvrages romanesques. Sa trilogie de guerre aux éditions Arléa traite de trois combats sanglants : son premier roman Partage de l'infini (2005) aborde le conflit israélo-palestinien, Les ruines du ciel (2008) se déroule dans le cadre de l'invasion de l'Irak, alors que dans La levée des couleurs (2011) il s'aventure dans la littérature libanaise de guerre (1975-1990). Des écrits ancrés dans la réalité et le contexte du Proche-Orient, qui illustrent le rapport à l'autre et replacent l'être humain au centre de tout.

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