Des civils sur une moto, hier, dans les quartiers rebelles d’Alep-Est. Abdalrahman Ismail/Reuters
L'Assemblée générale de l'Onu a demandé hier à une large majorité la fin du carnage en Syrie. À New York, l'Assemblée a adopté à une large majorité une résolution sur la Syrie demandant une « cessation complète de toutes les attaques contre des civils » et appelant à la levée des sièges avec un « accès humanitaire rapide, sûr, prolongé, sans entraves et inconditionnel ». Ce texte, proposé par le Canada, a été adopté par 122 pays. La Russie et l'Iran, un autre soutien militaire du régime syrien, ont voté contre, comme onze autres pays. Cette résolution a pour but de « dire à la Russie et à (Bachar el-)Assad de stopper le carnage », avait assuré avant le vote l'ambassadrice américaine à l'Onu Samantha Power. Son homologue russe Vitali Tchourkine a pour sa part estimé que la résolution comportait des « défauts majeurs ».
Alors que la communauté internationale semble incapable de s'accorder sur les moyens de mettre fin au déchaînement de violence en Syrie, Russes et Américains doivent se rencontrer aujourd'hui à Genève pour tenter de « sauver Alep d'une destruction absolument totale », a indiqué hier le secrétaire d'État américain John Kerry. Selon un haut responsable du département d'État, cette réunion au niveau « technique », et non ministériel, évoquera un plan en trois volets : « Cessez-le-feu, acheminement d'aide humanitaire et départ de l'opposition (armée) et des civils d'Alep. » « Nous travaillons dur avec des gens (les Russes) avec qui nous avons des désaccords pour voir si nous pouvons trouver un moyen, au nom de l'humanité et de la décence, de pouvoir protéger ces vies, tenter de séparer les combattants et faire avancer le processus » de règlement du conflit, a déclaré M. Kerry, qui va assister aujourd'hui également à Paris à une réunion de pays arabes et occidentaux favorables à l'opposition syrienne. Le secrétaire d'État américain a également qualifié la situation à Alep et en Syrie de « pire catastrophe depuis la Seconde Guerre mondiale ». « C'est inacceptable. C'est atroce », a-t-il dit. Mais la Russie, qui soutient militairement le régime de Bachar el-Assad depuis plus d'un an, a martelé que l'offensive progouvernementale en cours à Alep ne cesserait qu'après le départ de tous les insurgés, assiégés avec des dizaines de milliers de civils.
« Allégations inquiétantes »
Sur le terrain, les raids aériens du régime sur les quartiers rebelles de la deuxième ville de Syrie ont d'ailleurs repris hier, après une courte suspension annoncée la veille au soir par Moscou, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Les bombardements d'artillerie n'ont, eux, jamais cessé. Les forces progouvernementales contrôlent désormais 85 % des quartiers d'Alep que les insurgés tenaient avant qu'elles ne lancent le 15 novembre une offensive aérienne et terrestre dévastatrice qui a causé la mort de centaines de civils et poussé des dizaines de milliers d'autres à la fuite. Pour les observateurs, la perte par les rebelles de leur plus important bastion en Syrie semble inéluctable et constituerait un tournant dans une guerre qui a fait, depuis 2011, plus de 300 000 morts et poussé à la fuite plus de la moitié de la population syrienne.
Selon l'Onu, environ 100 000 civils vivent encore dans les quartiers encore sous contrôle des rebelles, dans le sud d'Alep. Un correspondant de l'AFP sur place a expliqué qu'il devenait de plus en plus difficile de s'y procurer de la nourriture car personne n'ose sortir ouvrir son échoppe en raison des bombardements. Même ceux qui vendaient du pourpier et du persil, les rares denrées encore disponibles et utilisées en salade, n'ouvrent plus, a-t-il dit. Une famille qui tentait de fuir le quartier de Maadi a affirmé avoir dû rebrousser chemin après avoir vu de nombreux cadavres dans les rues.
Alors que les civils paient un lourd tribut dans cette guerre, le porte-parole du Haut-Commissariat de l'Onu pour les droits de l'homme, Rupert Colville, a affirmé que des groupes rebelles et jihadistes empêchaient des habitants de quitter la zone des combats à Alep, allant jusqu'à tirer sur ceux qui fuient. Il a aussi souligné que l'Onu, « bien qu'il soit difficile de vérifier les faits dans une situation changeante et dangereuse, (avait) entendu des allégations très inquiétantes selon lesquelles des centaines d'hommes auraient disparu après être passés dans les zones contrôlées par le gouvernement » à Alep.
De leur côté, les Casques blancs, ces secouristes opérant dans les secteurs rebelles, ont lancé un appel désespéré aux organisations internationales pour qu'elles leur assurent un passage sûr : « Si nos volontaires ne sont pas évacués, ils risquent la torture ou l'exécution dans les centres de détention du régime. »
Depuis le début de l'offensive progouvernementale à Alep, plus de 400 civils ont été tués dans les quartiers rebelles d'Alep, selon l'OSDH. Au moins 105 civils, dont 35 enfants, l'ont été dans la partie de la ville sous contrôle gouvernemental, après des tirs des insurgés.
(Source : AFP)


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