Je ris et je ris et j'en ris encore de me voir si belle en ce miroir, et surtout des déclarations ex cathedra des Forces de sécurité intérieure (FSI), de certains ministères...
Juste une question, je voudrais savoir si ces nouvelles dispositions et ce fameux code de la route s'appliquent aussi au gentil minibus en état de putréfaction avancée, aux arrêts sporadiques et imprédictibles, qui circule allègrement, conduit par le copain du frère du cousin du beau-frère de mon ami? Ou même au motard sans casque, ni foi ni loi, qui se faufile dans tous les sens interdits, bravant crânement tous les feux rouges, café turc à la main, cigarette au bec et toute la famille entassée sur l'arrière du troussequin ; et qui doit, lui aussi, faire partie de la très vaste lignée fraternelle de l'agent de service (enta khayeh). Ou le superspeedé, pressé, totalement irrespectueux et trop sans-gêne qui stationne juste pour quelques infimes nanosecondes de minutes en double et même en triple file, le temps de s'acheter le thé, la mankouché et le sandwich de poulet qui va assouvir sa fringale ; ou peut-être même le ticket de loto qui devrait le faire sortir de sa misère pathologique. Quant à la grosse berline et gros 4x4 noir, aux vitres teintées façon onyx, parfois sans plaque d'immatriculation et souvent sans éducation tout aussi vaniteux et arrogant que son maître qui prétend avoir reçu par héritage, légitimité et légalité, tous les droits de zapper le fameux code, parce que chez nous, si on ne naît pas seigneur des nigauds, on le devient à la vitesse grande V...
Alors messieurs les agents des FSI, votre tâche sera bien sûr rude et espérons équitable durant ce mois de décembre car la circulation et l'ampleur des embouteillages seront inversement proportionnelles aux nombres d'officiers et agents qualifiés dispersés dans les rues; lesquels, dépassés et résignés, sont plus généralement occupés à bavarder entre eux et à WhatsApper qu'à s'essayer d'organiser la jungle, de réprimer les infractions et de canaliser la folie routière des carrefours aux heures de pointe...
L'état déplorable des routes fait-il partie du code de la route ? Les slaloms géants et les chutes libres dans le néant des voitures comme des piétons dans des cratères non pas volcaniques mais « asphaltiques » relèvent de la responsabilité de l'État. Le manque de parking et les difficultés de stationnement, qui entravent la circulation et l'irresponsabilité des décideurs qui s'en fichent, sont aussi la responsabilité de l'État. Les objets volants non identifiés oubliés aux abords des « autostrades », des autoroutes imparfaites, voire même au milieu de la chaussée, sans mentionner les commerces et les boulangeries-champignons sont également la responsabilité de l'État. Les routes bloquées pour des mesures fantasques et fantasmagoriques de sécurité sont encore la responsabilité de l'État...
Où sont donc les solutions partielles et rapides pour résoudre la crise du trafic routier dans le Grand-Beyrouth et le Liban ? Le nouveau code de la route est entré en vigueur le 22 avril 2015. Pour pénaliser le citoyen qui n'a pas bouclé sa ceinture de sécurité, ou qui utilise son téléphone portable au volant... sauf si tu es blonde aux lèvres tatouées, un petit sourire suffira; et la limitation de vitesse et les contrôles radars notamment sur les avenues Charles Hélou, Fouad Chéhab dit le ring, les dimanches et jours fériés, la rue Kantari et, en fin de mois, sur l'axe Beyrouth-Saïda. À titre de curiosité, n'y aurait-il pas une petite mention relative à la réglementation de l'affichage publicitaire dans notre code de la route?
Ces lois sont galvaudées, peut-être parce qu'elles sont mal rédigées, mal expliquées. Par exemple, l'obligation de mettre la ceinture de sécurité : étant donné que chaque automobiliste est contraint à une assurance-auto obligatoire privée, donc l'accident est une responsabilité personnelle de chacun. Et comme l'État ne prend pas en charge les accidentés de la route contrairement aux pays où la Sécurité sociale assume le droit aux soins, l'amende n'a en fait qu'un fondement financier pour l'État. Mais passons, le port de la ceinture est essentiel avec ou sans loi.
La liste des doléances est longue et l'éducation civique de toute notre société est plutôt complexe et quasiment impossible. Je salue les efforts des institutions de l'État, mais je déplore leur manque d'intérêt et de volonté pour préserver les droits des citoyens en n'appliquant pas la loi équitablement et en n'assumant pas leurs responsabilités pour mériter la confiance et la reconnaissance du citoyen.
Nadine NACCACHE


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