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Culture - Exposition

Briser les tabous, le temps, l’espace et les métabolismes

En pénétrant l'espace du Bac, le visiteur a l'impression de s'être perdu. Non, la 8e édition d'« Exposure »* est bien là, brisant, avec son « Métabolisme », tout cadre spatio-temporel.

Anna Ogden Smith invite, à travers « Rose », à un questionnement sur la nature du désir.

C'est Marie Muraciole, directrice du Bac, qui entreprend de faire la visite d'« Exposure ». Il est intéressant de la suivre pour comprendre le processus de travail et la démarche offerte par un espace qui ne recule devant rien ; qui incite non seulement à la curiosité, mais aussi à l'intrusion. L'art ne peut pas plaire à tout le monde. Il est même vital, voire sain, qu'il ne plaise pas à tout le monde, mais il est de son devoir, de son essence même, d'être osé, courageux, entreprenant. Non pas frileux et pusillanime, mais audacieux. Car comment faire avancer les choses, comment être le levier de l'humanité, si l'art se dissimule derrière les réalités mesquines de la vie ou s'installe dans une bête monotonie ?

L'art doit s'exposer, se dévoiler. Il doit briser les tabous, les carcans, sans vulgarité aucune afin de réintroduire constamment un nouveau langage. Parler à haute voix, non chuchoter. C'est ainsi que « Métabolisme » est né. « Pour relire et démonter les habitudes et les mécanismes incrustés en chacun de nous. Pour repenser enfin notre manière de vivre dans cet espace et y retravailler », préconise Marie Muraciole.

 

Intrusion et exploration
Le dépôt qui abrite archives, tables, chaises et autres objets de débarras accueille le visiteur à l'entrée. Le regard est vite déboussolé. Il faudra du temps pour s'installer dans cette démarche innovatrice. Mais surtout beaucoup de curiosité. Alors, on se laisse guider. Et on laisse libre cours à l'imagination. Où sont les exposants ? Leurs travaux ? Comment y accéder ? Les aborder en s'appuyant sur de nouveaux repères ?

Comment Monica Basbous Moukarzel, Mohammad Berro, Nüria Güell & Levi Orta, Mohana Krishnan Haridasan (Mochu), Bahar Noorizadeh, Anna Ogden Smith et Rivers Plasketes sont-ils intervenus dans ce processus, sachant que la métabolisation est ce « phénomène de transformation biochimique d'une substance dans un organisme vivant au cours du métabolisme » ? Comment leurs travaux (installations, peintures, dessins) participent-ils aux transformations volontaires produisant par là même des résultats imprévisibles ?

« Métabolisme » prend le corps comme acteur dans une mobilisation d'énergie et de perception, au point d'élargir le champ de cette dernière. Ainsi, les métamorphoses de l'espace s'intègrent et s'imbriquent dans le geste créateur de l'artiste jusqu'à le nourrir de ces transformations. Pour aller à la découverte d'un artiste, il faudra pousser une porte nouvelle, baisser la tête, s'incliner, grimper des marches et parfois trébucher avant de s'infiltrer dans un monde nouveau, jusque-là considéré comme grenier ou entrepôt, et découvrir comment une exposition juste lue d'une manière linéaire et conventionnelle peut prendre une autre forme, une autre signification, par le simple biais de la métabolisation.

 

Symbolique du pénis
Avec Mochu, artiste indien, c'est un saut géant qu'on effectue dans le temps. Son minifilm animé est exposé en parallèle à des dessins réalisés il y a très longtemps. Il est étonnant de voir comment une œuvre visuelle peut aborder quasiment le même sujet, dix ans plus tard. Son graphisme, qui se situe entre surréalisme et esquisses compulsives (doodles), reprend des dessins réalisés par un vieux peintre indien du XVIIe siècle. Ce dernier se trouve ainsi propulsé dans cette stratosphère du présent.

Avec Rose, Anna Ogden Smith travaille sur la symbolique du pénis. Par des écrits et des dessins, elle démontre, loin de tout formatage des médias, ce que la femme peut désirer chez un homme dans l'acte sexuel. Rose est donc un prénom ou une fleur, mais aussi la couleur du membre masculin. « Avec toute cette répétition du mot fuck...ing, écrit par quarante personnes, j'invite tout le monde à se questionner sur la nature du désir », sourit l'artiste. « Écrire à maintes reprises cette expression rappelle les punitions administrées aux élèves sur les bancs de l'école. De quoi peut-on être punie ? D'avoir été conditionnée », poursuit-elle. « La femme n'est plus cet objet de désir, mais bien l'homme », affirme Ogden Smith.

 

Transformation
Plus loin, l'installation de Mohammad Berro témoigne de la créativité et du dynamisme de ce jeune artiste cinéaste qui n'a de cesse de surfer entre documentaires, performances et travaux de vidéaste. En traitant du thème des paradis fiscaux, Nüria Güell & Levi Orta ont officiellement recréé une société (fictive) qui permet l'évasion fiscale.

Quant à la démarche de Monica Basbous Moukarzel, elle surprend et déstabilise. Elle a essayé de remettre sur la carte de Beyrouth des terrains supplémentaires perdus. Elle a créé par la suite un site où tout le monde peut se mettre en réseau et peut y tracer sa propre trajectoire. Son travail minutieux et novateur étonne. Il s'insère, de même que les autres démarches artistiques, dans ce phénomène de transformation et de conversion du regard au-delà de l'évident et du visible. L'art y partage avec la science ce sens de l'expérimentation et de la découverte.

*Au Beirut Art Center, jusqu'au 15 janvier.

 

Pour mémoire

Jusqu’où explorer le corps et ses mouvements ?

C'est Marie Muraciole, directrice du Bac, qui entreprend de faire la visite d'« Exposure ». Il est intéressant de la suivre pour comprendre le processus de travail et la démarche offerte par un espace qui ne recule devant rien ; qui incite non seulement à la curiosité, mais aussi à l'intrusion. L'art ne peut pas plaire à tout le monde. Il est même vital, voire sain, qu'il ne plaise pas à tout le monde, mais il est de son devoir, de son essence même, d'être osé, courageux, entreprenant. Non pas frileux et pusillanime, mais audacieux. Car comment faire avancer les choses, comment être le levier de l'humanité, si l'art se dissimule derrière les réalités mesquines de la vie ou s'installe dans une bête monotonie ?
L'art doit s'exposer, se dévoiler. Il doit briser les tabous, les carcans, sans vulgarité aucune afin de...
commentaires (2)

Tout le monde ne pense qu'à la zigounette, pourtant elle n'est pas compliquée, demandez-le à Docteur Exhibitionniste !

Annie

12 h 05, le 14 décembre 2016

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Commentaires (2)

  • Tout le monde ne pense qu'à la zigounette, pourtant elle n'est pas compliquée, demandez-le à Docteur Exhibitionniste !

    Annie

    12 h 05, le 14 décembre 2016

  • UN PENIS... ET CA S,APPELLE ART ? IL EST VRAI QUE LES CHIMPS DESSINENT AUSSI MAIS AU MOINS EN STYLES PLUS SERIEUX...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    08 h 48, le 14 décembre 2016

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